‹ La danseChapitre 27 sur 78 · V..yS · texte numérisé non relu

V..yS

(Extrait des Izilxis du Temps passf. — A. Durand et fils, éditeurs.)

l.A liASSK A TRAVERS LES AGES.

du cor|>» tout entier avaient h plus grande liberté. Plusieurs de ces Bayiez, les Picartscos entre autres, étaient d'un caractère presque inconvenant. L'un d'eux, <■/ l:uarratnan, tut longtemps en grande faveur, nuis aucun n'atteignit au succès de la ZaralHttuia.

Li S.tr.ibande était généralement dansée par des fenunes, au son de la guitare. Quelquefois les flûtes et les harpes soutenaient les accords de la guitare et accompagnaient le chant et La danse. Des danseuses, parfois, dansaient la ZarahtiJa en s'accompagnant elles-mêmes de la guitare et de la voix; elles étaient fort recherchées.

Ix pri>digieux succès de l.i Xiiral'anJii passa li-s Pyrénées; dans un bal que Louis XIV donna à l'occasion du inari.ige du duc de Bourgogne, le duc de Chartres, qui plus tard devint le Régent, dansa une Sarabande avec la princesse de Conti, et tous les deux provoquèrent des exclamations admiratives de la cour.

La Sarabande fut le triomphe de Ninon de Lenclos; le duc de Ciiartres et la princesse de Conti y excellaient. Un Italien, du nom de Francisco, .ivait composé l'air d'une des plus célèbres Sarabandes. Le chevalier de Grammont écrit à ce sujet : « Elle charmait ou dc-solait tout le monde, car toute la giiitarerie de la cour se mit à l'apprendre, et Dieu sait la ràclerie universelle que c'était.... »

La p.ission que ces airs avaient inspirée fut telle, que Vauquelin des Yvctcaux voulait trép.i.sser aux sons d'une Sarabande « afin, disait-il, que .son âme passât plus doucement ». Il avait quatre-vingts ans!

.\ la cour de Charles II, roi d'.\ngleterre, la Sarabnide fut aussi en grande faveur.

.Mais la vogue de la Sarabande ne persista guère au del.'i du xvii' siècle. Jean-Jacques

Fi;.M.ME 1»K ylAl.lTE KANSANT D'après une L'ravure de la lin Ju xvir siècle.

IN l!.\l, A I.A I-RANrAISli EN |W2 D'après un nlnianach du temps. {BiHiuthù.]iic nationale.)

/. 1 /).IV.S7: ir Cli.WI) SIECLE

Rousscauvonstatc que, de son temps, elle n'est plus en us;it;e, si ce n'est dans quelques vieux opéras rran>,"ais.

Le Miiiiiti, au contraire, fut surtout la danse favorite de la cour de Louis W : cependant Louis Xl\' dansa plusieurs Menuets dont Lulli avait composé la musique tout exprès pour lui.

l'Alliinamh' était une danse très ancienne, un peu lourde et qui manquait de

UANSIC DIC PAYSANS FLAMANDS Gravure ilu lumps liaprcs le tableau de Jean Miel. (Ditliothè^iiic lulinnale.)

grâce et d'élégance; on la dansa en 1540 aux fêtes que François I"' donna à Charles- Quint. Une des particularités de cette danse est que le cavalier ne quittait point les mains de sa dame dans ses tours et ses évolutions.

labourot nous dit : « Vous la pourrés dancer en compaignie, car a^ant une damoiselle en main, plusieurs aultres se pourront planter derrière vous, chascun tenant la sienne et tous ensemble, marchant en avant et en rétrogradant par mesure binaire, trois pas et une grève (ou pied en l'air) sans sault, et quand vous aurés marché jusques au bout de la salle, pourrés dancer en tornant sans lascher votre damoiselle. Les aultres suivront de mesure, et, quand les joueurs d'instruments cesseront cette première partie.

- \. chjcun s'arrcstcra et tlcviMrra avec sa i.iinoiscllc, et rccunimciiccr6> comme iiparavaiu pour la deuxième partie; i.i troisième, vous la dancercs par la ;'^ îiiesure binaire, mais plus légère et couitée (vive), en y ajoutant des petits lults comme h la Courante.

