LES
^ÂNCS -JUGES
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HECrOH bERLlOZ, PAR CARJAT.
(Le Boulevard, :863.)
M. 'ticrlio^ niiant etnbJitcticr des rt' crues pour sou orchestre dans l'artillerie de la garnison [S:,àaT. Journal p.<i,r rire, s janv. 1850.)
— Alte^-vous *n don. ue u.
— i^'ayei pas peur ! ta me cotmait ! "-«i' rie au c.ncert Berlio!
Nrid.ir. Journal pour 'rire, 5 janv 185'
Pauvre DanDtatio)! ! Que de tribulat'ions elle a subies depuis que. cahoté dans une dilif^cnce sur des routes défoncées, penché sur une table bancale de taverne ou accoudé à la fenêtre d'une hôtellerie, Berlioz en écrirait, de-cî, de-Ià, des fragments à \'îenne, h Pesth, partout où les hasards des haltes de sa vie errante lui laissaient une heure de solitude relative ! Il faut lire dans ses ]\fé7vnt'res l'histoire, saisissante en son [ pittoresque, de l'exécution à Pesth de la 'Marche de Rakoczr, la défiance première des Honfrrois un peu scandalisés ftoujours les effarouchements avant la lettre) qu'on ait osé toucher, même pour le magnifier et l'immortaliser, à leur célèbre chant national, puis l'enthousiasme déchaîné par le crescendo de la coda faisant éclater en une explosion triomphale le thème esquissé pianissimo au début: le délire succédant à cette audition, les vieillards se précipitant aux pieds du maître dont le génie avait si bien su exprimer •les élans patriotiques contenus au tréfond de leur âme. Il faut lire encore le récit de cette première audition de l'oeuvre sous forme de légende symphonique. le 6 décembre 1846, dans la salle de rOpcra-Comique. théâtre peu fa^hi on ahle aXovs, avec, comme interprète, Roger-Faust et Herman- Léon-Méphistophélès, qui n'étaient pas, eux non plus, des artistes fashionahles. Deux malheureuses auditions, par un temps de bise et de neige,! devant une salle à moitié vide, et c'est tout.' « Rien, dans ma carrière d'artiste, écrit Berlioz, ne" m'a plus profondément blessé que cette indifférence inattendue... J'étais ruiné ; je devais une somme considérable que je n'avais pas ». (Il avait en effet été obligé de payer lui-même la location de la salle et de garantir tous les frais de répétition, de copie et d'exécution).
La route est accomplie, le voyage terminé-. La Damnation de Faust est maintenant à l'apogée de sa gloire. Les concerts Pasdeloup, Colonne, Lamoureux, ont popularisé le chef-d'œuvre qui résume en quelque sorte la musique française au xix"" siècle.
Voici les trois grandes étapes successives du chef-d'œuvre : Première audition au concert : 6 décembre 1846, à l'Opéra-Comique (en matinée). Interprètes: Roger (Faust), Herman-Léon(Méphistophélès), Henri (Brander), M"'^ Duflot-Maillard (Marguerite.) Chefd'orchestre: Hector Berlioz. Première exécution théâtrale au théâtre de Monte-Carlo (février 1893) sous la direction de M. Raoul Gunsbourg. Inter-, prêtes : Jean de Reszké (Faust), Melchissédec (Méphistophélès), lUy (Brander), M'"' Félix d'Alba (Marguerite). Chef d'orchestre : Léon Jehin.
Enfin première exécution théâtrale à Paris, le 6 mai 1903, au théâtre Sarah Bernhardt, sous le patronage de la Société des Grandes Auditions Musicales (Direction Raoul Gunsbourg). Interprètes : Alvarez (Faust), Renaud (Méphistophélès). Chalmin (Brander), M"' Fm ma Calvé (Marguerite). Chefs d'orchestre : Ed. Colonne et Léon Jéhin. Les plus grands ténors ontinterprété le rôle de Faust au théâtre : Van Dyck, Jean de Reszké, Alvarez, Tamagno, Vergnet, Saléza.
Trois célèbres cantatrices tinrent le rôle de Marguerite : Rose Caron. Melba, Calvé.
Nous en entendrons à Paris d'autres encore et non des moindres.
C'est une grande soirée qui se prépare. Tout ira bien, pourvu que les « amis » de Berlioz ne fassent point de zèle intempestif. Pauvre grand homme, le sort persisteà lui être contraire.. -X près les misères que lui valurent ses détracteurs pendant sa vie, voilà que maintenant sa mémoire a tout à craindre de ses admirateurs. Décidément il n'a jamais eu de chance.
Nié par ceux-ci, dénigré par ceux-là, il reçut cependant un jour un hommage bien singulier :
I C'était k l'issue de la messe du Requiem qu'il avait fait exécuter, aux Invalides à l'occasion du service funèbre du général Danrémont, et des soldats qui périrent à la prise de Conslantinc Malgré quelques petites " rosseries » d'Habeneck, ile chef d'orchestre, cette exécution avait été un .triomphe et l'un des assistants, le brave géné- Iral L,obeau, exprimait ainsi son admiration en sortant :
— Mon Dieu, que ce M. Berlioz a donc du talent. Ce que je trouve de plus admirable, jdans sa musique, ce sont les lamhovrs! !
Et c'était un admirateur! Jugez un peu de ce que pouvaient dire les autres.
: Du haut du ciel, sa demeure dernière, si Berlioz contemple Dieu face à face, ce qu'il n'aura pas volé, le pauvre, après les années de Purgatoire passées sur terre, il doit adresser au Très Haut la prière fameuse :
— Mon Dieu, je me suis toujours défendu contre mes ennemis, gardezmoi désormais de mes amis !
Et si Dieu le père ne rend pas au pauvre grand homme ce service posthume, c'est qu'il n'y a pas plus de justice, décidément, au ciel que sur la terre.
Maurice Lf.fevre.