‹ La danseChapitre 55 sur 78 · I.K H.\L DFUS KNFASrs liK NAKb · texte numérisé non relu

I.K H.\L DFUS KNFASrs liK NAKb

ljthi.Krarhic de Vcrnicr. eu de longs jours de splendeur, avait

/ I ri AS/: i:t a i nn/.K \ - /./■:s it.\/.s l'Viu.H's.

clianj^c de ciiciutif, li n Lt.iit pius irciiiKiuc que par des bourj^cois et îles inaraiclicis. Le Prado, un des lieux de plaisir les plus eu vojjue au coniuiencemeut du siècle, ut installé sur l'emplacement de l'église Saiin-Bartliélemv. Vn tiiéàtre remplaça l'éijlise, et au théâtre succéda une salle de veillées ouvrières.

A dater de iHio, la salle de 1\>I du Prado inaugura ses succès qu'elle pourMii\it durant une cinquantaine d'années, et céda ensuite la place à la toge, c'est-ù-dire au Tribunal de commerce.

Le Prado s'était blotti en un des coins les plus pittoresques du vieux Paris, dans le passage de More, prés du .Marché aux fleurs, de la Conciergerie et de Notre-Dame, étrange coïncidence! On pénétrait au Prado en suivant un long couloir de cloître aboutis-

pierre qui conduisait à la salle de bal. Cette salle était divisée en deux parties bien distinctes : la rotonde et le grand salon. La rotonde était réservée aux jeunes étudiants; dans le grand salon

.M.\l)i:.M01SEI.I.E ( EKITTO ET SUiNOK «il ERRA

D.\NS l.E « I.A<" DES FÉES ».

Uapriis une lilhoffraphie anonyme publiée en .Vn^lelerre.

on contemplait, le lundi et le jeudi, les célébrités chorégraphiques du temps : Clara Fontaine, Mogador, Ro.se Pompon, Malakoff, Jeanne la Juive, etc., etc., qui exécutaient leurs danses excentriques aux .sons d'un orchestre bruyant, mené par Pilodo. Le poète Barthélémy a chanté le vieux Prado et ses célèbres danseuses :

Silcnci: ! ouvrons les yeux ; sur sa frclc charpente Pilodo fait rugir la fanfare crispante; Li Valse, la Polka déroulent leurs chansons. Qui choisir, qui citer sur tant d'illustres noms I

Qui se souvient encore du bal du Delta qui, de il!i.^ à l'époque de la Restauration,

.> «.iikuic iluiii le iiuiu lui-nicmc

I luin de nuiu déjà. Ce vieux bal

Uuu loi»^u:u}>», Il lai^ait encore les délices des grisettes et

uni di

»iî !<'i>iix d.t'

lit Ivirritri, !•

vUn .

•• "viii |,uij!ii, un iJvi\tau, diMU ii"> .iri'ic» v.i;.i^ ."<. iii ->i uicii le boulevard des

Martyrs, avait assez de bosquets où l'on put consommer en paix la traditionnelle bière de Mars mousseuse et le classique ccliaudé si friable entre les doigts. L'orchestre n'était )\is nombreux, mais il était (.11 harmonie avec les exigences des habitués, qui n'étaient pas exigeants; ils Ncnaicnt là pour se trémousser, hommes et femmes, et ils se trémoussaient .1 cœur joie et à jambes que veux-tu, au son d'un violon, d'une clarinette et peut-être d'un cornet à |iisti)n. Pour se mettre au L;oùt du jour, l'orchestre kit obligé de se renforcer plus tard de quelques instruments à cordes et à vent; et cela ne nuisit pas;

bien au contraire, le bal n'en devint dè-s lors que plus brillant et plus animé. » « Après avoir brillé sous la Restauration, sous Louis-Philippe, sous la République

et sous l'Empire avec des fortunes diverses et des habitués différents, le bal de l'Ermitage

a disparu en 18O2. On a coupé les arbres, saccagé ses bosquets, démoli son orchestre, et

sur la place qu'ils occupaient on a b.iti de solides maisons de six étages, à l'instar de celles

de la rue de Rivoli. »

Combien d'autres ont disparu de ces bals qui furent chers aux chansonniers! Qu'en

»1 MU Ml NM.l l.t. ' t.iUlllil IpAN- • I >. \l'Pi.>iS ill lll.Mll.b ».

D'aprv» une lithuffrapbie ao^taise.

LA VALSI-: ET I.\ !'<>[. K.\.

LES liM.s nmijcs.

rcstc-t-il? LU rL-tV.iin presque i>iiblic, quelque lithographie que le vent .ifjite sur les quais aux étalages de bouquinistes. Les années vont si vite!