« En dançant l'Allemande, observe notre auteur, les jeunes hommes quelques tois desrobent les damoiselles, les ostant des mains de ceulx qui les ineynent, et celui qui est spolié se tra- ..lille d'en ravoir une aultre. Mais je n'approuve jwint ceste façon de faire, parce qu'elle peult engendrer des querelles et mécontentements. »

L'Allemande fut en faveur jusqu'à la fin du XVIII' siècle.

Cette danse présentait ce caractère particulier d'être exécutée par un grand nombre de personnes, dirigées par un couple; elle doit donc être regardée comme une sorte de Branle. La théorie qu'en donne Thoinot montre, d'autre part, qu'elle est assez semblable à la danse anglaise appelée Sir Rogtr de Ccnerky, danse dans laquelle les cavaliers et les dames sont plact-s vis-à-vis les uns des autres sur deux lignes parallèles. Un couple marchait suivi de tous les autres, et, après avoir traversé la salle de bal, tous rétrogmdaient et tournaient sans quitter les dames. L'air de la première Allemande est, dans VOrclysographif, accompagné des pas de danse. Il y a loin de cette ancienne Allemande à l'Allemande moderne, car danse et musique difierent essentiellement.... Le célèbre maître de danse de l'Opéra sous Louis Xl\', Pécour, nous a laissé dans la Clwrégraphic de Magny la musique de l'ancienne Allemande, musique assez gaie pour l'époque et écrite en six-huit. Les pas principaux sont des temps de Courante et des pas de Gaillarde; les deux danseurs traversent la salle, se séparent en tournant, l'un à droite, l'autre à gauche; après quelques pas faits en tournant, ils se réunissent au milieu, se séparent et se promènent isolément sur les côtés. Le cavalier, placé dans l'un des angles, et sa dame, dans l'angle

D'aprcs un dessin du xvir sicde. (B(f/io/A«V"<^ lulionjle.)

LA n.wsE m: GR.wn sr/cci.E.

oppose, exécutent quelques pas en tonnant un carré, tous Jeux se rapprochent et reprennent leur place primitive pour terminer, (i)esrat.)

Le Piusifù't!, ilanse figurée venue de Bretai^ne, dit-on, tut loiigtem])s aimé à la cour, malgré la vivacité de son mouvement rythmé à trois temps.

.Mme de Sévigné dansait des Passepieds aux iètes données a Rennes .'i l'occasion des Ltats de Bretagne. D'ailleurs sa tille, Mme de Grignan, une des meilleures danseuses de ce temps, alTectionnait particulièrement cette danse. Le Passepied était une

DANSi: l)K l'AVSANs 1>A^^ IN lAllAKlii ll.A.MAM). — IN l'As Uaprùs un talMcau Je Ténicrs. {Minée Je Mûnidi.)

sorte de .Menuet de vive allure. N'overre, dans ses Lcllrcs sur la dausc, parlant de Mlle Prévost, de l'Opéra, nous dit qu'elle courait le Passepied avec grâce : « Le léger Passepied doit voler terre à terre. »

Cette danse, fort répandue en Bretagne, était caractérisée par la rapidité avec laquelle les pieds se croisaient et s'entrecroisaient en glissant. « Notre pas de Bourrée, dit M. Desrat, semble une dérivation de ce pas de Passe-pied. »

Mme de Sévigné a parlé de cette danse à diverses reprises dans ses lettres, notamment dans celle du 12 août 1671 où elle dit : « Le soir, on .soupa, et puis le hal. Je voudrais que vous eussiez vu l'air de .\L de Lomaria, et de quelle façon il ote et lemet son cha-

/ I tiWSE A TRAVERS LES AGES.

peau; quelle légèreié! quelle justev*-! Il peut défier tous les counisans et les confondre, sur ma parole. »

n Ij Pasiacaillt, dit le professeur Desrar, serait venue d'Italie ». Son mouvement lent et grave, k trois temps, avait beaucoup de grûcc et d'harmonie. Les dames se livraient avec plaisir à cette danse : leurs grandes robes ù traîne y ajoutaient un certain caractère de majesté-. Telles sont, en ré-sumd*, et en dehors des ballets, les princip.«lcs danses qui furent en faveur au grand siicle.

