LIVRE DEUXIEME
Qu'en sais-tu, pauvre enfant, et pour trouver le
Dieu, Le visible éternel, dont le désir t'altère, Es-tu sûr d'embrasser de l'esprit et des yeux L'océan tout entier avec toute la terre ?
Qui sait, si loin d'ici, de l'Occident étroit Privé de réserves profondes, N'habite pas le Dieu qui nourrirait ta foi, Et qui t'expliquerait le monde ?
Tu n'as pas pénétré dans la vaste Amérique, Pays des larges fleuves et des hautes maisons ; Qui sait ! Dans l'ample accueil de son âme encore
vierge Tu aurais pu calmer la fièvre dont tu brûles, Tu aurais pu trouver et la paix et la joie En nageant dans les eaux de ce torrent humain.
Sa cordialité indifférente et calme
A la même grandeur que ses belles prairies
Où, sur les poulains vifs, passent les hommes libres.
L'humanité y est pareille à la nature,
Comme elle, sans repos, sans haine et sans pensée,
Riche du grand plaisir aveugle d'exister
Et de proliférer dans un espace large ;
Foule mouvante, dense, et diverse, innombrable,
Comme une forêt vierge animée par le vent ;
Tu y aurais perdu ton âme inquiète et vaine,
Car dans l'activité de ce travail sans rêves,
Le même bonheur gît qu'au fond du grand repos.
Le grand repos que goûte, au coeur des solitudes,
L'ascète délivré du mensonge obstiné,
Qui, de la liberté des hauts sommets de l'Inde,
Regarde l'univers se dissoudre en fumée
Sous le fixe regard de son âme affranchie.
Plus haut que tout réel, plus haut que tout mirage,
Par l'évanouissement de toute conscience,
Achemine ton âme au sommeil immobile,
Au silence total, sans voix et sans écho,
Et pour oublier tout du monde et des misères
Où le désir servile nous engage et nous lie
Dans un vaste bonheur de torpeur et de nuit,
Dans une vide et noire extase confondu,
Contemple sans bouger, sans battre des paupières,
Un insensible point de la neutre étendue.
Connais-tu la moiteur des eaux du Pacifique, Et leur tranquillité transparente et douce,