LIVRE DEUXIÈME
Je voudrais seulement énumérer le monde ; Je suis un feu de joie au cœur d'un carrefour.
Ma clarté ne sait pas évoquer les images ; Je ne projette rien que les ombres des autres, Je suis l'ami fervent, je suis le clair passage Je suis la flamme qui reçoit et qui réchauffe.
Mais le grand carrefour est au cœur de la ville, Et c'est à lui que se terminent les chemins ; Les chemins sont passants et la ville est peuplée Et parfois il y souffle un vent plus large encore Que la ville avec ses monuments et son grand port.
Feu qui se brûle à soi et à soi se rallume, Mais dont l'accueil est vaste et le foyer puissant, Qui montre leur secret et leur force aux passants Et qui donne un visage à ceux qui les regardent.
Le feu, le feu stérile est pourtant efficace, Approchez, mettez-vous en rond autour de moi, Et vous sentirez bien ma clarté sur vos faces, Et vous sentirez bien ma chaleur à vos doigts.
io4 LA DANSE DEVANT L' ARCHE
Si vous voulez savoir ce que peut votre joie, Entrez, vous tous, entrez dans mon cercle mouvant, Ma chaleur est à tous, chacun Ta tout entière, Rien ne peut détourner ni posséder ma flamme, Son ardeur, sa gaieté, son zèle infatigable.
Quand les garçons venus des provinces timides Mettent le pied sur les pavés de cette ville, J'illumine pour eux les grandes perspectives Du port mouvementé et de la ville active.
Mais s'ils sont fatigués et tristes de sentir La ville appesantir leur main sur leur épaule, Si, noyés dans la nuit que coupent les voitures Et qu'entament les réverbères, Leur désir pense à tout le calme que faisait, Sur leur jardin fermé, la nuit intacte et douce, Ma tendre expansion et ma bonne chaleur Rappelle à ces garçons que l'exil déconcerte, L'attentive amitié de leurs sages maisons.
Et quand du port qui sent l'anchois et le goudron, Les marins au cou nu, les mousses grandissants, Remontent vers la haute ville,