LE FEU DE LA SAINT-JEAN
D aprùs une gravure de Miircau lu jeune, publiée
dans les Chanfniis de M. lie l.alHirJe.
Mlle Salle avait une dan.se expressive, et jamais elle ne connut ni ne voulut tenter les sauts, de même que, malgré les vives instances de ses plus fervents admirateurs, elle ne voulut pas se soumettre aux autres caprices chorégraphiques.
L'enthousiasme qu'elle inspirait allait jusqu'à l'idolâtrie. A la porte du théâtre où une foule énorme se pressait, le désir qu'on avait de la contempler amenait quelquefois des batailles. Des spectateurs pa.ssionnés, qui avaient payé fort cher leurs places, n'arrivaient à pénétrer dans la salle qu'en jouant du poing. A Londres, lors d'une représentation donnée à son bénéfice, au moment où, faisant sa révérence dernière au
LA HASSL A / A'.l VERS LES AULS.
COSTIMES UE IIA1.1.CT ( XVIH* glÈCM') Il'aprii une H
public, c-llc albii quitter la scène, l'artiste vit tomber à ses pieds et s'amonceler devant elle des bourses gonfla de guices et de bijoux. L'e^isaim d'Amours qui entourait la danseuse et deux Satyres enlevèrent en cadence le sac de la rettc improvisée ». En ce soir mémorable, Mlle Salle fit une recette de plus de deux cent mille francs.
Mlle de Camargo, fille d'un in.iitrc .\ danser, était née 'A Bruxelles; son grand-père avait épousé une Espagnole de la noble famille de Qimargo, i laquelle l'Église devait un évoque, un nrchcvêque et un cardinal, doyen du sacré collège sous Léon X.
« Pendant que .Mlle Caniargo, dit Cistil-BLize, raviss;iit les Parisiens en dansant des Loures et des Musettes, son oncle, Don Juan, s'exerçait ;\ faire brûler des juifs et des .sorciers. Don Ju.ui de Camargo, évèque de Painpekine, remplaça don Diegiie d'Astorga y Cc.spcdcs le iM juillet 1720, et fut le trente-cinquième inquisiteur général en Esp.ignc. »
Li jeune danseuse n'avait que dix-huit ans, quand le comte de .\lelun l'enleva; sa petite .sœur voulut être enlevée avec elle! Ferdinand de Cupis de Camargo, père des deux jeunes filles, s'adressa au cardinal de Fleury, le priant, dans .son pl.icet, d'obliger
le comte à épouser sa fille aînée et à doter la cadette.
.Mile de Camargo n'avait, parait- il, aucune vocation pour le mariage, car elle quitta bientôt M. de Melun pour M. de Marteillc, son cousin, lieutenant aux armées du roi. Mais le brillant officier fut tué dans les Flandres, et la danseuse, profon-
losriMis iii; liAiir.T 1 xviir.sui i.i:j dément affectée, quitta aussitôt le thé.itre
D'apris une cr-ivurc de la collccliun Hennin ». • i i
iiuttinihi^uc naiionju.) POur " Y rentrer que six ans plus tard.
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D'après une gravure de In collcctiun Hennin. illiHinlhi'^ue nalimulf.)
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Le t.ilciu Je 1.1 future .irtiste se révéla dés l.i plus [teiuire ent.iiue. On r.icom.iit qu'étant ciitore dans les bras de sa iiDurrice, un air de violon, entendu par hasard, l'agita de mouvements si vifs et si cadencés à la fois, que les témoins en auLjurèrent aussitôt que la virtuose de dix mois serait sans doute une des premières danseuses du monde.
LA DANSE SOLS LES PORTHiLES Daprcs k tableau ptint par .\. \V,itli;au. l.\oun:jii',I'jljis, j Berlin.)
