‹ La danse devant l'archeChapitre 38 sur 61 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

Il est l'eau qui remplit la brûlante piscine

Où nagent tous les corps humains, car, tu le sais,

Les corps humains ne sont pas clos, cernés et secs,

Mais leur rayonnement, autour d'eux, se propage

Et tu ne peux pas dire où s'arrête un visage ;

Il est l'adhésion, il est la sympathie,

Qui, pareille à ces grands éclairs des nuits d'orage,

Qui montrent brusquement la chaîne des montagnes,

Révèle d'un seul coup, et pour toujours à l'âme,

Toute la chaîne des puissances de l'autre âme.

Je peux vous dire où est le domaine de Dieu : Dieu est logé dans l'intervalle entre les hommes, Ainsi que le soleil se loge entre les feuilles, Il hante l'air sensible, intelligent, vivant Où résonne la voix humaine, Il habite la chambre où les amis assis Parlent du métier qu'ils feront, des intérêts De leur ville et des lettres qu'ils ont reçues.

Dieu est ce qui révèle à chacun tous les autres.

Jadis, pour annoncer les choses solennelles,

Un grand feu s'allumait au sommet des montagnes.

La nouvelle un instant comme un puissant phalène Tournait autour du feu qu'elle avait suscité, Puis repartait sur le chemin de sa clarté. Vers d'autres feux, sur d'autres cimes.

Les villages assis, en bas, dans la vallée, Levaient la tête afin de mieux considérer Le vol éblouissant de la nouvelle illustre Qui se faisait ainsi ces rayonnants relais.

Je suis un des relais où Dieu s'est arrêté ; Le temps qu'il tournera autour de ma clarté, Que j'entende des pas, des rires et des voix, Que des passants nombreux s'approchent de ma vie. Il faut beaucoup m'aimer, il faut aimer du feu La nature mobile et le cœur courageux.

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