Là-bas, là- bas, tout au bout de la terre. Il existait dans la rue Clifjnaiicourt L'ii fi.ù château où s'anius,iient nos pères. .■Ml ! mes amis, regrettons-le toujours.

ni

.\iAiJL.\u)isi:i.i.ii TAiii.ioM i;r .m.\/ii.u;u

DANS M-: llAl.l.KT • t.A ril.l.K IH' DAM IIF. » |}apri:s uiit; L,'raviire du temps.

Le Ch.iteau-Rouge occupait l'ancienne demeure de la belle Gabrielle d'Hstrées, au sommet de la butte Clignancourt. Un Tnonient, le b.il, dont l'orchestre muet était remplacé par le bruit du canon et de la fusillade, abrita le roi Joseph, tVérede Napoléon, qui présidait sur cette hauteur, en i"^l4, le Conseil de défense de Paris. De l'une des fenêtres du premier étage, le chef d'état-major de 1.1 garde nationale, qui était en même temps directeur du dépôt des fortifications, étudiait les mouvements des alliés qui assiégeaient Paris. Quelque temps après, le Chàteau-Rouge rouvrit ses bals jusqu'en i.'!.|.">. C'est là qu'eut lieu le premier banquet réformiste. Cet établissement disparut avec le percement du boulevard Ornano.

\'ers ifi3(», le Chàteau-Rouge était en grande vogue. Tous les samedis, des {i:\\\ d'artifice étoilaient la sombre butte, et les bourgeois du quartier ne manquaient pas d'aller, du dehors, contempler avec leur famille ce spectacle gratuit. Trois fois par semaine, la tashion parisienne gravissait la hauteur pour aller s'amuser.

De nombreux bals brillèrent encore de iHSoà if'.^n, parmi lesquels ni>iis puu\ons citer le Bal des Acacias ou de la Reine-Blanche. Les élégants, coiffés à la Bolivar, chaussés à la SouvaroNv; les élégantes, coiffées à l'enfant ou à la girofle, vêtues de robes à spencer, venaient ensemble jusque dans les parages éloignés voisins de l'ancienne barrière de Belleville. Installé dans une mai.son bizarre, remplacée depuis par la mairie de Belleville, ce bal fut, de i83() à i85<>, fréquenté par les artistes, dont quelques-uns turent célèbres. Meis.sonier, Daubigny, Daumier, Cham, Staal, Bertall en furent les familiers. On contemplait au bal de l'Astic une belle juive qui posa la Renommée dislrihiiant des couronnes, dans la fresque de Paul Delaroche qui décore l'hémicycle de l'hcole des beauxarts. Chaque bal, à cette époque, avait une physionomie propre, un public spécial, et Delveau en comptait, je crois, soixante-trois!

LA /).i.v.va; .1 HiMf:ns li:s a'.l.s.

Les soldats se réunissaient, l'our danser des pas invraisemblables, au salon de Mars et au s.iloii de la Victoire, près de l'|-,«.ole militaire.

Le bal Bourdon, qui, avant I '{.}!{, portait le nom de • bai ill-lysée-des-Arts », appela à lui l>eiidant un moment le public ilu bal des Acacias. Plus tard, il tut fréquenté par la jeunesse du r.iubourg Saint-.\nioinc.

Nous avons vu des bals prendre la place de temples sacrés; voici le bal Montesquieu, transformé vers 1854 en bouillon Duval, le premier des établissements de ce genre. La illc .Montesquieu était une des plus vastes et des plus belles de Paris, mais clic était fré-

MOl'VKMhM Kl < M III I ii\ Daprè» une irravurc an){lai>c de répoquc Je la Kcittauration.

qucntéc par la lie populaire.

I-e public de la salle V'alentino fut mieux composé, et cependant elle était loin de réunir l'élite. Elle connut de beaux soirs du temps des concerts et des bals masqués de Musard.

