‹ La danse devant l'archeChapitre 15 sur 61 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

Tu lèves vaguement les yeux vers le ciel vide ;

Et que tu substitues lâchement, mon ami

A notre intelligence ardente de la vie,

La méditation stérile de la mort.

Ah, si tu as perdu ta force et ton courage

S'il ne te souvient plus de notre grand accord,

Du moins, ne maudis pas mon ardeur au voyage;

O frère aîné, il faut aimer l'enfant prodigue,

Car c'est lui qui, parfois, après sa course avide,

Ramène à la maison de ses parents plaintifs,

Un dieu jeune et puissant ainsi qu'un beau captif.

Et puisque tu t'en vas et que tu m'abandonnes,

Unique ami où mon esprit était à l'aise,

Unique camarade avec qui j'étais seul,

Je rejoindrai, pour me mêler à leur cortège,

A la jeune gaieté de leur affection,

A leurs jeux, leurs ébats, leurs chants, leurs

entreprises, Les compagnons à qui je t'avais préféré.

Tendresse humaine, adhésion de l'homme à l'homme

O joie de nous sentir des cœurs contemporains Et de multiplier nos esprits l'un par l'autre. —

Parce qu'on nous a conçus tous la même année Une secrète entente est vivante entre nous. Quelque chose de fort relie nos jeunes fronts Comme le joug relie ceux des bœufs accouplés. Comme eux, nous nous mouvons d'un effort

solidaire, Comme eux, d'un poids égal nous pesons sur le sol.

L'air où sonnent nos voix, où monte notre rire, A notre âge, et est né en même temps que nous ; Parce que nous avons grandi tous à la fois, Chacun de nous exprime et entend tous les autres ; Chacun de nous comprend d'emblée et sans effort, Ce que ne comprend pas ce grand vieillard lucide...

Des fils souples, brillants comme les fils de la Vierge, Au matin de nos vies sont tendus entre nous.

J'entends dans les préaux les voix mêlées, le bruit Sous le pas des amis, du gravier des lycées ; La récréation dans le froid de l'hiver, Et les rires pendant les jeux et les querelles. Je vois les jeunes gens qui parlent en marchant,

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