‹ La danse devant l'archeChapitre 31 sur 61 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

C'est dans mon horizon que sa face peut luire, Et les plus près de moi sont les plus près de lui.

Mais il n'a pas encore voulu montrer sa face A tes yeux suppliants toujours levés sur elle, Et dans tout l'univers humain, où tu tentas Et pour te mieux connaître, et pour le mieux,

atteindre, D'éprouver ton amour au contact des hommes, Il n'est rien de vivant encore que ta ferveur.

Eh bien, si l'univers où erra ta tendresse, Est vide, inanimé, sans rayons et sans voix, Si la Création ne sait pas révéler Le divin créateur dont elle est émanée Crée à ton tour un monde où tu seras le Dieu, Où vivra, retenant ton regard, ton langage, Libre, le peuple immense enfermé dans ta vie. Plante dans ce désert de morne et de détresse, Pour abriter ton âme, une splendide tente Que ton propre génie, tes mains auront tissée. Ce Dieu que n'atteint pas ta plaintive prière Ne peux-tu l'approcher en créant comme lui ?

En créant, comme lui, un monde à ton image, Monde spirituel, sans chair et sans matière, Moins tangible que l'autre, et aussi bien plus beau. On ne peut le saisir ; mais on le peut comprendre, Immortel univers qui à jamais vivra De cette vie éparse, incorruptible, ailée, Qu'ont un heureux poème et un profond regard.

Tu feras dialoguer des hommes et des femmes, Dans de vastes palais ou dans des forêts sombres, Et tu déchaîneras leur amour et leur haine, Qui leur dispenseront et la vie et la mort. Dans ton esprit se formeront leurs destinées, Et tu ne seras pas absolument leur maître, Mais un souple lien te les liera toujours Et leur vie jaillira du profond de ton être.

Les hommes ont ta voix, les femmes ont tes larmes; Mais chacun vit pour lui, s'oppose à tous les autres, L'avare a sa cassette et le fou sa marotte, Le roi a sa couronne et l'esclave a sa chaîne, Je vois couler tes pleurs d'enfant sur ce visage,

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