• Vous vous rappelez sans doute, dit Delveau, le joli mélancolique chapitre que Henri Heine consacre à sa ville natale, Dusseldorf, qu'il revoit aprè-s de longues années, avec les yeux attendris et désillés. Il manquait plus d'un arbre au jardin de la cour, plus d'un était pourri, et les quatre grands peupliers qui lui apparaissaient autrefois connne des géants verts étaient devenus petits. Quelques jolies filles se promenaient parées, bariolées et semblables à des tulipes ambulantes. •

• Ainsi en a-t-il été pour moi, l'autre soir, lorsque j'ai voulu revoir la salle N alentino de mes jeunes années. D'abord j'ai eu quelque peine i la retrouver au numéro 2?i de la rue Saint-Honoré où cependant, autrefois, j'aurais été les yeux fermés, m'en rapportant seulement à l'intelligence de mes pieds — et à leur habitude. — Puis,

/.A \.\LSl-: ET l..\ l>ii/.K.\. - IJis liA/.s /'IIII.ICS.

lorsqu'elle .i été découverte, elle m'a paru beaucoup plus petite qu'il \- a quinze ans. L'orchestre était toujours à la niènie place, mais cette place était amoindrie. Les nombreuses colonnettes qui l'ornaient jadis l'ornaient encore, mais elles étaient maigries. Le buffet lui-même semblait dénaturé et les garçons qui me servaient ressemblaient X leurs propres grands-pères. » Ainsi toujours la jeunesse embellit les choses !

« Li salle Barthélémy, raconte plus tard le même auteur, s'appelait autrefois

I \ M\/II<KA RlSSi; : l'UKMIKUl; IK.IKI D'aprcs une lilh. Je GucrarJ.

Champ-des-Navcts . Ce nom lui avait été donné probablement parce que l'endroit choisi par l'entrepreneur du bal pour faire danser les jeunes gens du quartier du 'l'enijile était un terrain inculte, .sablonneux, où rien autre ne pouvait pou.s.ser que de mauvaises herbes et des navets. On valsait là-dessus comme sur un parquet, avec le même entrain et la même gaieté, les jours où il faisait beau; mais, les jours de pluie, on quadrillait dans la boue, car il n'y avait pas de toit sérieux à cette baraque en planches à bateaux, et les danseurs qui craignaient pour les vêtements de leurs daiiscu.ses étaient obligés de se munir de parapluies : bal jiriniitir et digne des hôtes qu'il recevait.

tt Ce Champ-des-Navets, malgré ou plutôt à cause de ses incorrections, était un bal tort couru des grisettes du boulevard du Temple et des quartiers adjacents; il fut rem-

LA nA.\.SL A IHAll.li^ t.l.-^ MiZ-S

l»LiU |ur tlrt con*tniction» et en pnie pr b nnnJc coscmc. Gjmnic il ne fallait pas mu cnt irop loin, son propriétaire songea à édifier, rue du Cliiteau-

d'Eju, une Mlle plu» en lunnonie avec les K-soins de l "époque. C'est ainsi que la salie IVi, . Jj au Clianip-des-Naveis. Tout le monde connaît cette salle ambitieuse

qui vuuUit être i la fois bal, concert, théâtre, opéra, et qui s'est décidée, après des malheur», à n'être plus qu'un bal, assez fréquenté d'ailleurs les dinianche, mardi, jeudi ei uniedi. Sc^ bals d'hiver jouissent aussi d'une certaine vogue dans une certaine portion

I.\ >\\7X l<h\ l<l>i>E : |ii;i\ll mi; FIGIHE D'aprcs une lilh. Je CiufrarJ.

du public parisien : on y voit des pierrots et des pierrettes, comme dans les autres bals, mais surtout des « titis » et des « cliicards », types qu'on pourrait croire aussi disparus que les mastodontes et les mélagonis antédiluviens. »

En lH50 mourut à Ruignolles un homme qui eut son heure de succès : Victor Bohan. 11 avait créé le Jardin d'Hiver. Et certes son idée fut ingénieuse. Amoureux des fleurs, passionné surtout pour le dahlia, il lui vint à l'esprit d'édifier une immense .serre de cristal où, dans une atmosphère attiédie, s'épanouirait une flore exotique tandis qu'au dehors la neige tomberait et le vent ferait rage. Il en fut ainsi, mais les concerts et les bals masqués qu'il organisa dans l'établissement féerique ne passionnèrent point le public. Pourunt Cellarius s'y montrait pendant l'Exposition de i855 avec son

LA IM/..SA' /•:/■ l..\ l'<>l.l<\ - ll-^ l'.M.s l-IIU.ICS.

llAl. Ki; I.A l IIAl.Mli:HE U'arrcs une lilhuLTapliic ilc Ciijas.

personnel féminin si ch.irm.int, n MusarJ taisait trembler les vitres de la serre enchantée avec son orchestre endiablé de cent vin^t musiciens.

Le Château des Fleurs eut un rèi;ne éphémère et ses roses s'etTeuillèrent bientôt après leur èclosion.

Mais l'orchestre tut dirii^é par Olivier Métra; les tVères Liuniiet e t Darcier débutèrent dans un des concerts du Château des 1-leurs. C'est assez pour que son souvenir vive longtemps encore dans bien des mémoires.

