‹ La danseChapitre 34 sur 78 · LA DASSE A TR.WER · texte numérisé non relu

LA DASSE A TR.WER

lui prftc une infinie J^licatCMc de forme*, une souplesse rare "tu <\trème distinction ; un dit .luvki qu'elle était impa-vsionnjble. sensible et bonne.

Pendant qu'on construisait son liAtil. dir vit un jeune artiste, employé aux jK-iiitures des panneaux, qui paraissait fort > lie lui demanda la cause de son ennui et

apprit que ce jeune homme se désolait de sa pauvreté qui ne lui permettait pas de continuer ses études. Elle lui fit obtenir immcdiatemcnt une pension afin qu'il put aller

.1 Rome.

Ce peintre était David.

I-lle fut aussi la protectrice Je Fragonard, qui fréquentait assidûment les petits théâtres qu'elle s'était fait construire dans sa maistm de campa^'ne de Pantin et d.ins son hôtel de la Chausséed'Antin.et qui leur a certainement emprunté quelques-unes de si-s plus jolies scènes, la plupart de celles sans doute où ses personnages sont masqués : nous savons déji que, malfjré ses elTorts, N'overre n'avait pas entièrement .iboli l'usasse du mxsque au llic.itre.

Tous les ans, le prince de Soubise, à l'époque du jour de l'an, .ivait coutume de lui faire cadeau de quelques bijoux. Une année, l'hiver avant été plus rigoureux que de coutume, elle écrivit au prince pour lui demander de lui envoyer en arj^ent la valeur du présent qu'il avait l'intention de lui faire. .W. de Soubise lui lit parvenir six mille livres. Immédiatement elle se mit à parcourir les ruelles sombres et tortueuses, à visiter les maisons obscures et les mansardes qu'habitaient les pauvres, et distribua la somme en aumônes.

« A coté de ces élans de charité, de cette pitié pour les humbles et les .souffrants, dit .M. Henri Bauer, elle avait un esprit d'intrigue endiablé et fut l'àme de toutes les cabales qui dé-solaient l'Opéra. Appuyée sur la Saint-Huberty, elle gouvernait le théâtre

.MAIiF-MolSELLE til'IMARD DANS I.E BALLET Ur « NAVIGATEUR > Il'aprù» une lilhofn'aphic de iii|t>.

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l.A KKlNi: .MAHIKANTOINKTTK DANS IN UOI.i; l)K liAl.l.Kl'

l)apic> un ilcssiii uniinvmi.' (17711).

à sa guise, imposait son autorité A la cour, à m.s camaraJcs, au public lui-nicmc et ne soutirait point de rivale à ses cotés. »

Nature vibrante et lière, généreuse et passionnée, elle dépensa des richesses sans compter et donna éperdinnent aussi les trésors de son caur.

i< Rien de ravissant, dit le même auteur, comme le coup dVvil de cette s.ille délicieuse! Les plus jolies femmes de Paris y luttaient de beaiué, de i;ràce et de toilettes. Connne hommes, on y voyait des )irinces du sang, des seigneurs de la cour, des présidents au Par- ,, .

Icment et, dans les loges plus sombres, souvent des ■•,, .

prélats, parfois des académiciens. <i C'était jour de fête, • dit Fleury, pour l'un des nôtres, quand il jH)Uvait « s'échapper de son désert de la Comédie-lrani,aise et « se présenter sur les planches d'un théâtre si agréable- « ment meublé. « lîn dehors des personnalités illustres

du monde, MUeGuimard recevait surtout les gens qui fréquentaient la commet se plaisait ù les contrarier, chaque k)is qu'elle en trouvait l'occasion, en laisant coïncider ses fêtes, très courues, avec celles que donnait le roi. Hlle discutait avec la reine, qui recherchait ses conseils pour le choix de ses vêtements ou de sa coiHure.

