‹ La dame en boisChapitre 9 sur 14 · DE MAL EN PIS · texte numérisé non relu

DE MAL EN PIS

Tout allait donc de mai en pis chez le bon docteur Mellinier.

Comme il ne pouvait plus pratiquer la médecine, que son état réclamait des soins incessants et que le pauvre revenu qui lui restait ne suffisait plus à nourrir la nichée, il fallut prendre des mesures énergiques.

On quitta la riante villa des Tilleuls pour s'entasser dans une vilaine maisonnette sans jardin dans le quartier isolé de la Chambre d'Amour, entre Anglet et Biarritz.

La mer remplaçait pour les enfants les parterres et le parc ; et encore ne faut -il pas trop se fier à cette plage perfide où sont arrivés nombre d'accidents.

Pour les enfants , tout nouveau tout beau , ils ne souffraient pas trop du changement ; vu l'impossibilité de faire revenir chaque soir Toto à la maison , on l'avait mis pensionnaire à Saint-Louis et on ne le voyait plus que les jours de congé ; c'était un grand chagrin pour Pépé, Lily, Andréa et Baby.

Ses parents, qui eussent désiré l'envoyer à Paris ou à Bordeaux dans uu bon collège, ne le pouvaient faute

d'argent, et cette question de Pavenir et de réducatîoil des deux garçons n'était pas le moindre de leurs tourments.

On avait vendu le cheval et la voilure, congédié le cocher et la cuisinière, ne conservant que Rose pour cumuler tout le service. Cette fille, dévouée à ses maîtres, avait bien voulu les suivre dans la campagne loin de toute

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Elle voulut se charger deBaby, l'habiller chaque matin.

ville, et devenir à la fois cuisinière, femme de chambre et bonne d'enfants.

Microbe avait également suivi la famille dans son exil ; ce n'était pas une grosse bouche à nourrir.

Les repas devenaient d'une frugalité chaque jour plus grande; M^e Mellinier se multipliait pour soigner son mari et lui faire la lecture, pour instruire Pépé et les deux petites filles et aider Rose dans les soins du ménage.

Andréina avait tout de suite compris le rôle à tenir en

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cette circonstance; elle devina la peine de ses parents adoptifs et redoubla auprès d'eux de gentillesse et de prévenances.

Elle voulut se charger de Baby, l'habiller chaque matin, lui faire réciter sa prière, lui apprendre à lire et à parler correctement l'anglais.

En un mot elle devint comme sa petite maman et savait très bien la faire obéir.

Lily se mit a l*ouvra<je aussi.

Entraînée par son exemple, Lily se mit à l'ouvrage aussi : elle apprit à raccommoder et ne s'en tira pas trop mal ; elle disposait elle-même le couvert à chaque repas et rendait maint service dans la maison, ce qui déchargeait d'autant la bonne et M™e Mellinier.

Pépé lui-même mettait la main à la pâte quand il le fallait, et personne ne se plaignait de cet état de choses. Néanmoins, bien des privations commençaient à se faire sentir; or on n'y était pas encore accoutumé.

Le docteur devenait de plus en plus sombre, passant des heures à calculer de tête, ou, à l'aide d'un verre grossissant, à aligner des chiffres sur un carnet d'un air perplexe.

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Le pauvre homme se demandait comment on joindrait les deux bouts et ce cju'il adviendrait, dans la suite, de ces enfants chéris, trop jeunes encore pour penser au choix d'une carrière.

Et cependant, pas une seule fois aux moments de gêne la plus cruelle Tidée ne vint aux Meiliner de regretter l'adoption d'Andréa Stone.

Comme aux jours d% prospérité ils avaient cinq enfants, sans se dire que le cinquième ne leur tenait par aucun lien du sang.

Leur charité envers TorpheUne ne semblait pourtant pas ieur porter bonheuo:', puisque depuis quelques mois ils marchaient à la ruine et à la pauvreté.

Plus délicate et plus perspicace que ses frères et sœurs, Andréina pressentait le souci de ses parents adoptifs.

« Nous devenons très pauvres, pensait-elle, et nous sommes nombreux. Il faudra que je m'accoutume à n'avoir jamais faim... Heureusement que je ne mange jamais beaucoup; ma part des repas ira à Pépé, qui grandit et qui a un appétit elîrayant. Mon Dieu ! que ne suis-je plus âgée pour pouvoir gagner un peu d'argent î Mais que ferait une petite fille de huit ans à peine? comme c'est malheureux de n'être pas plus vieille I >

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