Le seul bal public d'autrefois dont l'origine fût poétique a disparu depuis longtemps. Voici ce qu'on racontait à son sujet :

Un ancien charpentier déjà âgé, père de quatorze garçons, vigoureux et bien découplés, possédait sur la hauteur de Belleville une tranche de terrain où il avait établi son atelier. Au milieu de ce terrain s'étalait un lac aux eaux transparentes qu'une source invisible alimentait. On en ignorait la profondeur, la sonde n'avait pu la déterminer. Ceci est la légende. En réalité, la colline était couverte d'une belle végétation et le rossignol y chantait au printemps. C'était le rendez-vous des Parisiens; ils y allaient en foule le dimanclie pour déjeuner gaiement sur l'iierbe.

Les traditions populaires voulaient aussi qu'autrefois une femme possédée d un amour sans espoir fût venue pleurer en ces lieux. Ses larmes furent si abondantes et coulèrent si longtemps sans se tarir, qu'elles remplirent un abime qui s'ouvrait béant a cette place même. Elle s'y précipita ensuite.

L'atelier du vieux charpentier tut transforméen un bal, le « Lac Saint-Fargeau ». Mais la transformation fut plus complète encore, car une ile factice s'éleva au milieu du lac et, sur ses bords, tournaient des chevaux de bois et couraient des montagnes russes. C était vers i85o. Des commis de magasins, des ouvriers, des maraîchers des environs se promenaient en barque sur le lac, montaient sur les ciievaux de bois ou dansaient comme des enragés dans la salle.

Dans les environs était la Courtille, de réputation farouche. On prétendait qu'il s'y

-.. /, I /) t ' ' .. y-w.v LUS MiiiS

a>mmc(iji( Jn mctma-^ to». luiUk, que le nuUicunrux qui s'y aventurait était

crruin n'ïI n'était Ulur}>c'.

H > a«.«;(iaiiit.iiicn( dans tout ceci une cxa^craliun cxtrtiui:. Lo bais etaitiu Ircquentcs surtout par ie> ouvriers des faubourgs.

I.J Courtille était fomiée par un ensemble de )i>vtu.\ »..iiMn.i-> vt.li'il^ mu iis li.uuN de la colline de Belleville, où l'on dansait dans les bosquets et sous les tonnelles. • Peu ù peu, dit Charlo Payen, les hauteurs se peuplèrent; les maisons, d'abord très rares, s'y multipliêa-nt, semblant sonir du sol comme par enchantement ; le frais ruisseau comblé, le ri>ssigiiol dut aller égrener ailleurs ses roulades et ses trilles. La Courtille champêtre et charmante ne fut plus, dés lors, qu'une foire perpétuelle où la foule tapageuse prenait ses ébats aux accords infernaux d'orchestres en plein vent, une gigantesque fête de village avec .SCS baraques, ses tréteaux, ses pitres, ses femmes colosses. •

C'est du • Grand Saint-Martin », sur les flancs de la colline où git Saint-Fargeau, que panait tous les ans la fameuse descente de la Courtille.

Ia.- « Grand Saint-Martin » appartenait ù Desnoyez, qui fut une des célébrités parisiennes.

Autour de cet établiss*.'ment s'en ouvraient sept autres de catégories diverses, qui tous contribuaient ii la bacchanale. Le « Grand Saint-Martin » restait ouvert jour et nuit depuis le dimanche gras jusqu'à la .soirér du mercredi des Cendres ; la descente durait toute la journée, et les cinquante fenêtres donnant sur la rue de Paris se payaient des prix fous.

Li s.ille l'avié, qui est aflectéc aujourd'hui aux réunions publiques, était l'établissement le plus important de ceux qui entouraient le « Grand Saint-Martin » ; il était situé ju.ste en face.

Ixs pierrots et les débardeurs qui avaient pas.sé les nuits dans les bals de tous les quartiers s'y réunissaient durant les jours gras. Il était à la mode alors de finir la nuit du mardi gras en mangeant des huîtres et en buvant du vin blanc :\ la salle Favié et au n Grand Saint-Martin ». Et les ma.s.ses de consommateurs de ces établissements et des établissements voisins faisaient ensuite la fantastique descente de la Courtille, qui rappelait les antiques Saturnales.

Longtemps la de-scente de la Courtille, ;\ laquelle bien des noms célèbres prirent pan, fut une des curiosités du Paris excentrique.

