LIVRE DEUXIEME
Les grands vaisseaux cinglant vers les nouvelles
terres Et le jeune émigrant au visage exalté : O Jeunesse, accoudée sur ton antique histoire Ton regard est tourné vers le libre horizon.
Et c'est toi qui construis et détruis la première, Tu emploies chaque siècle afin de bien sentir Dans ton cœur généreux une vie toujours chaude A de nouveaux projets ton antique raison, Et ta vieille richesse à de nouveaux usages.
Sauras-tu, beau pays, sauras-tu réussir
A te renouveler toujours sans te détruire
Et à rester vivant en demeurant loyal ?
Tu ne crois plus au Dieu pour qui tu t'es croisé,
Et ton intelligence est sortie de l'Eglise,
Mais es-tu assez fort pour survivre à ce Dieu,
Pour toujours prolonger ta recherche inquiète,
Et pour ne pas périr d'avoir voulu tenter
D'agir et de penser selon ta libre loi ?
Te renonceras-tu afin de te survivre
Et t'immoleras-tu à ta propre durée,
Ou devras-tu périr de n'avoir pas menti ? — Prends garde, les plus purs souvent sont les débiles La blanche pureté est la sœur de la Mort L'eau qui lave la ville abîme ses murailles Le feu qui transfigure est le feu qui dévore Le vent qui purifie est le vent qui détruit.
Pourtant garde ta foi dans ta récente histoire, Ne renie pas l'éclat des jeunes Marseillaises, La proclamation des droits dans l'Assemblée La voix des orateurs brillant entre les piques Et la retentissante émeute de Paris ; Ne renie pas le temps romain des volontaires, Quand les tambours blessés mouraient battant la
charge, Près des moulins français et des ponts de la Meuse, Ne mime pas le repentir des régicides Que poursuit la racaille obstinée des laquais Qui cachent dans les bois leur vie diminuée Moqués par les enfants qui vont au catéchisme, Et qui sont dénoncés par de bas pamphlétaires A l'exécration des prudents villageois.
N'oublie pas les Bourbons escortés des Cosaques