LIVRE DEUXIEME
La Terreur blanche au fond de la lâche Province, Ce pays de païens sans cœur et sans pensée De cruels maquignons, de félibres bavards Et qui n'a su nourrir de sa clarté splendide Qu'une race jouisseuse, excitée et vulgaire La race des brailleurs et des tambourinaires.
Il ne partira plus de vaisseaux d'Aigues-Mortes Pour ravoir sur le Turc le tombeau de Jésus, On ne construira plus de neuves cathédrales, Les cierges ne sont pas plus vacillants que l'âme De ceux qui voudraient croire encore qu'ils sont
chrétiens, Les cœurs les plus pieux sont les plus infidèles Les plus religieux sont les plus révoltés.
Mais l'autre foi, la foi que tu as mise au monde Celle qui, née de toi, se répand dans l'Europe, Ta foi dans ta raison, ta foi dans ta révolte, Vas-tu l'abandonner après l'avoir transmise Ou bien, cruel affront, détestable agonie Te faudra-t-il mourir de l'avoir suscitée ?
Israël est mort d'avoir donné un Dieu au monde,
Le jeune Dieu qui descendait des patriarches, D'Isaac et de Jacob tendre postérité Le Dieu qui descendait de la lignée royale Que le Seigneur lui-même avait ointe et bénie, A dispersé son peuple en mourant sur la croix, Et en ressuscitant a accablé sa race.
Et toi qui fus après Israël la terre élue O France, cher pays de Pâques et de Noël, Toi, va-t-il t'étrangler avec ses mains hardies Le dieu que tu conçus au soleil de juillet ?
Est-ce vrai, ce qu'ils crient dans les rues de la ville; Que, quand ta liberté s'accroît, ta force tombe Que le génie civique au bonnet phrygien Qui conduisit longtemps ton peuple à la victoire Lui a fait boire un vin de mensonge et d'erreur ; Que tu dois obéir, comme un enfant docile, Aux évêques peureux et aux rois exilés ; Qu'il faudra t'infliger pénitence publique Pieds nus, et à genoux au parvis Notre-Dame Confesser tes folies, tes fautes, tes erreurs