Lord Scymour, un gai compagnon s'il en fut, n'y manquait jamais. On vit maintes fois le milord dressé sur un char, jetant à poignées à la foule des papillottcs qui renfermaient en guise de dragées des pièces d'or! Et il riait de voir des femmes, des enfants faméliques se ruer en se disputant cette manne. Ces malheureux poussaient des maié-

LA VALSi: RT l..\ l'ol.KA. — l.ns liAl.s J'IIU.KS. :-i

dictions et des riijjisscnicnts sauvages, car du les toiilait aux ]iii.ds, et les tètes entrechoquées entre elles se fendaient et le sanj^ coulait dans les ruisseaux!

« Quand le cortèije, dit Louis lilocl), s'arrêtait au fameux restaurant des " \'eiuianj,'es « de Bourgogne n.on y continuait la fête et, du haut de cet olympe, le nouveau Jupiter faisait tomber dru comme une pluie d'orage desguinées frites. « Cette distribution amena une bagarre etVrovable, tous les spectateurs voulant avt)ir leur part de la manne précieuse; le cabaret fut saccagé par les mécontents, et lord Seymour, qui ne s'était jamais tant amusé, vit sa note s'augmenter de la valeur de l'immeuble. »

Il serait oiseux de raconter les scènes qui forcèrent l'autorité à supprimer cette coutume qui rappelait des temps barbares.

Les propriétaires des deux salles de bal principales d'où s'échappait ce flot torrentueux de fange et d'oripeaux avaient eu le temps de fliire une grosse fortune.

Au « Grand Saint-Martin », on ne pouvait suffire aux soins de l'encaissement. On raconte que Desnoyez avait fait adapter devant son comptoir un large conduit aboutissant à un tonneau vide

, .1. Ll.i,w\ lil. liANSi:

D'après une lilhoj,'raphic ilc Bouchot.

placé dans sa cave. C'est par là que la recette coulait, et, lorsque le conduit obstrué ne permettait plus le passage de l'argent, on en concluait que le tonneau était plein et on le remplaçait aussitôt par un autre. Qui dira le nombre de tonneaux qui .se remplirent de monnaie d'argent et de billon en certaines circonstances! Le soir, on estimait au poids la recette, .sans compter. Entre temps, la mère Desnoyez fiiisait sa petite recette personnelle, un saladier à la main, dans lequel chacun au passage jetait .son écot.

L'approvisionnement de la maison était tel, que cinq cents barriques de vin s'alignaient dans les caves, le bétail était acheté sur pied, tout se taisait dans la maison. On compta un jour trente-deux noces à la fois :.u « Grand Saint-Martin » !

: b danM nxMJcme •

LA /i.l.VA/: A JHA\t.Ji> /-/i ^ IMA''

l :i.- ce même Dcsnoycz mourut en I^nyptc à la

bataille des Pyramides; son nom est gravé ir les pierres de l'Arc de Triomphe.

Quand un hf-ros comme Dcsiioyez tombe, s'écriait Kléber, que faut-il faire? Il faut le venger! ■

J"ai eu la curiosité d'aller voir ce qui restait de ce fameux bal du " Lac Saint-Fargeau » et, par un après-midi de cet automne si ens4)- IcilU-, j'ai gravi la hauteur de iklitville. Les flancs de la colline m gardent aucun vestige du passé champêtre, partout les maisons hautes ont remplacé jardins et cabarets. Mais, lorsqu'on a quitté l'église de Belleville et qu'on a continué un peu l'ascension, on apertjoil de temps à autre des jardins et on entend le chant des coqs et les piaillements des poules dans les cours de maisons rustiques. Plus haut encore, sur le plateau, une grande construction se dresse, c'est le « Lie Saint-Fargeau ». F.lle renferme une salle de l'êtes et un restaurant. Sur le derrière, des bosquets et des tonnelles entoua-nt le fameux lac d'autrefois qu'ombragent toujours de hauts peupliers.

Une jeunesse joyeuse, la chanson et le rire aux lèvres, s'y promenait en barque, et des couples erraient dans la petite ile factice qui s'élève ^^

au milieu des eaux, tandis que les accords de l'orchestre /Kpr

de la salle de bal se mêlaient au froissement /^Tîv - '^

des feuilles mones que foulaient mes p.xs.

A partir de i835, les affaires de la Courtillc commencèrent à péricliter, et le carnaval de i83J< montra pour la dernière tois aux Parisiens la fameuse saturnale.

