LIVRE DEUXIEME
Le beau départ : que je suis jeune et qu'il fait grave ; Je suis beaucoup plus fort aujourd'hui que jamais, Et mon cœur est fumant comme un fleuve à l'aurore.
Je suis si fier d'inaugurer ce grand voyage : Ah ! que l'air est charmant sur mon front étonné ; Que les oiseaux sont gais dans l'épais du feuillage. Oh! troupeaux de juments, bondissez dans la plaine. Je vous salue, poulains lâchés, jeunes béliers, Vous, femmes, qui riez au bord de la fontaine, Et toi, pâtre aux pieds nus qui rassembles tes chèvres Et vas de l'une à l'autre avec agilité.
O cités, dirigez mes jeunes mains actives. Mes mains sont capables d'ouvrage, Villages, modérez mon âme encore rétive, Avertissez-moi d'être sage.
Je ne sais plus marcher, je bondis sur les routes, Je suis la flamme agile et l'alerte danseur. Je prendrai tout :je suis sans scrupule et sans doute ; Et rien n'est plus léger ni plus chaud que mon coeur.
Vous, soleil, allumez la clarté de mes dents Et mon sang le plus beau dans mes veines heureuses. L'univers est baigné dans une eau merveilleuse ; Les buissons du chemin sont des buissons ardents.
Tournoiement de la belle ronde ;
Pour faire autour de moi la ronde
Les choses se donnent la main ;
Je règne sur tous les chemins,
Tout est à moi et tout me rit.
J'ai de la joie pour mes amis,
Pour mes élans de la jeunesse,
Pour ma ferveur de la pensée,
Pour les combats de l'allégresse
Et j'ai des cailloux pour ma fronde. —
Je marche sur la route aisée,
Dans la clarté du ciel serein,
Et plein d'adresse et de courage,
Mon esprit est un tambourin
Sous les doigts légers du voyage.