‹ La danseChapitre 56 sur 78 · TRE IX · texte numérisé non relu

TRE IX

lïLS DANSES ÉTRANGÈRES

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LES DANSHS F^PAGXOLES. LK « FANDANGO », LF. « BOLERO » V.T

LVS DANSES ORIENTALES. — liAVADERIiS ET ALMÉF^.

Ni>cs avons constate, dans les )ircniicrs chapitres, l'influence Je la danse cspaii;nole sui' la danse romaine avec les célèbres Gaditanes et sur la danse française à l'époque de la Renaissance. Xous avons assisté à l'introduction chez nous de la majcstucu.se Pavane qui, d'après un auteur espai^nol de la tin du xv'' siècle, imite les attitudes superbes et prétentieu.ses du paon royal qui va se balançant en faisant la roue.

Couramment aujourd'hui on dit encore en Espagne : Son cniradas de pavana, « ce sont des entrées de pavane », en parlant

LA I AI im MA

D'après une gravure ..u commencement du XIX- siùde. J'y,, homme qui vient gravement et mystérieusement tenir des

discours oiseux et ridicules, et : Son pasos ik Bavana, à propos d'un personnage dont

îft. /. I /• i Tn.w'icRs i.r.s Miias.

h diWiurchc csi J'unc lenteur aflectie. I-j Pavane itait une danse vraiment royale dans laquelle Catherine de Médicis et Marguerite de Xavarrc, femme de Henri IV, excellaient.

Ix Timiion ou lord'um, la danse aux nombreuses contorsions, dont parle souvent Hranii>me, nous vint aussi d'au delà des Pyrénées. C'était un des plus anciens pas e^p.)^;nols, et son origine s'entoure de mystère.

L> Passa-talU, littéralement • passe-rue », célèbre au xvf siècle en Kspapne, où son succî's alla jusqu'^ la frénésie, aurait tiré st)n nom de l'habitude qu'avaient les jeunes gens de la pratiquer la nuit par les rues. Elle se répandit en Italie et en l'rance où elle fut naturalisée sous le nom de Passacailk, qui n'est, en définitive, que le même mot prononcé \ l'espagnole.

\x Paspié lui-même, très en \iil;iil chez nous au xvn' siècle sous le nom de Passepied, fut une variété de l.i Pavane, et son origine ne laisse aucun doute.

Il est presque certain que la Ch.iconc nous vint aussi de la péninsule et qu'elle dut son nom ii son inventeur Cliacon, ce nom patronymique étant .issez fréquent en Esp.igne. Au dire de Fernandez de Cordova, la Chaama ne fut autre que l'ancienne danse desCaditanes, et il en serait de même de VOIè Gaililniio, qui se danse encore aujourd'hui.

Un jour de Jksia, le baron Davillicr eut l'occasion de voir VOIc merveilleusement dansé dans un faubourg de Cadix, par une très habile hailarina qu'on appelait • la Xena », ;\ cause de sa petite taille, surnom du reste très commun en Andalousie.

« L'O/c', dit-il, exige plus que toute autre danse une grande souplesse de corps et une désinvolture particulière : la Neiîa réunissait au plus haut point ces qualité-s essentielles et elle était sans rivale dans les poses renversées. C'était merveille de la voir, aprè-s un p.is d'une vivacité entraînante, se pencher peu à peu en arrière; sa taille, d'une flexibilité de roseau, se courbait avec une langueur ciiarmante, ses épaules et ses bras se renversaient mollement et touchaient presque .i terre. Pendant quelques instants, elle resta ainsi le col tendu, la tète penchée, comme dans une sorte d'extase; puis, tout à coup, comme frappée par une commotion électrique, elle se redressa, bondit et, fiisant résonner en mesure ses cast.ignettes d'ivoire, elle acheva son pas avec autant d'entrain qu'elle l'avait commencé. »

Quant à la Sarabande, on ne saurait contester ses débuts. Aprè-s nombre de dissertations publiées ;\ son sujet par des auteurs andalous, il a été prouvé que la Zarahanda fut exécutée pour la première fois ;\ Séville, en i5i%S, par une baladine,« véritable démon de femme ». Jamais, à son apparition, danse ne souleva autant de colères et de tempêtes que celle-là. De hauts personn.ages demandèrent l'abolition de cette « danse infernale ». Ce V(vu fut exaucé, car une ordonnance royale défendit de danser la Sarabande.