I-e Pré Citelan, créé en iM5f», ne vécut pas longtemps, en dépit de SCS danseuses espagnoles, de ses bals d'enfants, de ses marionnettes, de ses kiosques et de ses .iquariums. Il était admirablement

ÏLN AVANT hLi \ agencé, dans une situation des plus Uthoitrraphie extraite du • Consenatulrc de la danse modcmc <

i..\ r.i/..v/-' j: r i..\ /''>/./;. i - i./^s n.\[.s pini.ics. 2:^

cli;irm;uucs, en plein bois Je- Boulogne, mais bc.iiianip trop cloii^nô ilu ccntiv île Paris. Les Folics-Kobert brillaient vers la même époque au boulevanl Kocliechouart, et ce bal avait une physionomie bien tranchée. C'était d'abon.1 im vaste salon réi^ulicr, entouré en haut et en bas île galeries orientales ou italiennes. A l'extrémité île cette salle, une autre s'ouvrait, à ciel ouvert, où l'on ilansait pendant l'été. Dans la grande salle, prés de deu.\ mille personnes pouvaient se mouvoir, et on y dansait avec fureur diverses danses nationales ou exotiques que le directeur du bal .qiprenait à ses élèves. Des cartouches disposés dans la salle donnaient les noms des principales danses

des Folies-Robert : Quadrilles, l'rica.sséc, Roberka, Polichi-

nelle, Gavotte, -, la Marinière, la Russe, l'Écossaise, la

I.K IIKAND ROND s'E.XÉCUTF. I.ORSQIE ClIACrN CO.MMENCE À I-K |)i:Vi:\IIt l.ilhi\irraphie extraite du • Conserv.itoirc Je la danse moderne •.

Valse, la Polka, la Redowa, la Scottisch, la .Mazurka, la \'arsoviana, la Hongroise, la Sicilienne et les danses orientales.

La salle avait grand aspect avec ses lustres répandant des flots de lumière sur le tourbillon des dan.scurs et sur les visiteurs éblouis qui la traversaient sans cesse. Olivier Métra conduisit quelque temps l'orchestre, et les habitués eurent la primeur de la \'alsc /(• Tour du Moihk . C'était alors un jeune homme aux cheveux crépus, au visage rêveur, au corps maigre.

Gilles Robert, créateur du bal qui porta son nom, était fort divertissant. Il avait entraîné un jour, en partie de campagne, les notabilités chorégraphiques de Montmartre à Marcoussv, prés de Palaiseau. Robert fut reçu avec ses invités par un propriétaire de journaux de modes qui fit avec une grâce parfaite les honneurs de sa ferme modèle. Ce jour-là, elle devint, grâce aux visiteurs, une véritable académie de danses et de

r* ^'-^^ A th.w'i '■ âges.

On d^nsa (l.ins une prairie au son du cor : du l1a|:colci. Rien ne manqua h la fôtc, pas cme une scène des plas comiques. On vit Ic :.tnd monsieur qui jouait du flai^colet, un architecte dit-on, disparaître tout à coup dans le tonneau sur lequel il i-tait nionti-. Ixtonneau avait eu la malice de se d^-foncer. Kobert sauva le grand monsieur en se coiflant dignement du tonneau, au grand cbaliissement de tous les spectateurs. Et f comme il était avisé, il tira parti de l'ac-

\ cident en créant un pas de caractère, le

« pas du tonneau ».

I^- soir, dit-on, quand on voulut

M\|ir.MOISILLK I.ISK NontCT. lUNSElSE \ L OPÉRA , • i ...

Dâpfounc ii.hfvr.phic Ju icmp». regagner Pans, chacun des invités, sous

l'influence des libations copieuses, dansait le « pas de la bouteille », autrement dit la Polka titubante de Bacchus.

A cette époque, c'est-à-dire en 1^5»), fut fondé le casino Cadet sur l'emplacement de riu'ttel successivement occupé par le maréchal Clausel et par le ministre de Danemark. .■\rban conduisait l'orchestre et la foule s'y rendait attirée par les illustrations féminines qui s'y donnaient rendez-vous. On y vit Rigolboche, Rosalba, Alice la Provençale, Finette, Nini « belles dents », enfin tout le personnel chorégrapliiquc de Markowski et de Mabille.

Dans un promenoir s'alignaient les portraits en pied de Jenny Colas, Mme de Staël, Marie Dorval, la duchesse d',\brantès, Rachel, Mme de Girardin, Fanny Essler, Mme de Genlis, Jenny Vertpré, Mme Qimpan, Mlle Mars, Mme Récamier, l.i .Malibran, Mlle Georges, Mlle Duchesnois, Mme Boulanger.

Ix casino Qidet avait une succursale, c'était le casino d'Asnières, établi dans un ch.tteau charmant au milieu d'un parc aux ombrages séculaires.

