‹ La dance macabre des Saints Innocents de Paris :Chapitre 6 sur 12 · DO · texte numérisé non relu

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archéologues sont convenus d'y reconnaître une lanterne des morts entretenue de nuit par les fidèles pour honorer la mémoire des défunts inconnus, non moins que celle de leurs parents. Le lecteur verra plus bas que nulle part ailleurs n'était poussé plus loin le culte pour les morts.

Il n'entre pas non plus dans le cadre de cet ouvrage de s'occuper des recluses, ni de leur logette; pour la même raison, on n'a pas à mentionner les nombreuses épitaphes, si curieuses au point de vue historique, héraldique et municipal. Il suffira d'en citer deux des plus intéressantes au point de vue parisien.

L'abbé Lebeuf (i), dont nous imitons la réserve sur ce sujet, cite, entre autres personnages célèbres inhumés aux Innocents, Jean le Boulanger, premier président du Parlement de Paris, mort en 1482. Sauvai nous apprend qu'il était enterré sous le charnier des Écrivains, et qu'il dut ce surnom à cause d'une grande quantité de farine qu'il fit entrer dans le royaume en temps de disette. La reconnaissance publique le dé-

(1) Hist. du diocèse de Paris, l, 209.

nomma le Boulanger, ce qui fit oublier son nom patronymique. Voici son épitaphe :

« Cy-dessous gist noble et sage messire Jean le Boulanger, chevalier, premier président en la cour de Parlement, seigneur de Jacqueville en Gastinois, Isles et Montigni en Brie, qui trespassa le 24 février

M CCCC LXXXI (i). »

D'un autre genre est celle de Néret, échevin de Paris, qui, avec son collègue Langlois, le prévôt Lullier et le gouverneur de Paris, le marquis de Brissac, rendirent cette ville à Henri IV, le 21 mars 1495. Cette épitaphe marque : qu'étant échevin , il a fait service au roy (Henri IV) pour la réduction de cette ville de Paris, et constate qu'il mourut de vieillesse. Cet éloge est naïf; il n'y manque que de mentionner le prix de sa complaisance, chose qui n'était pas rare alors, s'il faut en croire l'histoire et un poète ligueur :

Pour être bien venus et faire nos affaires Durant ce temps fâcheux, pleins d'horribles misères Agnoste, mon ami, scais-tu que nous ferons? Surprenons quelque place, et puis nous traiterons. Ceux qui vendent au roy par ces guerres civiles,

(1) Sauvai, I, p. 727.

A beaux deniers comptants, les places et les villes, Encore à mon avis lui font-ils bon marché; Car pour un peu d'argent s'exposant aux envies, Ils vendent quand et quand leur honneur et leur

[vie (i).

Les imprécations du poëte ne sont-elles pas dictées par le dépit? Elles n'eurent pas les suites funestes souhaitées par lui aux royalistes, au moins pour Néret qui mourut de vieillesse, dans son lit, comme il convient à un bon et tranquille bourgeois.

(i) Pouy, Hist. de la Ligue à Noyon. Amiens,

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