‹ La danse devant l'archeChapitre 14 sur 61 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

Ardents et mesurés ainsi qu'au temps des Grecs, Et la diversité de nos voix exprimait L'accord originel de raisons analogues.

Te souvient-il encore de nos heureux échanges, Et quand nous ramenions, après avoir suivi Tous deux notre pensée plus loin que notre vie, La divine Amitié, entre nous, comme un Ange ?

Camarade ! je te salue par ce beau nom. La vie, à notre joie, s'ouvrait comme une rade ; Je pense à la gaîté qu'avaient nos promenades, A tous les mouvements de nos réunions.

O mon jeune conseil et mon maître charmant, Cher tuteur pondéré qui règle et qui rudoie, Tu étais ma prudence et j'étais ton tourment ; Tu n'aimais pas toujours ma chaleur et ma joie, Car l'amitié était pour ton esprit sévère Le cloître grave et nu où vont deux solitaires.

Mais si tu m'as rendu plus réservé, plus sage, Posé dans le séjour, plus lent dans le voyage,

Je t'ai communiqué ma chaude passion, Tu étais mon renfort, j'étais ton oriflamme, J'ai allumé pour toi, au sommet de notre âme, Les feux spirituels de l'exaltation.

Tu te livrais souvent à mon esprit mobile, Comme un roi méfiant suit un guide exalté, Et tu t'abandonnais à ma rapidité, Comme le voyageur important et pressé Qu'on attend à midi au centre de la ville, S'abandonne au plaisir en passant devant l'Aube De se baigner dans l'eau tentante de l'été.

Et voilà qu'à notre amitié tu te dérobes, Peut-être mécontent qu'après t'avoir suivi, J'aie poussé mon désir au delà de ta vie Et voulu regarder par delà ta raison, Comme on a soif de l'eau absolue et glacée, Même après avoir bu le vin le plus loyal, Comme on veut quelquefois sortir de sa maison, Même quand tout y sert le corps et la pensée, Et comme, dédaignant la strophe commencée, On veut anticiper le poème total.

Mais toi, que deviens-tu, ô jeune solitaire ? Est-il vrai que, lassé de chercher Dieu sur terre,

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