('\%t un spectacle curieux, dit Delvcau, de voir revenir, le soir à minuit, cette jMijHuiuun dansante; la petite gare du chemin de fer grouille de monde, de ce monde qui, trois ou quatre fois par semaine, à la même heure, obstrue la rue Cadet et les rues adjacentes. Ce sont des cris d'appel appartenant à toutes les branches de la zoologie : glapissements de renards, piaulements de poulets, mugissements de ruminants, etc. »

Un bal, disp.iru depuis lîliii. liu Jis iimrs Je sucii's : ic \(.u\ parler de l'Elysée-

/. I l'i/.v/; i:r i i I'oi.ka — i.i:s hm.s ithijcs.

Montm.mic, 41K iii.iiui.iiit.n.iu k^ .uiiNtcs et les L;cns lio lettres. II vécut un ileiui-sièirle : c'est là que s'éleva récemment l'astre de la Goulue et de (îrille d'ii'iout.

1' Nous avons remarqué dans cet étaHissement, dit M. Blocli, une jeune tille, dixhuit ans à peine, blonde, amaigrie et p.'ile comme une morte; on l'appelait « la Pâlotte » : elle ne semblait pouvoir se tenir debout et s'accrochait en entrant, au bras d'iui danseur. L'orchestre, compo.sé d'une quinzaine de musiciens, faisait entendre une musique bruyante que le piston déchirait par Iragments. L'on vit cette int)urante se lancer parmi les danseurs, avec un cavalier, et se démener avec une ardeur de débutante infatigable. Mais après, comme elle était plus pale encore! C'était un spectacle poignant. ■•

La création du Moulin Rouge fît dé.serter l'Iilysée-Montmartre.

Li simple nomenclature des bals publics du pa.s.sé serait trop longue, nous ne citons ici que les jirincipaux, et pourtant beaucoup de ceux que nous omettons eurent des jours et des années de succès.

Nous citerons simplement le bal de la Reine Blanche, qui avait l'originalité d'être installé presque à la porte du cimetière Montmartre, et la Boule Noire de la rue des Martyrs. Le samedi .seulement, les boutiquiers des environs s'y donnaient rendez-vous. Nous laisserons la parole à Delveau pour ce qui est du b.d de la Cave.

« Arrivé à l'entrée, dit-il, la porte ouverte, on se trouve sur le bord d'un trou qui bée, noir comme un soupirail de l'enfer, .^yant pris son courage .1 deux mains, en gui.sc de rampe, on dégringole au petit bonheur dans l'obscurité la plus complète; une fois la dernière marche atteinte, il vous arrive aux oreilles un bruit étrange.

« Le bruit est produit par la plainte mélancolique d'un lifre, .1 laquelle se joint le ricanement aigre-doux d'un violon dominé par le ronflement sinistre d'une contrebasse. A ce bruit il faut ajouter la fumée d'un quinquet unique et les émanations innombrables qu'on ne rencontre qu'à cette distance du sol de la rue. \'ous êtes dans le bal... qui a lieu tous les dimanciies et lundis, de six à onze heures du soir.

« Le public ne parle pas, il s'agite comme pour remplir un devoir. Ce ne sont pas

IN < AV.\I.U:K -SliLI, I.llliii;,'raphk- Lxlr.iilc du • ('mi^crvaloirc Je la danse muderne •.

/ I /iiv\r t m wrns irs \(]i:s

il plui Ut!, ombres que l'unique

nu II qu u II ccbirc que l'cxtrùmc sommet de la

; vil s vi,!MM.UM.N i^iuml les omba-s sont fatigu^-es et que les jamlK-s

n iciii "c-s viennent s'asseoir sur des futailles vides qui forment divan

a>....ar de U »-.v vi ..-..viit du jaiiw. Ne vous scandalise/ pas trop vite : les consommateurs d'eau-de-vic sont les habitants du quartier, et ce quartier est populaire ; ils vom laivsent l'oriieat, laissez-leur le viirinl. les cliifTomiicrs ne sont pas des pndins.... C'e%t U une toile de Van Ostade. ■

Nous ne devons {US oublier le bal du Mont-Blanc, qui fut le rendez-vous des femmes de chambre et des cuisinières; la Rosière, au faubourg Saint-Antoine, qui n'était pas rri»)uenté par k-s jeunes filles de Nanterre, et le Waux-Hall où s'agita aussi l'archet du

rc Pilodo.

Nous arrivons maintenant à la • Closcrie des Lilas », qui devint le Bullier actuel.

Autrefois, sur l'emplacement même qu'occupe le bal, des chartreux austères se recueillaient en des jardins solitaires. Ixs moines s'enfuirent devant la Révolution, et la terre sacrée que foulaient discrètement leurs sandales se transform.i en lieu de plaisir : la • Closerie des Lilas ■.