La tourmente révolutionnaire qui enijuirta tant de choses ruina

la Guimard. « Déjà, quelques années auparavant, pour se dégager

de dillicultés d'argent, conte M. Henri Bauer, Mlle Guimard avait

dii se débarra.sser de .son hôtel de la Chaussée-d'Antin. lUk

choisit, pour le vendre, un moyen assez original : elle le mit en

loterie et fit tirer ^Sdo billets au prix de 1:0 livres chacun.

Tous les billets furent gagnés par la comtesse du Lau, qui

revendit immédiatement l'hôtel 5oouOO livres au banquier

Perregaux. Soixante-quinze ans plus tard, M. Arsène Hous-

saye devait v célébrer ses fiançailles avec sa seconde femme,

Mlle Jane délia Torre. »

Mlle Guimard avait quitté l'Opéra en i -}V) et avait épousé le danseur Despréaux.

Après avoir connu toutes les joies, toutes les D..rrÈs un dessin dc.7:o.(B,N/„//..^v"^.,u(,o«.(c-., splendeurs, elle devait, en .ses vieux jours, .se de-

/ \ l>\ Vv/: \ TIt \ VHHS' /

l.yS CiRACES MODERNES I) apri» une caricature anKlaisc de rcp»sue «•<= •» Kcvolulion. par Cruiki*hank.

battre d.iMs la ycnc, prc-squc la niiscrc, cl luourii Jans rabanJon à l'afîc Je M.W.Mtc-

trcizc ans'.

Ux Gavotte lui 1,1 a.mse lucieuc >ous Louis XVI ut Jurant la périoJc Ju Directoire.

Elle était d'ailleurs fort ancienne et remontait au xvf siècle. C'était, nous l'avons vu,

une sorte Je Branle.

I . M. de Goncoun. dit M. Henri B..ucr. nous a trace un tableau tout a lait touchant de sa vieilles^-, l-lle demeurait rue Ménars. au coitv de la rue de Richelieu, et recevait encore nombre de ses anciens ami^ et de ses camarades. La conversation portait natuallcment sur le passé et sur les bnllants succès qu'elle av..it re.nportès sur cette scène de TOpCra, qui 1-intére-ss.iit toujours. On la pressa vivement, un jour, de danser .ivec son nuri, Jean-Htienne IX-spréauN, quelques-uns des pas qui Tavaiem rendue si celtbfv. Ils s'y refusèrent longtemps, puis finalement se laissèrem séduire. Des tréteaux fure-nt dre-sses dans une ,-iece'; m.,is, par une coquetterie qui nous paraît tout à fait délicate, ils firent descei>dre un r.deau qu. CK-hait la moitié de la scène, de ta^on qu'on ne put voir que leurs jambes. Ceux qui ass.slervnt a cette représentation fure-nt enthousiasmés, et des ov.-itions chaleureuse-s furent faite-s aux deux danseurs, qu. étaient restés deux grands artistes. C'est en v.iin qu'on les pressa de reconime-ncer cette expérience, leur promettant même qu'elle leur rapporterait un gros bénéfice; ils eurent la sagesse de ne pas la renouveler, s-ichant bieni que les bellc-s journées de l'hiver de la vie n'ont pas de lendemains.

.1 ur v. chaufferette, elle parlait volontiers du passé, et, quand sa mémoire ramenait dans

la conv. ouvenirs des ballets où elle avait danse, elle prei.ait a côté d'elle, caché sous sa roK,

un petit thé.Jtre detifant, pass.iit la main dans l'ouverture, et, de ses doigts maigres, décharnés, aux osselets saill.mts, elle indiquait avec quelques ge-stcs rapide-s et justes ses pas. s. s ■„.nivcn,enls. ses att.tude-s et ceux de ses camarades. »

UAL .MASylÉ DONNÉ l'AK LA VILI.K l)i; PARIS l'DLK LA NAISSAM L DL M'-» LL li\l IHIN U'aprcs la (,'ravuri; de .Moruau le jeune.

LES f)/;nrTs !,/■: /,.i /j.i.v.s/,- mod^rx/:.

D.in.s StWiirin ou IWl-Cilnnl, nous lisons le compte rciulu d'une G.ivottc où les baisers ne furent point échan.yés, mais où Ton se (it de petits cadeaux.