Les Branles, les Brandons, les Rondes, dit M. Dcsrat, jtuiaient aussi un gr.ind

L Al.LLMAMiL

D'après une (fravurc 3n^'lai>e Ju xviir.siccle.

rôle dans les plaisirs du temps. L:\ plup.irt des bals s'ouvraient par un Branle. Nous trouvons dans \' Orcfxsographk de Thoinot-Arbeau les noms d'un grand nombre des vieux Branles accompagnés de leur tlicoric. C'étaient ceux du Haiit-Rarrois, du Moiislier en Dcr, i\i: Haynaut, <ï Avignon, etc., etc. Les Branles du Poitou et d'iicosse se distinguaient des autres par leur mesure à trois temps. Le Branle des Lavandihcs, dont parle Thoinot, a souvent été reconstitué depuis et toujours avec succès. « Les danseurs s'y accompagnent en frappant dans leurs mains comme dans la Ronde du Carillon de Dunkerquc. »

/. I /».i\.s/; M liKAM) sii:cj.i:.

KERMESSE FLAMANDE D'après le tableau de Ténicrs. ( Miiscc Je Munich. )

Mais les danses de cour se rcssentaieiit tlu fioid cérémonial, du silence et de la contrainte officielle.

Les ballets alléf^oriqucs du rèj^nc précédent où l'on représentait l'Apparence avec inie jupe étoilée de glaces, des ailes et une queue de paon, le Temps avec une horloge ;\ la main, le Mensonge par une lanterne sourde, étaient remplacés par les grandes scènes mythologiques. Mais des idées bizarres étaient passées par la tèie du roi. Durant sa jeunesse, il était agréable et dansait à merveille; on le vit, au ballet d<js Saisons, dansé à ront.iineble.m le 2.^ juillet l6f)l, s'affubler d'une tunique grecque et d'une couronne d'épis d'or pour représenter la déesse de la moisson.

Benserade, pour qui une sottise ro\'ale était une occasion d'allumer sa verve, ne pouvait manquer de s'escrimer à propos de ce projet. Il rima des vers qui turent dits par la Ccrès-roi, que n'arrêtèrent ni la grossièreté de l'apologue, ni les énormes Hatteries qu'il contenait.

R.icine lui-même écrivit les paroles d'un divertissement exécuté devant le roi à Sceaux, dans le ch.iteau de Colbert;on y chantait en chœur une bien singulière strophe!

Racine s'est bien gardé de joindre Fldylle de Sceaux à la collection de ses œuvres.

« Tandis que des Français débitaient des sottises à Louis XIV, dit Baron, d'autres

/ 1 l>\\si:.\ rHAVHliS LKfi ir.rs

I r4ii.,-4iN, kjut u uiuuitri, ài.5 pairs d'Angleterre avait iiuuo a akbrtr le rctuur Ue Clurle> II par un ballet |H>ctiquc, supposaient qu'Alithie, la vi-rité de la Religion, s étant réfugiée dans cette ile, Atlas et les Muses lui amenaient toutes les nations pour lui fairi leur compliment -

On entend.i.. « v». ballet des vers tels que ceux-ci :

Ht combien d'auta*s de cette force !

En résumé, les spectacles de cette époque se distinj^uaicnt plus par la poniju.-, la

m;t^nilicence et l'ordonnance que par le goût. On lui doit des recherches nouvelles, des idées neuves et des combinaisons scéniques inattendues. On pourrait appliquer

encore à ce régne les paroles du maréchal de Richelieu : « En France, on ne fait de

haute politique qu'au bal; le Conseil des ministres n'a été inventé que pour approuver les projets conçus entre dcu.x Menuets. >

COSTUMES DE BALLET Iil XVIll' SIECLE

Daprù^ une irravurc de la collcctum Hennin.

Bitliothique lUlioHjle.)

.MADAMI-; (tXIIOlS DANSANT Daprts le tableiu J'Aiiloini; Pc^ni; {i-.\:). (Miisèc Je licrlin.)

Qw:: ^ ■

LES PEINTRES DF5 FÊTES GALANTES. — LE MENUET. — LA GA\OnE. MADEMOISELLE SALLE ET LA CAMARGO.