I-i vieille Closcrie des Lilas était fréquentée par les grisettes que Béranger chanta. Il demeurait alors dans la rue d'Enfer, toute voisine, et un soir, flânant à l'aventure sur le boulevard, il entra à la Closcrie. Il fut reconnu et son nom aussitôt paisa de bouche en bouche. Ce furent alors des cris d'enthousiasme; on accourt, on entoure le vieillard, on l'éloutTe sous des baisers et sous des fleurs.

« Une des danseuses, dit Delveau, lui ofl"rit son bouquet qu'il accepta les larmes aux yeux; Delphine lui demanda la permission de poser ses jeunes lèvres sur son vieux front, à la place où l'on met d'ordinaire les lauriers et où il n'y avait que des rides! Et le poète, ahuri par cette ivresse d'admiration, permit tout ce qu'on voulut : « Je mourrai heureuse puisque j'ai embrassé Béranger! «s'écria une jeune fille que ses compagnes jalouses de l'honneur qu'elle venait d'obtenir imitèrent bientôt au risque de tuer de caresses le pauvrevieux bonhomme. Oh! ce soir-là, il leur fut pardonné beaucoup de choses à toutes pour l'enthousiasme sincère et passionne qu'elles venaient de témoigner à leur cher poète qui dut s'en retourner meurtri chez lui... ;\ cet instant elles redevinrent toutes grisettes et se promirent... EIkii fugaces!... »

Ce qui distinguait Bullier des autres bals, c'est que le vrai public y dansait : il y allait bon jeu bon argent, avec gaieté.

Ce n'était point, à vrai dire, distingué et correct, mais jeune et vivant .sans être

/..i \A/.si: i:r /..i l'ui.K.x.

i.iis i:\i.s l'ri'.i.ics.

• (Jl AM) LLS Cll.VrS SONT l'AKTIS, LES SOI KIS L>ANS1£NT ! » U'arrcs le tableau Je Grolleron.

dL-braillc. Le b.il se Jivisait en catégories dirteietites, et les lianseuses passaient Je Tune à l'autre au fur et à mesure que leur talent était reconnu.

On y débutait par la « cuisine », puis on passait par <i raiitichaiiibre », on ]iénétrait au « salon » et on arrivait à la « prélecture », le pinacle....

Que de souvenirs le seul nom de Bullier rappelle à ceux qui ont passé leur vingtième année à Paris!

Il faut en prendre son parti et se borner à constater avec résignation que nous ne savons plus ni danser ni rire. L'.ige d'or des danseurs de bals publics n'est plus. Que sont devenus les charmants pierrots couleur de lune aux grimaces enfarinées ! Les cliic.uds et les débardeurs immortalisés par le crayon de Gavarni n'existent plus qu'en souvenir. Si Musard revenait au monde, que dirait-il de nos bals de l'Opéra! quelle figure aurait l'ilodo devant l'orchestre de Bullier ou du Moulin Rouge! L.i musique égaie les oreilles, les lumières et les décors éblouissent encore les yeux, mais l'insouciante gaieté semble avoir abandonné la jeunesse .

Le chroniqueur de la « \'ie en plein air « du Figaro s'avisa, en ces dernières années, d'aller au bal Bullier où il n'était pas entré depuis trente ans. Le décor, resté le même, entretenant son illusion, il courut au bosquet où sa " bande » se tenait — comme en un

:- /. I /j I nt.W'ERS LES AGES

vJiiiP ritrifutu' lî iiiii jJi.lv iiii iiiiiit.iit iDiir i tmir |i<iiir Jes faitilUr stiil et des \'j!!>cs sans

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I! irit (OUI d'abord que le public avait clungé. L'idée ne lui venait pas que

^ntan, mari6( ou décèdes, avaient abandonné le théjtre de leurs exploits à

iix et que les sunivants, le dos voûté et le chef blanchi, rendaient I.i

liaient des ordonnances.

M <. t son illusion s'évanouit devant l'épilepsie de la janilx

'inastique que Terpsichore désavoue et qui relève, à son avis, des désordres

iitôt que de la danse véritable. — Q-tte nouvelle couche, dit-il, ne d.inse pas

:ne la nôtre — ardemment, fanatiquement!...

^ 'vf

Al l'A^S I.ATIN. — À LA I l-OSKRIK l»ES LII,AS. Uaprc» la litho):raphiv du Vcrnier.

EL JAI-KO U'aprcs le laMcaii ilc John Sari,'cin.

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