LIVRE DEUXIEME 6s
Les autres s'exerçaient dans des jeux trop bruyants ; Les autres des objets ne voyaient que la forme. Aucun ne s'arrêtait pour se saisir lui-même Ni non plus ne cherchait à s'approcher de Dieu, Et François, qui riait tout le long de la route, Avait l'esprit trop clair pour bien comprendre tout.
C'est leur seul avenir qui lie les jeunes gens, Et dès qu'il est présent, toujours il les sépare. Tout leur charme leur vient de leur incertitude Et leur fougue ne tient qu'à leur ingénuité. Ils sont au seuil du monde un bouquet de promesses. Leur hésitation semble agrandir leurs yeux ; On ne sait quel vent neuf se joue dans leurs cheveux, Ni quel ample désir les possède et les presse.
Leur large enthousiasme absorbe l'univers Et les absorbe aussi dans sa houle sonore. Chacun ressemble à tous, ils ont tout en commun, Chacun est tout le groupe avant d'être lui-même ; Il possède le monde avant de posséder Et son propre regard et son propre visage. Tous d'une même soif boivent aux mêmes sources
Qu'ils croient neuves d'avoir touché leurs lèvres
fraîches.
Ils pensent que leur troupe est le sel de la terre, Qu'il faut avoir vingt ans l'année qu'ils ont vingt ans. Que le monde avec eux achève sa croissance, Que hors leur amitié il n'est rien de vivant, Un même vaste espoir les porte tous ensemble ; Leur informe chaleur les fait tous ressemblants.
Pourquoi nous regarder avec tant de surprise, Et qui nous fait soudain ce visage étranger ! Quel hôte inattendu, tout d'un coup s'est levé Entre nous, pour troubler notre belle entreprise ?
Comme des voyageurs qui se sont rencontrés A la tombée du jour, très las, dans une auberge, Et joyeux de parler et de manger ensemble Et de mettre en commun leur fatigue et leur faim, Se racontent leur vie et toute leur histoire, Dans l'odeur de la soupe et les fumées du vin, Puis se jurent, les pieds sur l'âtre de la salle Par des grands cris joyeux, éternelle amitié ;