KD1TI0^S GOTHIQUES HE LA DANSE AIACABUE
1/imprinierie , qui devait contribuer si puissamment à dissiper les idées du Aloyen-Age, commença par les serAir. Dans ses premières éditions , grAce à l’alliance qu’elle avait faite avec la gravure, elle reproduisit tout à la fois les écrits et les peintures de l’époque dont elle venait marquer le terme.
Il y avait seize ans que la première presse qui ait fonctionné tà Paris avait imprimé en Sorbonne son premier ouvrage ( 1 ), lorsqu’en 1 485 un libraire
(I) Kn I4G0, furent imprimées les /'.'pHreî de Gasparini liarzizio, l’un des érudits italiens qui, dés la tîn du XIV siècle, entreprirent cette restauration de la rhé-
nommé Guv ou Guvot Marchand , demeurant au granthostel du collège de Navarre, en Champ- (iaillart y publia un petit in-folio ayant pour titre: /a Danse Macabre. On trouve à la bibliothèque de Grenoble un exemplaire, peut-être unique aujourd’hui , de cette édition que plusieurs autres suivirent bientôt. Quel rapport y a-t-il entre ce livre et les représentations qui avaient été données soixante ans auparavant dans le cimetière des Innocents? C’est une question intéressante à laquelle toutefois on ne peut guère répondre que par des conjectures.
Des vers avaient été sans doute prononcés dans les représentations des Innocents? Avaient-ils été
torique qu’on a long-temps considérée comme le réveil de l’esprit humain. On y lit des vers latins qui finissent ainsi :
Primos ecee libres quos hæc industria finxil Francoriim in terris, ædibus atquc tuis.
Michael Udalricus, Martinusque magistri Ilos imprcsscrunt : ac facient alios.
Que de choses dans les trois derniers mots !
■(lits par (les pcrs-onnages figurant oux-mcincs la Danse funèbre? Avaient-ils cté récités par des baladins ((ui montraient la Danse peinte sur (U's tapisseries ou sur des panneaux de bois? Peu importe. Ces vers devaient contenir les paroles ({Ut' la Mort adressait successivement à tous les personnages, et celles (jue les personnages répondaient a la Mort. 11 suflit d’avoir jeté les yeux sur quel- ((ues uns des mystères du IMoyen-Agc pour se convaincre que ce long dialogue de la Mort et des bumains pouvait paraître une pièce complété aux yeux de nos ancêtres. Mais une fois qu’on avait ainsi mis le spectateur en baleine, il n’est pas à présumer ([u’on le renvoyAt cbe/. lui sans ajouter la petite pièce à la grande. Ainsi , on conçoit très bien ([u’après la Danse macabre on ait donné aux Innocents d’autres dialogues plus courts, empruntés aux mêmes idées, et destinés à les compléter.
Si tel a pu être le programme des représentations du cimetière des Innocents , il faut rccon-
naitre que la Danse Macabre publiée par Guy Marchand n’en a été qu’une répétition altérée ou embellie. Le manuscrit de la pièce originale aura été copié et aura passédemain en main ; puis l’imprimerie l’aura reproduit en y faisant quelques corrections faciles pour l’adapter au goût du temps, et en remplaçant les miniatures enluminées par des gravures sur bois.
Kn l486,Guyot Marchand donna une seconde édition de la Danse Macabre ,q\\' en p2V.l voir à la Uibliothèque du Roi à Paris. On y trouve , comnae dajis la plupart des livres du xv* siècle, deux titres, l’un au commencement, et l’autre à la lin. Sur la première page, on lit tout au haut :
« Ce présent livre e.st appelé Miroèr salutaire » pour toutes gens et de tous estats , et est de » grant utilité et récréation , pour plusieurs en- » seignements tant en latin comme en francoys ,
» lesquels il contient, ainsi composé pour ceulx » (pii désirent acquérir leur salut , et qui le vou- » dront avoir. » Puis au bas : « La Danse Macabre
110 'tes
» nouvelle. » T.a dernière page porte : <i Danse » Macabre nouvelle, liystoriée, augmentée de » plusieurs noineaux personnages et beaux dis ,
)i et les trois morts et les trois vifs ensembles ,
» nouvellement ainsi composée et imprimée par » Guyot Marchand , demorant à Paris, au grant n hostel du Collège de rs'avarre, en Champ Gail- » lart, l’an de grâce mil quatre cent quatre-vingz- » et“Six le septième jour de juing. »
Par la comparaison de cet ouvrage avec le livre de Blois, qui est conservé au cabinet des estampes , on se con\ ainera aisément que la Danse Macabre était une Danse des Morts particulière à notre pays, et qu’elle comprenait nécessairement la légende des trois morts et des trois vifs : d’où l’on peut (*ojiclure encore en toute rigueur que, comme il n’y a point de Danse macabre sans la légende de saint Macaire, c’est cette vision même qui a fait donner le nom de Macabre à la Danse des Morts usitée en France.