MIcliauJ prend M.irioii. I.i tire de l.i d.ince.

Et, après avoir fait s;i noble révérence.

Il la Kiisc à la bouche et, cliquetant des dois.

Monstre qu'.i bien dancer il ne craiTit vill.it;eois.

Or il .1 les deux mains au cùté, puis se tourne

Et devant M.irion présente sa personne ;

Puis, ressautant en l'air, gambade lourdement.

Haut troussant le talon d'un sot contounienient.

La fille s'enlurdit et son lioinme regarde.

Et à tout ce qu'il lait de prés elle prend garde.

S'il fait un saut en l'air, Marion saute aussi.

S'il dance de costé, elle fait tout ainsi ;

Tant qu'.ï les voir dancer, à tout le monde il semble

Qu'ils aient recordés leurs tricotis ensemble.

Or, Michaud ayant fait, suant et halletant.

Son devoir de dancer le bouquet, bien content.

Se livre entre les mains de Marion, puis p.asse,

Ht, seule la laissant, se remet à sa place;

Marion tourne autour et si bien se conduit

Qu'au vueil des assistants prend Sandrin, qu'elle suit.

Qui lui prête la main comme par moquerie,

Puis, dansant de plus beau, saute comme une pie.

Sandrin, qui la dédaigne, avecques gravité

Vous dance à la grandeur d'un pas non usité

Aux dances du village, et tant et tant s'oublie

Qu'il ne daigtie baiser la fillette jolie.

Laquelle souriant lui laisse le bouquet.

Puis reprend [lour dancer la gauche de Jaquet.

Le couple du « meneur ■■ et de la .. meneuse » choisissait d'abord, en leur donnant un baiser, le « meneur .. et la •■ meneuse - qui devaient exécuter la danse après eux; puis il embrassait d'ordinaire, les uns après les autres, tous les danseurs.

« Par la Gavotte proprement dite, explique Mme Laure Fonta, il faut entendre les Branles coupés dont les « bons et gaillards -> danseurs et danseuses variaient les passages avec la plus grande fantaisie, en intercalant même des passages de GaillanI, du rythme ternaire sur le rythme binaire de ces Branles. «

Mais cette danse vive et pétillante se modifia, comme tant d'autres qui ont subi l'influence des milieux et des temps. Au xvin' siècle, la Gavotte a des points de ressemblance avec le Menuet : elle est devenue traînante et glissée, un peu grave, passablement prétentieuse.

ÎVÏEMUETd-EX«3:

(Extrait des Èctxn au Tenids Passe. — A. Durand cl fils, éditeurs.)

.,ir:

S'^AJ^

la» '

(Extrait dos fdw à» Tcmpi Pass,'. — A. Durand et fils, cditcurb.)

I \KHS l.HS Ar.Ks

IN l'AS 1»E I1ALI.ET DANSÉ À l.'oi'ÉKA l'AK UAl'UlùKVAL, Jl»-Li> i,( IMAKII KT ALLARlt EN I779 D'après une (gravure du tumps. (/MM/o/kc'^uc njliotijle.)

Vcstris nous apprend qu'elle se composait, i son époque, de trois pas et d'un assemblé. Littré, d'autre part, obser\X' que le pas de la Gavotte dirtere du pas naturel en ce qu'on sautille sur le pied qui est à terre, et qu'en même temps l'autre pied tend sa pointe vers le sol. Ce mouvement seul indique qu'on danse et qu'on ne marche pas.

L'air de la Gavotte était à deux temps, d'un mouvement modéré et gracieux, souvent gai et, quelquefois aussi, tendre et lent : il était coupé en deux reprises dont chacune commençait avec le deuxième temps et finissait sur le premier, marquant ses phrases et ses repos de deux en deux mesures. 11 y a eu, au théâtre, des Gavottes célèbres, de Gluck, de Grétry, etc. ; celle du Paniirgc de Grétry a joui surtout d'une vogue prodigieuse; on la dansait dans tous les bals : elle devait ce succès à un rythme fortement marqué, qualité précieuse pour les danseurs ordinaires. Cette Gavotte n'avait pas de deuxième partie, et, pour y suppléer, l'auteur avait fait redire la première à la quarte, ce qui est un procédé commode assurément, mais bien trivial, avec les répétitions incessantes et fastidieuses qu'il entraine.

