LA DASSE A TRA \T.RS LES AGES
Je luluscradcs avec des upis des plus riches étoffes et des plus belles couleun jetés sur les appuis. Deux buffets, un de chaque côté, séparaient les loges du salon établi sur la scène ». Un luxe inouï présidait à ces fêtes, plus de trois cents bougies éclairaient la salle, « sans compter les chandelles, les lampions et les pots à feu qui se mettent dans les coulisses. Trente instmmcnts, placî-s quinze à chaque extrémité de la salle, composent la symphonie |X)ur le bal. Mais, |K-ndant une demi-heure avant qu'on comn)cnce, les instruments s'assemblent dans le s.ilon octogone, avec des timbales et des trompettes, et donnent un concert composé de grands morceaux de symphonie des miilt.iiis maîtres » C I.Dnrr, i raconté, ;\ propos de ces bals, une aventure dont
1' roi Louis X\' fut le héros.
« Le lundi gras de \~^~, dit-il, le liyiinial de Barbier nous montre Louis X\' venant de \'ersaillcs au bal de l'Opéra, incognito, lui neuvième. \x duc d'.Ayen .ivait soupe avec le roi, qui ne lui av.iit rien dit de la partie. Après que toute la cour se fut retirée, le roi, éclairé par un garçon de cliambre, monta .i l'appartement occupé par le duc d'Aven. Ce derctait déjà couché. Il cogna. Leduc demanda avec surprise qui c'était, tt — C'est moi. Ouvrez, répondit Sa Majesté à mi-voix.
<• — Je ne sais pas qui c'est, je suis couché depuis longtemps et j'ai grand sommeil. « — C'est le roi. »
« Le duc, qui reconnut le roi, se leva et ouvrit avec empressement : « — Et où allez-vous, sire, .î l'heure qu'il est? s'écria-t-il. « — Habille-toi promptemcnt.
<' — Je vais sonner mes gens, je n'ai point ici de souliers. « — Non, reprit le roi, que personne ne vienne, je ne veux p.is être reconnu. (' — Où allons-nous?
« — Au bal de l'Opéra.
« — Allons donc, dit le duc; je vais chercher les souliers que j'ai quittés. » o Quand le duc fut habillé, ils descendirent dans les cours. Le roi, qui n'avait pas
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de cordon bleu, prit le duc sous le bras pour passer les sentinelles. Le roi gardant toujours l'incognito, son compagnon seul se fit reconnaître :
« —' C'est moi, le duc d'Aven.
J'ai bien l'honneur de vous reconnaître, Monseigneur, " dit le garde.
« Ils pa.ssèrent et allèrent joindre les calèches qui attendaient iiors des grilles : des relais étaient postés à Sèvres, dès six heures du soir.
« Le roi avait une robe bleue avec un domino couleur de rose. Il descendit de voiture dans la rue Saint-Nicaise, et se dirigea avec ses huit compagnons, couverts de dominos, vers l'Opéra. Comme ils n'avaient pris, par inattention, que sept billets, on les arrêta a la porte et ils donnèrent deux écus de six francs pour entrer ensemble. Le roi fut plus d'une heure et demie sans être reconnu de personne; il se divertit beaucoup, il tut bien poussé, et ne reprit le chemin de \'crsailles qu'à six heures du matin.
« Mais il f;illut passer par les appartements, qui étaient fermés et gardés. On frappa
.\ une porte. Le garde du corps ayant demandé qui c'était, on lui dit aussitôt :
i- LA l)A N
• Ou\rc/. c'est le roi. — Ix roi c; - . , ,- ui i>oim, et vous
lie luvM-rci! fis, qui que vous «oyez. » H f-iHnt .ittcuJa' et cliercher de la lumière. Alors 1.J m.ii:1ik!!i. . .n.int ouven. rccininul le ■ demande excuse à Votre Majesté,
iiuti ..lisser p.i l'crsonne, \cz la bonté- de me relever de ma
• Le roi, ajoute Barbier, a éli très content de l'exactitude du garde. »
A la cour, la laveur des ballets, qui avait été si grande sous Louis XIV, ne se maintint guère après lui. Quant h la danse proprcnjeiu dite, jusqu'au règne de Louis W, nous avons vu que, malgré les transformations qu'elle avait subies, elle avait conservé
son caractère grave : « Ixs courtisans Je IK-nri 11, dit I:lise N'oïart, les cruels compagnons Je Charles IX, les mignons de liciiii III, les nobles guerriers de Henri IV, les flatteurs du cardinal ministre, les grands iiommes de Louis Xl\', les comp.ignons des orgies de la Régence, tous dansaient également 1.1 danse haute et sévère. » A la tin Jes bals seulement, on se livrait à des danses joyeuses.
Le .Menuet, danse des petits pas, comme .son nom l'indique, était venu du Poitou, où il contrastait vivement avec le Branle poitevin accompagné du bruit des sabots. C'était, à l'origine, une danse vive et gaie, simple et non dépourvue de noblesse. Introduit à la cour, il perdit sa grâce première, sa vivacité et son enjouement, pour devenir un pas grave et lent, plus gracieux toutefois que les autres danses en us.ige.
C'est sous cette forme que nous avons vu Louis XI\' le danser. Fécour, le granJ Janseur, mit le .Menuet en vogue en le ramenant au charme originel. Il remplaça la figure Je \'S (sa première forme) par celle Ju Z, Jans lequel les pas comptés obligent les danseurs à conserver une régularité rigoureuse. On lui doit la chorégraphie du premier Menuet inséré dans un ballet.
En dépit des modifications qu'elle a subies, cette danse a toujours gardé un certain caractère de noblesse dans son élégante simplicité.