‹ La danse devant l'archeChapitre 35 sur 61 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

Il ne te plairait pas, maigre enfant réfléchi, D'être le temple obscur d'un Seigneur inconnu, L'esclave inconscient d'un maître tyrannique. — Avoir de toi, de Dieu, la pleine conscience, Aimer d'un fort amour un Dieu clair et présent, Voilà ton voeu, ta fin et ton espoir suprême, Ton incessant désir, ta soif inapaisée, Enfant, tu ne saurais imaginer un monde, Car pour pouvoir créer ce monde imaginaire Et qui se superpose à l'univers réel, Il faut avoir une âme ou comblée ou légère Et ne pas chercher Dieu ou bien l'avoir trouvé.

Tu ne l'as pas trouvé, mais que ta ferveur reste Intacte, courageux enfant, c'est ton seul bien, Et puisqu'elle a brûlé tout ce qu'elle éclairait, Et puisque rien n'est assez beau pour l'asservir, Puisque rien jusqu'ici n'a pu fixer sa flamme, Et puisque dans l'univers rien ne lui répondit, Et que tu es trop pieux, trop pensif et trop faible Pour l'employer à éclairer un autre monde Que tu aurais toi-même imaginé, construit, — Sans baisser ta ferveur, interromps ton voyage,

Rien n'a pu t'arrêter, fixe-toi dans l'attente. —

Au lieu d'aller toujours au-devant du Seigneur

Comme un, qui, abritant ses yeux avec sa main,

Pour regarder plus loin, apercevoir plus vite,

S'avance sur la route au-devant d'un ami,

Sans jamais rencontrer que troupeaux et poussière,

Assieds-toi sur la borne et attends sa venue ;

Que ta flamme appartienne à qui viendra la prendre,

Ton amitié survit à tes amis épars,

Ta passion survit aux objets de ton zèle,

Etablis ton amour au cœur d'un carrefour :

Et que ceux qui voudraient s'y réchauffer

l'approchent.

En le prêtant à tous ne le donne à personne, Jusqu'au jour où soudain, surgissant de la foule, Dieu viendra pour chauffer ses mains à ta chaleur.

Feu de joie sur un carrefour

D'autres ont su créer des hommes et des femmes, Ils ont vécu dans l'univers qu'ils se sont fait ;

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