‹ La danseChapitre 3 sur 78 · LES DANSES ANTIQ.UES · texte numérisé non relu

LES DANSES ANTIQ.UES

LES DANSES SACRÉES CHEZ LES ÉGYPTIENS ET CHEZ LES GRECS. — LA PYR- RHiaUE. — LES BACCHANALES. — LES MIMES SOUS l'eMPIRE ROMAIN. — LES DANSES ESP.XGNOLES PRIMITIVES.

COMME nous l'avons dit dans les pages qui précèdent, la danse a été dès l'origine un art ayant ses règles et ses lois. .\ussi loin qu'on puisse remonter dans l'histoire, elle apparaît vaguement en théories .sacrées, exprimant l'ordre immuable et l'harmonie des astres. Ses premiers mouvements, tels qu'un balancement cadencé d'encensoir, ont eu pour théâtre des sanctuaires de divinités. Devant les hauts frontons des temples, les grands sphinx de granit, les prêtres guidaient ses premiers pas. En faisant éclore la danse sous le ciel d'Egypte, je veux parler simplement des danses dont les traces sont arrivées jusqu'à nous. Mais il est bien certain que la danse DAXsEi-sE GRECQiE ^^^ ^^.^^ l'hommc et que, dès l'origine, elle a été étroitement

statuette en terre cuite de Tanasxa. '

liée au geste.

Lucien écrivait, dans l'antiquité : « On ne doit pas croire que la saltation soit une invention moderne, née récemment, ou même que nos ancêtres aient vue éclore. Ceux

5 LA n.WSK A THAl'tiNS LES AGES.

qui ont p^irlé avec virile de l'origine de cr( art affirment qu'il prit naissance au temps nv^nte de la cr^atiun de toute»; cluK>e» e( qu'il est aussi ancien que l'Amour, le plus ancien lies dieux. •

Dans l'antiquité-, la mimique était étroitement liée à la danse. Elle est peut-être même plus ancieime qu'elle, car, dit Ik-rnardin de Saint-Pierre, « la panioininie est le premier langage de l'Iionmie; elle est connue de toutes les nations; elle est si naturelle et si expreMive, que les enfants des blancs ne tardent pas à l'apprendre dès qu'ils ont vu ceux des noirs s'y exerci '

Les premières danses tuiciu .svnibuiiquts. Lcnains auteurs, parlant des danses

^.,,,— — ..„,^^ astronomiques, prétendent que l'au-

,•"' \ tel, placé au centre des temples i-gyp-

■^ j tiens, repré-sentait l'astre du jour et

/ .^rr~— '^- ' »1"^' ^*^^ danseurs, figurant les signes

t'/'? y^/^K^^ 1 *^^ zodiaque, les sept planètes, les

jT ^^^^^ I constellations, exécutaient la révolu-

\ "\ ^^ ^ • \ tion des corps célestes autour du so-

• . 3 ^^^^^Ê /''/ y Apis, bœuf noir, étrange et di-

■ ,r ^^^BRP^^ ^ ^'"' ^y^"^ au front une petite tache

^^K^ÇfS" - blanche en forme de croissant, à la

r.sK iiAi-iADiNK ^x.vi'TiESNE IL V A TROIS JULIE ANS langue Une marque noire rappelant

D'npit» un uMracun <Ju .Mu!>«e lie Turin. \- \< \, .. • /•. .,

1 image d un scarabée, était fête par

des danses spé-ciaies. Des chorégraphies funèbres exprimaient même la douleur causée

par sa mort.

Les danses du culte, lé-guéx's par les prêtres de la vieille Egypte, furent en grand honneur chez les Hébreux. Moïse, aprè-s le passage de la mer Rouge, fit exécuter un ballet solennel. On sait que David dansa devant l'arche d'alliance. « Louez le Seigneur au son des trompettes, dit l'Ecriture, louez-le en harpe et psaltérion, louez-le en multitude de chants harmonieux, louez-le par des chœurs et des danses. »

Ix chœur du temple de Jérusalem, de même que celui des autres temples hébraïques, était réser\é à la danse. II formait une sorte de scène où les Lévites, tribu sacrée, chantaient en dansant au son d'instruments \ vent et à cordes.

