‹ La danse devant l'archeChapitre 19 sur 61 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

Le beau chœur qui chantait au matin près des

sources.

Sous le ciel embrumé les voix sont abolies Et les pas divergents des chanteurs qui s'éloignent Se sont éteints aux quatre coins de l'horizon.

Et je m'en vais, en laissant pendre mes mains vides, Mes mains toujours tendues, mes mains toujours

déçues, Qui voudraient se fermer sur le beau fruit divin. Je m'en vais, retenant et l'espoir qui me porte, Et le jeune courage où j'ai puisé ma force, Mais plus las, cependant, moins hardi, moins

robuste, Avide et faible ainsi que l'est un homme à jeun.

Vous du moins, où d'emblée mon désir a couru Lorsque je suis sorti du temple :

Beau pays qui m'avez donné tous mes amis Et m'avez donné votre langue ;

7o LA DANSE DEVANT L'ARCHE

Puisque votre air subtil, léger, brillant, paraît

Sortir d'une bouche divine,

Peut-être saurez-vous enchaîner ma ferveur

Avec le pampre de vos vignes,

Nourrir ma passion que rien n'a contenté

Avec le bon blé de vos granges,

Puisque votre langage est celui qu'emploie Dieu

Lorsqu'il veut s'expliquer aux anges ; —

Il est comme un visage expressif et mobile,

Il est l'armée docile au chef intelligent

Et la route royale où l'esprit tout entier

Peut s'avancer à l'aise.

Comme le glaive ardent que maniait l'archange,

Epée de la raison, il éclaire et sépare,

Arrête et délimite, indique et circonscrit, —

Il a le son du rire, il est la voix du juste,

Le bruit de la clarté et de la certitude,

La nette expression de l'être intérieur.

Il fait à l'orateur une robe décente

Et prête un beau clairon à la voix des héros.

Je te salue, vigie sur le pont de l'Europe,

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