Nc.inmuiiis clic jouit biciuot ilimc L^raïuic vo';iic à l.i ville et à la ci>ur, et, une centaine d'années après son apparition, elle était encore très en lionneiir.

An xvii' siècle, elle se montrait pour la première l'ois à la coiw de Trance, dans un bal i]ue Louis XI\' donna à l'occasion du mariai^e du duc de nour>;oi;ne.

Les u folies » d'Rspai^ne, les Foliiis, une des danses les plus gracieuses que l'on ait connues, passent pour è'tre originaires du Portugal. Cette assertion est sans doute jus-

Llî lANUANUU D'après le laWcau de J. Worins.

tihée par plusieurs auteurs compétents. Il est certain pourtant que les lolias lurent usitées très anciennement en Espagne. Elles se sont perpétuées jusqu'au siècle dernier, car on dansait encore les Folias sur les théâtres, mais combien dégénérées. Elles ne méritaient plus guère .i cette époque, au dire d'un contemporain, d'être qualifiées de danse. Les Folias turent l'objet d'un engouement général : on cite le cas du larouclie Pierre I', roi de Portugal, qui y prenait, dit-on, un tel plaisir, qu'il consacrait souvent des nuits à les danser avec ses enfants et les rares personnes dont il était entouré.

Les Lolias n'ont probablement jamais passé la frontière espagnole en tant que danses, mais il n'en est pas de même de la musique qui les accompagnait, car, soit

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^ , uHi eu lulic, OU j Ui' ^v^c, ilc iio;iilircuM.'N vjruuuiis sur ce

1 11 iiMiiuv, iit'iis ùcNoiis i i h>pjf;nc 1j piujurt Uts danses nobles, j^raws ci majc^lui'iso si lun^itcnips en honneur. Chez nous, il est vrai, ces danses se mudilicrent en devenant pKts distingu^x» et d'allure plus légère.

Stuis Liuis XV', Lincret et Watteau représentaient souvent les danses champêtres i»ii Jis siifiiiiirs et de nobles dames, parfois des Ivrgers et des bergères, dansaient un Ihlfro, ce qui témoigne combien la furme ••i.icii.tisc vi \i\e de .1 pas était en faveur sous ce règne.

Fn étudiant plus loin les danses esp.ignoles actuelles, DUS remarquerons que si, en dehors du Boléro, les anciens p.is nobles et majestueux ont été abandonnés, les vieux bayles d'allure vivante persistent toujours.

Li danse espagnole , en général , remonte A une haute antiquité. Elle fut sans doute moditiée, dans la suite des temps, par l'influence mauresque; certains de ses mouvements ont même consené un canictère arabe, mais tout porte à penser, qu'en son essence même, la danse espagnole suit une tradition léguée par les Gaditancs, ces célèbres .saltatrices de Madrid dont nous avons

DANSEISE ESPAGXOLI:

t»arrc» une iiihoj.Tarhic de Grenier. P-irlé, qui passionnèrent la Vieille Rome.

Li danse des Gaditanes était si ardente, que les poètes anciens renontjaient .'i la décrire ne trouvant point d'expressions assez fortes pour en peindre le charme étrange et capiteux.

Une danse en usage encore dans les Asturies et en Galicie, sous le nom de Dan^a prima, nous reporte aux premiers âges de la Grèce : c'est une ronde, et la ronde a été, nous l'avons constaté, la première expression de la danse chez tous les peuples. Les jeunes hommes et les jeunes filles se prennent par la main et tournent, pendant que chaque danseur tour à tour entonne une cantilène à laquelle tous répondent en chœur. Ces danses se nommaient autrefois ImiUs en corro ou danses en rond.