Les Hébreux connurent aussi des danses légères; les vierges d'Israël s'y livraient dans les cérémonies publiques. On apprend dans le livre des Juges que Zéila, fille de Jephté, vint au-dev.iiit Je son p^re nccomp.igné-e de joueurs de tambourin et de danseurs. Le

LES lK\Ssi:s .\\ I inlliS.

DASSKUSKS EtiYI'TIKSNES U'aprc» un iraumcnl ilc fresque conscni au Brilish .Muscum. (/»/iii(. Cljrkf cl /JjviV.v.)

livre Jcs Rois porte que les femmes de toutes les cités sortirent en chantant et dansant au son des cythares, des flûtes et des tambourins de liesse, lorsque David eut tué le Philistin Goliath. Plus tard, les Macchabées instituèrent des danses à l'occasion de la restauration du temple. Judith rapportant la tète d'Holopherne fut reçue par des danseurs.

Li plupart des Psaumes portent des traces de danses religieuses chez les Hébreux. Ils célébraient ainsi trois grandes solennités : la fête de mai, la fête des moissons et la fête des tabernacles. Cette dernière était la plus imposante.

Les Hébreux entîn dansèrent autt)ur du veau d'or, et l'on sait quel massacre expiatoire Moïse ordonna à la suite de cette transgression de la lui.

Il est à remarquer qu'aucun peuple de l'antiquité ne .s'était autant adonné .1 la dan.se que le peuple grec. » On est tellement livré .1 ce plaisir, dit Gallien, on s'y applique avec tant d'activité, que les arts néces.saires en sont négligés. »

Notons surtout que la danse était en Grèce un véritable langage, interprète de tous les sentiments et de toutes les passions. C'est ce caractère que fait ressortir .\1. .Maurice Emmanuel dans son savant ouvrage intitulé : /,</ danse grecque aiilii/iie. « Platon, Lucien, Athénée, dit-il, — pour ne citer que les trois auteurs les plus utiles ;\ l'art de l'orchestrique, — ne délîni.s.scnt-ils pas en efl'et la danse, /'r//7 </<' /()/(/ dire ait iiunni des gtstcs ? »

« Bien moins que chez les peuples modernes, écrit le même auteur, la danse et la mimique étaient séparées chez les Grecs. Pour eux, l'association des deux arts est étroite, constante. Ils ne voient pas dans la danse un simple prétexte à s'agiter suivant un certain rythme, à prendre d'élégantes po.ses, à dessiner de beaux mouvements. Ils veulent que toute gymnastique soit un signe, un langage; avant d'avoir créé la pantomime proprement dite, ils attachent une signification mimitique, ou tout au moins symbolique,

4 AI DASSE A Tlt.WEUS Li:.s ACES.

aux mouvcmcn(<& en apparence le* plus désordonn£-s. Pour pciiitrer dans l'ciprit de leur danse, il faudrait donc connaître toutes les intentions qu'elle impliquait. >

Nous sommes réduits i deviner ces motifs; nous savons du moins que cette danse expressive tenait, chez les Grecs, une plaa* in)|H)nante dans la religion et les exercices du corps. Aristote parle de saltateurs dont les danses imitaient les mœurs, les passions et les actions des hommes. De son temps, c'est-.\-dire plus de trois cents ans avant le siècle d'Auguste, les danses mimées avaient ù peu près atteint leur perfection en Grc-ce. Comme

LLS UANSL> ^A'.l.l-l^ L', L^ilL. — l'K(Mi;SS10N I)t li'i.L I Al'lï D.-iprùs le t.iMcau Je BriJ)nnan.

en Egypte, comme en P.i!i.stinc, hi daiisc présidait toujours chez les Hellènes aux cérémonies du culte. Elle ùisait même partie de la gjmnastique et comptait au nombre des exercices militaires. « Les Grecs, dit Buteux, donnaient le nom de danse à tous les mouvements mesurés, même au pas militaire. »

Lycurguc, ce surprenant législateur, att.iclia la plus grande importance à la danse. Il institua un grand nombre d'exercices pour tenir en haleine une jeunesse guerrière, et parmi ces exercices la danse tenait le premier rang. L'éducation des Spartiates surtout se composait d'exercices corporels constants; aussi dansaienl-ils en allant à l'ennemi.

