‹ La danse devant l'archeChapitre 53 sur 61 · LE CALUMET PAR ANDRÉ SALMON · texte numérisé non relu

LE CALUMET PAR ANDRÉ SALMON

Un rossignol chante la nuit, dans un bosquet de Prague, mais non loin d'un café bien éclairé, où Ton joue des danses de Brahms. Un faune est poursuivi par un garde champêtre. Un poète un peu ivre, au bras d'un compagnon lettré, titube au bord de la Seine ou bien, dans la banlieue de Paris, interroge un romanichel. Je n'emprunte pas ces images au livre d'André Salmon, mais si, tandis qu'elles se lèvent pour moi dans la fumée de son Calumet^ je note leur étrange cortège, c'est que je crois ainsi définir sa manière. Lyrisme fantasque d'un tzigane très spirituel, d'un chemineau jeune et cocasse. C'est le poète des nuits blanches. Au dessert d'un festin un peu crapuleux il se lève pour réciter le plus pur poème de Perse... Au moment où le naissant matin agite les bouleaux de la steppe, dans le buffet solitaire d'une gare russe, je le vois qui interroge un vieux fonction-

naire voleur et intelligent. André Salmon a l'exotisme facétieux. 11 se plaît à envelopper, pour qu'elles y grelottent, des images méridionales dans la bruine d'un port flamand. Très tard il rôde dans les tavernes d'Anvers :

C'est à l'estaminet de V Etoile-Polaire Tenu par une veuve hilare et sans pudeur

qu'il écoute les récits des matelots ivres :

y' 'ai près de Singapoor un fis qui me ressemble Le prénom de sa ?nère est gravé sur mon cœur.

Un Russe pleure en invoquant Saint Wladimir ; les Belges rient tout bas. Il y en a un qui revient du bagne de Poulo-Condor :

C'est une soûlerie énorme et réfléchie

Dans ce Nord barbouillé de Chine et de Pérou.

Au fait u une soûlerie réfléchie " voilà bien le ieu où André Salmon s'amuse.

Il est aisé de voir à qui Salmon s'apparente. Il aime les Illuminations de Raimbaud, dont il n'a pas la profondeur, le Paris sentimental de Paul

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