AI A fin du wii" siècle, de vagues aspirations entraiiiaient les arts vers de nouvelles destinées. Aussi le coninieiicement du siècle suivant fut-il marqué par l'explosion d'une réaction qui, lentement, s'était préparée contre la majestueuse solennité des dernières années du grand roi, contre l'étiquette outrée et la dévotion oflicielle. L'époque nouvelle s'éprend d'un art un peu factice, il est \ rai ; mais un singulier charme la distingue entre toutes. La haute société du xviii" siècle est moins fastueuse que celle d'autrefois, mais infiniment plus raffinée; les mécènes de la finance copient la noblesse et encouragent l'éclosion des talents et de toutes les élégances.

C'est le règne de la délicatesse et du goût, goût subtil, délicatesse un peu mièvre.

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lA\~AN\i; IjANSANT Par A. de Saint-Aubin.

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un peu maniérée. L'art pictural est privé de puissance et d'éniution, et, par suite, de grandeur; mai.s il est joli et séduisant. La décoration elle-niénie s'attache à chaisier les regards, les tninicaux s'encastrent dans les boiseries aux fines volutes, et, dans les boudoirs et les petits salons aux nuances nacrées semées de fleurettes, dans les parfums d'ambre et de benjoin, si-rpentent les caprices d'un art ornemental très frêle, brillent U-s meubles de l'école de Boule ou les panneaux en vernis Martin aux couleurs tendres semées de guirlandes fleuries et d'entrelacs d'or. I-cs orfèvres révèlent des

fomies variées, contournées et gracieuses. Les miniatures s'enchâssent en de précieux écrins.

Ia.s femmes se vêtent d'étoffes It-gères, ornées de rubans mauves et de chatoyantes et délicates tlcurs; elles pit^uent leurs joues de mouches, mettent du rose sur leurs lèvres, se haussent sur de tins t.ilons.

L'engouement général est aux peintres des fêtes galantes, à W'.itteau, qui florissait déjà à la fin du règne de Louis XI\', .1 Lincret, à Boucher. L.i plupart sinspirent du théâtre, vers lequel une passion nouvelle entraine la fouie. W.ute.iu, qui personnifie le mieux son époque, pare ses personnages de costumes élégants, les attiic de jabots et de manchettes. Il peint F Hinbarquemcnl pour Cytlk're. Boucher, premier peintre du roi, ne cesse de faire couler de sa palette des Amours et des roses; ses œuvres sont merveilleusement appropriées aux lambris clairs, vert d'eau, bleu pile ou ivoire, rehaussés d'or. Boucher et Watteau, peintres de boudoirs, font mener des moutons frisés en de vertes prairies par des bergers et des bergères enrubannés. Lancret f;iit danser le Menuet à des femmes de rêve, à des gentilshommes d'une cour radieuse, sur des rives fleuries aux frais ombrages, sur des fonds de coteaux bleus et roses. Latour, le pastelliste aimé d'une danseuse, s'inspire, h son insu peut-être, des gazes légères dont s'entoure sa maîtresse, et modèle ses pastels

.VAI>LM(ilSLLI L !-AI,Lt. I \ TLKI'SH llnUi; IKANi.AljL Dapris une frravurc ilu Icnips

LA D.WSE sors /.mis \\\

en tons dinplinncs, vaporeux et d'une rare fraîcheur.

L;i danse avait suivi l'expression des autres arts dans l'ère nouvelle qui s'ouvrait. La majestueuse et froide Pavane disparais.sait peu .'i peu pour faire place au gracieux et noble .Menuet, au Fasse-Pied rapide, à la Gavotte vive. Les ballets, par la variété" des pas, des attitudes et des combinaisons d'ensemble, des recherches d'éléjjance, suivent la même voie sous l'impulsion de N'ovcrrc, qui crée une centaine de ballets dont le succès ne se dément pas. Nous aurons, d'ailleurs, occasion de parler longuement de Noverre dans le cours de ce chapitre.

Deux figures de femmes, deux

danseuses, se partagent les faveurs de

la cour et de la ville pendant le xvin' siècle : Mile Salle, Mlle de Camargo. \'oltaire

s'écrie :

.\li ! Camargo, que vous êtes brillante !

.Mais que .Salle, grands Dieux! est ravùssante !

Que vos pas sont légers et que les siens sont doux !

Elle est inimitable et vous êtes nouvelle.

Les Xymplies dansent comme vous,

Kt Ici Cm- .lires dansent comme elle!

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