Du temps d'Aristophane, la danse était ordonnée par les médecins. Elle charmait les festins et animait toutes les fêtes.

« Ce que nous appelons la dame, notre danse française, dit A. Baron dans ses Lctlres sur la danse, était tout à fliit inconnu des anciens, si ce n'est des bateleurs et des dan-

LES i).\\si:.s A.\Ti(jr/:s

LES PLAISIRS CHAMPÊTRES. — DANSE DE BERGERS EN liRÈCE D'après le tableau de A.-A. Ilirsch.

scurs de corde; leur dcpartcmcnt à ceux-là était les entrechats, les pirouettes, les/c/t'V en avant et en arrière. Presque toutes les fois qu'on trouve le mot ilniisr chez les anciens, il faut traduire par geste, déclamation, pantomime, comme musique n'est le plus souvent que philosophie, théologie, poésie. Que si l'on dit que l'actrice Jaiisait bien son rôle dans la tragédie de M(dà, que l'écuyer tranchant découpait les viandes en dansa»! , qu'Méliogabale et Caligula dansaient un discours ou une audience, cela veut dire que l'actrice, J'ccuyer, l'empereur, déclamaient, gesticulaient. >.e fusaient entendre dans une langue non articulée. »

Li danse avait donc, chez les anciens, une portée bien plus étendue que chez nous; aussi se rapprochait-elle beaucoup plus de la nature.

« Les mouvements mécaniques et les mouvements expressifs ou gestes se distinguent nettement, dit iM. Emmanuel, a notre époque et dans les mœurs, des mouvements de la danse ou mouvements orchestiqucs , dans le langage des Grecs. Les mouvements orchestiques ne sont, en effet, ni purement mécaniques, ni proprement imitatifs. Le jeune

y..l /i.lA.s/. .1 /AMI /;7f.S /,/i.S AUlùH.

aiiiiiul, dit l'Uloii, ne peut rester en n'pos; il saute, il s'agite sans cesse avec un pbisir \, comme s'il voulait dc|K-nser en mouvements inutiles des forces suraUtudantcs. Cot ;\ un besoin semblable que l'homme obéit lorsqu'il danse. Mais, tandis que l'animal n'a pas conscience de l'ordre ou du di-sordre dans le mouvement, l'homme a nrçu des dieux, avec le sentiment du plaisir, celui du rythme et de l'hannonie. Les dieux euxm^nu-s se font les conducteurs de ses danses, et le nom de • chorur », y/'fô;, di-rive tout naturellement du mot qui signifie • joie », /«j». Si l'étymologie projjosée par PUton est faxivse, l'explication qu'il donne du plaisir orchestique est jK-ut-être la seule qu'il faille chercher. Ln danse est plus qu'un jeu pour l'homme; c'est un exercice du corps qu'il sait embellir par l'art, et la musique, réduite souvent h ses éléments mystiques, en est l'auxiliaire indispensable. »

A Athènes, les cérémonies auxquelles se mêlait la danse étaient innombrables. Outre les jeux Pylhifits, on coniptait encore les Kémtens, les Istbmiens, les AgrauUes, qu'on célébrait en l'honneur de la tille de Cécrops, les fêtes d'Adonis et d'Ajax, les Alocnnes, fêtes champêtres en l'honneur de Cérès, les Amarytiemiis en l'honneur de Diane. Notons aussi les Amctes de Gistor et Follux, les Audrogénées, fêtes funèbres, les fêtes de B;tcchus ou AnllKsIeries, les Apatiirirs de Jupiter et de Minerve, les fêtes consacrées .1