La Gavotte, dit Vestris, n'était plus guère exécutée qu'au théâtre et par des dan-

LES ni:niTs de l.\ d.wse modeuxe.

scurs de profession, quand la reine Marie-Antoinette la remit à la mode. On sait que cette gracieuse Majesté dansait parfaitement le Menuet; or elle avait pris en faveur celui que Grétry, dans son opéra de Ci'phaU et Pnvris, avait composé et fait danser sur un air de Gavotte; l'air de Grétry manquait cependant d'agrément et d'allure, et en rendait, assure-t-on, les pas dillîciles. Ce n'en est pas moins à |iartir de ce moment que la Gavotte reprit sa vogue et reparut dans les Kils de société, avec quelques autres danses réservées aux amateurs

distingués. D'ailleurs il est, à cette époque, des Gavottes de rythmes différents, tendres, légers, gracieux pour la plupart !

Fertiault, dans son Histoire (/(• Ai danse, nous la dépeint comme il suit :

<i Fille savante et agréable du Menuet, parfois gaie, mais souvent tendre et lente, dans laquelle on s'embrassait et on se tendait un bouquet. » Ceci, au dire de \'estris, s'entendrait de la Gavotte transformée.

De toute évidence, pour d'autres, cette Gavotte ressemble beaucoup au Branle naïf de l'origine. Et cette danse, qui a joui d'une grande faveur durant six cents ans, avait conservé encore sous le Directoire et au commencement du siècle les trois premiers pas du Branle, dont elle était issue.

Mais sa durée fut éphémère; la Gavotte, en dépit de sa grâce, avait le grave inconvénient d'attirer l'attention sur un nombre restreint de danseurs au préjudice des autres; au surplus, elle devint prétentieuse ou commune, ce qui la discrédita et la fit reléguer en province. Elle n'est plus qu'un souvenir étroitement lié aux Merveilleuses et au Directoire.

Li vieille Gavotte avait donc eu un moment de vogue surtout après la Tcncm.

D'après une f,'ravurc on coultiirs île Tauiiay.

TH. y vi:iis i.Ks \i;es

(, .r,!. I c tcinp«, en avait compoM; une nouvelle sur l'air de In

l'.niufgf. Elle fil fureur. Un jeune négociant bordelais, Trénis, se fit rcniari} l'oint par la brillante exécution de cette danse, qu'il a laissé son

nom A l'une des figures de la Contredanse.

i> I raconte G. Ix-nAtre, les lettres du comte de Mercy nous montrent

.M.i: ' ^|>éra. VM illéc une première fois avec le roi, qui

DASSi: SYMIIOI.IQIE UES TROIS ORDRES : CLERGE, NOBLESSE ET TIIIIS KT AT D'apris un dessin de Louvct. (tllHInlhc^ue njlionaU.)

rengagea à y retourner seule, dans le plus grand secret, accompagnée seulement d'une dame du palais.

« L;i reine partit donc de \ersailles sans suite, et, arrivée aux barrières, monta d.ms une voiture de louage pour ne pas être reconnue. Malheureusement cette voiture était si vieille et si mauvaise, qu'elle cassa dans une rue à quelque distance du théâtre. Li reine fut, avec la comtesse d'Hénin qui r.iccomp.ignait, obligée de rentrer dans la première maison qui se rencontra et qui était celle d'un marchand de soieries; elle ne se démasqua p.is, mais, comme il fut jugé impossible de niccommoder la voiture, on arrêta le premier fiacre qui vint ;\ p.isser, et Marie-Antoinette arriva au bal en cet équipage. lille y trouva plusieurs personnes de sa suite qui s'y étaient rendues séparément et qui ne la quittèrent

VESTRIS JINIOK

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