‹ La danse devant l'archeChapitre 37 sur 61 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

Je suis pour eux réconfortant et cordial, Comme l'alcool en feu à leurs lèvres salées, Dans la taverne basse où, dès qu'ils touchent terre, Ils s'assoient et se désaltèrent.

Quand passe près de moi la troupe des soldats,

Dans le bruit de la marche et la chaleur du drap,

Ma flamme et le clairon échangent leurs deux forces.

Le clairon exalté semble brûler plus haut,

Son ardeur étincelle :

Et ma flamme, à son tour, dans le ciel plus vibrant,

Elève un chant plus mâle.

Les soldats mieux groupés ont relevé la tête,

Ils sentent moins le poids du sac, des cartouchières

Et du fusil qu'ils portent.

Sur les pavés sonnants leur pas est courageux.

Car je mets la lueur des victoires légères

Sur leurs lourdes capotes.

Et quand vient le moment où le jour fatigué S'assied sur le bord gris de la nuit qui s'élève. Quand s'ouvre à deux battants la porte du préau Par où sortent pressés les enfants bondissants Avec des livres et des rires, Tout joyeux de sentir l'air contre leur visage Et qui, le bras passé au bras d'un camarade,

Vont chez le boulanger pour y manger du pain, J'éclaire gravement leur cortège frivole. Je pose des reflets sur les tabliers noirs Des enfants des écoles.

Gens qui passez au carrefour de cette ville, Je vous donne ma flamme et vous, vous me donnez Votre présence, et Dieu consacre cet échange, Car tous vos mouvements annoncent qu'il est là.

Une grande tendresse entre nous se promène Le carrefour est plein d'élans et de messages ; Voyez, pour recevoir tous les dons qu'on lui fait L'âme au delà du corps s'étend et se prolonge Comme pour recevoir les pommes au verger La cueilleuse de fruits étend son tablier.

Sentez-vous Dieu présent sur la place où je brûle ?...

Il est cette chaleur qu'ont les poignées de main, Il est ce qui rejoint et ce qui lie : il est La lecture que les regards font des regards, La pénétration de l'esprit dans l'esprit Et le goût que la vie a toujours de la vie.

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