‹ La danse devant l'archeChapitre 13 sur 61 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

Saurons-nous réussir, pour que l'inquiète attente, Flambeau qui ressuscite, attise l'amitié, Ait tout son aliment sans troubler notre entente, A nous connaître bien, sans nous connaître entiers ?

Cependant, approchez, que je vous énumère, Mes amis si divers, mes amis si unis ! Toi, Juif, aux cheveux roux et à la voix chantante, Tout tremblant de nerveuse et tendre intelligence, Juif plus fier que David et plus doux que Jacob ; Toi, chrétien qui, formé au bord de la Charente, As le débit nuancé et coulant de ses eaux Et garde dans ta voix la douceur d'Angoulême. Toi, plus dur et qui né plus près de la montagne, Parle plus rudement un langage imagé, Vous tous enfin venus de diverses provinces, Garçons français, les plus intelligents de tous :

Français, au beau visage, élevés par leurs mères, Qui, d'abord, ont grandi sérieux et sans hâte Dans leurs larges maisons qu'entoure un clos feuillu. Pieux garçons comme moi, dès l'enfance exercés A assister le prêtre et à servir la messe ;

Et puis qui ont quitté, quand ils ont été grands, La mère intelligente et le père économe Pour venir à Paris achever leur esprit. Ils ont de la raison et de bonnes manières, Beaucoup de politesse et beaucoup de chaleur ; Ils ont su le latin et la géométrie, Et, mêlant ce qu'ils ont respecté dès l'enfance A ce qu'ils admiraient sur les bancs du lycée, Joignent curieusement dans leur vingtième année, Garçons religieux troublés par leurs études, Des vénérations à de l'incertitude.

Pourquoi m'as-tu quitté, le premier, plus austère Ou malade déjà, ou déjà mûrissant Et moins neuf que nous à la joie de la terre, O mon plus cher ami, mon aîné, mon parent ?

Ma douceur se mêlait si bien à ta franchise Et mon impatience à ta tranquillité, Mes vifs pressentiments à ta lente maîtrise Et mon adolescence à ta virilité !

Nos conversations étaient de beaux dialogues,

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