Pallas, à Esculape, .1 Di.me, à Apollon, les Boreasmies , ayant pour but d'apaiser Borée, la fête des baufs, la fête de la terre, la fête vies dieux étrangers, celle des citoyens morts en combattant, la fête es Muses, celle qui célébrait la vicre de .Marathon, celle de Naxos, le

pile de Pallas sur Neptune, foutes les cérémonies consacrées à Ricchus commençaient par des dan- .ses et des sauts cadencés. D'après Strabon, il ne se fiiisait aucun sacrifice dans l'ile de Délos sans qu'on eut recours ;\ la danse et, par suite, .1 la musique. Les poètes même récitaient ou chantaient leurs vers en

DANSE nACIIIQlX

Vase KTK trouve en iuiic.(.Vu^c-JuAo«i«.) dansant. Ce qui les fit appeler des

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Slatiicllc cil hriiii/i; piilychioinc Je J.-l.. licti'iiic.

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» danseurs ». Pindarc dcctrnc à Apollon le titre de d.lll^elll . et Simonidè disait : <> Li danse est une poésie muette.

Elle accompagnait les jeux Fythiens, représentation que l'on peut considérer comme la première tentative du poème dramatique, car elle était divisée en cinq actes, composée de récits poétiques, de musique imitative de cluvurs et, enlin, de danses. Lucien as.sure que, si la danse ne (it pt>int partie du programme des jeux (.olympiques, c'est que les Cirées ne crurent pas trouver des prix dignes d'elle. Dans la suite, cependant, les habitants de la Colchide l'admirent dans leurs jeux publics, et cet usage se répandit chez les Grecs, chez les Romains et chez presque tous les peuples.

Les poètes grecs célèbrent souvent la danse : Homère nous montre \'ulcain forgeant en or des ligures de danse sur des boucliers. Dans .ses odes, Anacréon répète qu'il est toujours prêt à danser. Ce divertissement est prisé de tous. Aristide exécute un pas de danse dans un festin de Deins de Syracu.se. Socrate dansa, parait-il, avec Aspasie. Platon en sourit; mais dans le programme d'une république parfaite, il veut que l'on s'occupe d'abord de la musique pour régler la voix, et de la danse pour apprendre les attitudes nobles, harmonieuses et gracieuses.

Aussi dansait-on partout en Grèce et à tout propos. On dansait dans les temples, dans les bois, dans les campagnes. Chaque événement intéressant la famille était célébré par des danses. Les Grecs s'y livraient .'i l'occasion des nais.sances, du mariage et même de la mort. On dansait aussi au renouvellement des saùsons, aux moissons, aux vendanges. La belle Hélène ne dansait-elle pas à une fête de Diane lorsqu'elle lut enlevée par Thésée et Pirithoùs? Des danseurs, entrel.içant confusément leurs pas, imitaient les détours infinis de l'inextricable labyrinthe dont Ariane remit le lîl libérateur à Thésée '.

C'est en Grèce que Cybèle, mère des Immortels, enseigna la danse aux Corybantes sur Je mont Ida, et aux Curetés dans l'ile de Crète'. Apollon, par la bouche de ses pro-

1. Homère nous donne l.i description d'une d.nisc semblable à celle que Déd.ile invenu pour Ariane. .Meursius, qui b nomme l'épivi»;, ai .ittribue l'invention à 'Iliésée, environ l.^xi ans .ivant le règne d',\uguste. .-Vu milieu des d.inscurs, dit Homère, ét.nient deux saltateurs qui cli.int.iicnt les .ivenlurcs de Dédale. Ces s.ilt.ueurs joignaient le geste au chant, et c'est par cette raison sans doute qu'on les plai;ait au centre de la danse, dont ils expliquaient le sujet par la pantomime. (Df Laulnayk, /> /.j ijlliilion tixalralf.)

2. Certains auteurs donnent le nom de 'I^vi-Xio; ou armt'e à la danse des Curetés. Cette danse l'jt instituée par Rliéa dans le but d'empêcher Saturne d'entendre les cris de Jupiter au berceau. Les prêtres de Cvivic ét.iient appelé-s liallalorcs.

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