LIVRE DEUXIEME
Vif oiseau dans ta vigne, alouette dans ton blé, Coq qui chante au matin des siècles dans ta ferme, Et, comme un paysan qui entre dans la salle, Prend soin, pour honorer les gens de la maison Et pour ne pas tacher le beau parquet de cire, D'ôter et de garder à la main ses sabots, Ainsi, pour t'honorer, ô France, j'abandonne L'inquiétude dont mon esprit est alourdi ; Je veux te regarder avec des yeux limpides, Te percevoir avec amour, ô cher pays !
Par la fenêtre ouverte, on entend au printemps Le chœur que font les voix des enfants des écoles Dans les clairs bâtiments des écoles laïques Où le jeune soleil entre par les baies neuves Et sur les beaux chemins où s'effeuillent les
arbres, — Les chemins vicinaux où vont les carrioles Et la route royale entre les peupliers, — On entend à la pointe extrême de l'aurore (Joie des enfants qui voudraient bien être des
hommes) Les clairons des soldats des manœuvres d'automne.
Les limpides canaux sont couverts de péniches Les marchés sont pleins d'œufs, d'étoffe et de bétail
L'Eglise est près du pont qui passe la rivière Et devant la mairie un grand mail est planté ; Le soir, le boulanger assis devant sa porte Les bras nus sur son tablier plein de farine Regarde la rentrée des gens et des troupeaux, Et quand passe le train à l'aube dans la Beauce, Les voyageurs serrés dans les wagons étroits Soulèvent le voile bleu qui recouvre la lampe Et dans la fraîche buée la moisson apparaît.
O raison ancienne en chaque siècle accrue O courage du monde et cœur de l'Occident Nation inventive, et sensée, ô Vivante — République, je te salue par ton beau nom...
Comme une jeune femme accoudée au balcon
De la maison de sa famille,
Maison ornée de vieux portraits et de blasons
Et de statues dans les charmilles,
Ne veut pas regarder aux murs de la demeure
Ni les tapisseries avec ses belles armes
Ni les vieux écussons qu'on a peints sur le bois
Mais suit d'un long regard courageux et avide