Cet horoscope, tiré des premieis ueinuussemenis d'une enlant, aux sons fortuits d'un violon, parut rapidement justifié. Elle n'avait que dix ans quand la princesse de Litjne, qui avait constaté ses merveilleuses aptitudes, offrit à ses parents de payer les frais de son éducation de danseuse et de l'envoyer à Paris. Ces offres furent acceptées, et elle devint l'élève de Mlle Prévôt, celle qui, nous l'avons vu, « courait joliment le
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IIAHUAKA l AMPASIM, DITE LA nARRARINA D'après le tableau d'Antoine Pe>nc.
l'.issc pied ». Trois mois après, clic d^-buuit à Rouen. .\ sci/c ans, clic entrait à l'Op^-ra, obtenait un icccs inouï dans les Cartulèrti de la Danu. Agile cl pimpante, d'une It-gtTcté de sylphide, elle pétillait d'esprit, a Elle ri-unit bientôt, dit Castil-BIazc, la noblesse et te feu de l'cxccution ù la gaieté ravissante qu'elle tenait de la nature. Sa conformation était la plus favorable à son talent : ses pieds, ses ' \inbcs, sa taille, ses mains étaient de la forme la , lus parfaite; s;i figure expressive n'offrait ccpenliant rien de remarquable sous le rapjxjrt de la beauté. Comme le fameux arlequin Dominique, Mlle de Camargo était fort gaie sur la scène et fort triste \ la ville. »
Comme on l'avait fait pour Mlle Salle, on se (C*j/rjM ic uerhn.) battit encore aux portes de l'Opéra pour la voir.
Cette danseuse fut l'objet des plus vives polémiques; les modes nouvelles s'autorisaient de son nom, et un cordonnier lit fortune en chaussant à la Camargo les dames les plus élégantes de Paris. Rencontrée aux Tuileries par la maréchale de \'illars, l'artiste reçut une véritable ovation. Cet éclatant triomplie causa les plus vives alarmes à Mlle Prévôt, qui refusa de lui continuer ses leçons et ourdit même des intrigues contre sa brillante élève. Li Camargo prit alors les conseils du célèbre danseur Blondi.
Cependant, en dépit de son foudroyant succès, elle dut se résigner à prendre place dans le corps de ballet et accepter le modeste emploi de figurante. Elle figurait donc, un soir, dans une entrée de démons dans laquelle Dumoulin, surnommé k Diable, devait danser un solo. Mais l'artiste ne faisait point son entrée, alors que les symphonistes attaquaient son air. Une inspiration soudaine .saisit la Camargo : elle quitte son rang, improvise avec une ver\e endiablée le p.is de la Dumoulin, devant les spectateurs enthousiasmés. Par sa fantaisie et le caractère d'improvisation de son art, où elle se jouait des plus grandes difficultés d'exécution, la Camargo fit une véritable révolution .i l'Opéra. Les vieux classiques, mécontents, chantonnaient :
Cette admirable gigottcuse Grande croqueuse d'entrechats....
C'est en 1700 qu'elle exécuta ses premiers entrechats, croisant plusieurs fois les
A.i n.wsE SOI s Loris xv
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pieds l'un devant l'antre pendant chaque saut. Mais les classiques se plaignaient bien à tort du « gigottage » de la Caniargo, car elle ne battait que quatre lois les pieds dans un saut, tandis que, trente ans plus tard, la danseuse Lainv, de l'Opéra, les croisa six fois, et d'autres arrivèrent jusqu'à huit. « J'ai vu dernièrement un danseur les frotter ."i seize en avant, dit le fameux comédien Baron, mais croyez-vous que j'admire beaucoup ces tours de force? Il en est de même de vos pirouettes. »
Mlle Camargo se retira définitivement du théâtre en 1741, pour vivre, jusqu'à sa
LE c.\i<.N.\\Ai, A m; M SI-; Par Ticpolu, d'après une i.'ravurc ancienne. ( liitliiUliH^uc iutii>n.tli:. )
mort, dans la retraite pleine de calme et de tranquillité. « Ses voisins et ses amis la regrettèrent comme un modèle de charité, de modestie et de bonne conduite, » dit un auteur. On lui fit les honneurs d'un enterrement blanc : on avait oublié ses nombreuses amours, le duc de Richelieu, le comte de Clermont, et les autres. On se souvenait seulement de la douce et grave créature dont les dernières années s'étaient écoulées dans l'isolement et le recueillement.
Les bals de l'Opéra avaient été inaugurés aux premiers jours de la Régence, et le succès en avait été si grand, qu'on en donna trois par semaine durant tout le carnaval. Les bâtiments du théâtre occupaient alors une partie du Palais-Royal. Les jours de bal, la salle formait une galerie de quatre-vingt-huit pieds de long; « les loges étaient ornées
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