LIVRE PREMIER
Le lévite sournois dont l'âme est sans chaleur, Qui vers le ciel désert lève des mains sans zèle. Je vais partir pour rester pur, je pars demain, Quand j'aurai disposé les fruits et les guirlandes Orné l'autel, cueilli le saule et le cédrat Et déployé l'antique et touchant apparat De la fête des Tabernacles.
Que mon cœur est sonore au milieu du silence, Et que ma robe est blanche au milieu de la nuit 1 Pourquoi, si plein de fougue et d'amour j e m 'avance, S'insinue-t-il en moi un si secret ennui ? De quel trouble regret ai-je l'âme occupée ? Je me dois d'écarter cet indigne malaise, Et ce ressentiment amer.
Je dois marcher joyeux comme un grand capitaine Au seuil du temple obscur, j'ai la harpe et l'épée, Mon épée m'aidera sur la route incertaine, Ma harpe chantera au sommet des falaises, Dans le vent de la ville et le vent de la mer.
Coureur adolescent au cœur infatigable, J'atteindrai la clairière où l'on aperçoit Dieu.
Esprit multiplié et gonflé par l'attente, Un jour, je connaîtrai ce que j'attends si fort ; Il n'y a rien de plus sur la terre et au ciel Que ce que peut savoir ma sagesse obstinée. Un jour, je trouverai le grand courant divin, Et sentant dans mon dos sa puissante poussée, Heureux baigneur qui s'abandonne au fil du fleuve, Sur le lit de la joie, entre les belles rives De l'Univers, chargé de fruits et de maisons, Le corps adroit, le cœur léger, l'esprit rapide, Je nagerai dans l'eau violente de la vie, Avec beaucoup de force et beaucoup de plaisir.