LIVRE DEUXIÈME
Le vivant Eternel ne peut être stérile, Et n'habite pas chez les morts.
L'Eternel est plus vif que le rapide orage ; Il sait devancer les éclairs, Féconde incessamment les âmes et la terre, Renouvelle le monde à chaque instant du jour. L'Eternel est plus vif que le rapide orage, Il est un Dieu de vie, il est un Dieu d'amour.
L'Eternel n'est pas immobile, L'Eternel est actif, l'Eternel est fécond ; L'Eternel que je veux n'est pas un Dieu stérile, L'Eternel est un Dieu vivant.
Un tel Dieu, je sais bien qu'on n'en fait pas rencontre, Un beau jour, au hasard d'un paresseux voyage, Comme un heureux marin découvre un îlot neuf. Je n'irai pas chercher dans ces contrées lointaines De quoi tromper ma soif et étourdir ma vie, Je ne suis pas pareil aux garçons romantiques ; Je suis plein de désir, mais non pas plein d'ennui,
La vie n'est pas pour moi un bâillement stérile, Un rêve qu'il faut rendre autant qu'on peut plaisant Par le fantasque exil et le plaisir nomade ; — La vie est vraie, solide et vaut qu'on s'y attache ; Elle est le seul réel et toute joie en sort, Elle est tout à la fois le champ et la moisson, Arène de combat, palme de la victoire.
Je n'engourdirai pas dans le changeant voyage Le très puissant désir que je veux contenter. Je ne m'amuse point d'idoles biscornues, Je n'irai pas chanter en des temples étranges Accompagné d'un chœur de prêtres pittoresques, Dans un langage impur des hymnes insensés. Je n'honorerai point les fausses déités ; Tous les dieux étrangers sont de vains simulacres, Qui n'ont rien à me dire et dont je ne veux rien ; Mais je renverserai leur sacrilège image, Ainsi qu'il est prescrit au peuple d'Israël.
Voyage nonchalant aux pays exotiques, Tu ne peux pas mener mon esprit au Seigneur ; Je le sais, le Seigneur n'habite pas mon âme Puisque je suis parti pour aller le quérir, — Mais il n'est pas si loin que ces étranges dieux, Car, pour que j e l'entende, il faut qu'il me ressemble ; Pour approcher mon Dieu, j'approfondis mon être ;