L'obscurité enveloppe l'histoire des danses nationales du moyen .ige en Espagne. Jovellanos, dans son mémoire sur les Spectacles publics et leur origine en Espagne, sup

i.i:s ii\\s/:\ i:ii;\\i;i:ia:s

i.i; r.\M>.\Nii<) D'apiiis le lahicau du Kirullcr.

pose que la liante se iLluj;ia dans les Asiuries à réiH)(.]ue Je riiivasion des Arabes. On sait que Ivsjm^ltvfs et les livvadorcs composaient alors des balades et des dansas, et l'on cite parmi les danses au xii" siècle celle du iry don AIcdiio cl Biiciio.

Le x\ r siècle nous parait être l'époque où les danses particulières furent en plus grande laveur; c'est d'ailleurs en ce siècle que les danses nobles passèrent les P\ renées pour venir à la cour de France.

(^n faisait alors, en Espagne, une distinction très grande entre les dansas et les Imyh'S. Les premières consistaient en pas graves et mesurés, tandis que les bayles admettaient les mouvements les plus libres des jambes, des bras et du corps. Les danzas étaient, de toute évidence, les danses nobles qu'on ne pratique plus maintenant depuis longtemps, et les bayles représentent celles qui sont encore en faveur de nos jours en Espagne.

Au xvii" siècle, sous le règne de Philippe IV, la danse théâtrale prit un essor jusqu'alors inconnu. Le thé-itre de la cour, au Binn Riliro, organi.sa les daii:{as hahiadas ou danses parlées, qui eurent un succès inouï. La figuration en était allégorique ou mythologique. Ce n'était pas là, d'ailleurs, absolument une innovation, car les danses parlées

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DANSE DE PAYSANS DE I.A l'UOVIXCE D AVIl.A U'apris le tableau de Uccqucr. (PAo/. I^urent, i .MaJriJ.)

ct.iii.iit licjà connues du temps tic Ccrvantè's qui les décrit dans son Don QiiiclwHe.

Comme à Versailles sous le grand roi, des ballets furent montes avec un luxe extraordinaire de décors et de costumes, et souvent des membres de la Himille royale y figurèrent. Des poètes célèbres, tels que Quevedo, Luis de Benavente, Lopc Antonio de Mendoza et Calderon, imaginèrent plusieurs de ces ballets.

Ces ballets d'action remplacèrent peu .i peu au théâtre espagnol les danses nationales, au point que, dans les premières années du siècle dernier, la Sarabande et la Chacone étaient presque oubliées. Mais une autre chorégraphie s'affirmait en ces temps, et l'on voyait le Fandango, le Bohro et les Segnhiillas dominer les autres danses.

« Quel est le peuple barbare, s'écrie le poète Tomas d'Yriarte, où cha<.uii ne frémit p.is en écoutant les airs des danses nationales! Aux accents du Fandango toute l'Espagne frissonne, c'est l'air national par excellence, qui accompagne la danse la plus gracieuse et la plus enflammée, celle qui aurait été digne d'être exécutée à Paphos ou dans le temple de Vénus, à Gnide ».

M La musique du Fandango, comme une étincelle électrique, frappe, anime tous les cœurs : femmes, filles, jeunes gens, vieillards, tout paraît ressusciter, tous respectent cet air si puissant sur les oreilles et l'âme d'un Esp.ignol. Les danseurs s'élancent dans la carrière, les uns armés de castagnettes, les autres faisant claquer leurs doigts pour en

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L ES /). I S S ES /•• TR.\ \r, /•; n ES.

imiter le son; les femmes surtout se signaleut jvir l;i mollesse, l.i létièreté, la flexibilité de leurs mouvements et l.i yràce de leurs attitudes; elles mari]uent la mesure avec beaucoup de justesse en frappant le plancher de leurs talons. Les deux danseurs s'at^acent, se prient, se poursuivent tour à tour; mais tout à coup la musique cesse, et l'art du danseur est de rester immobile : t]uand l'orchestre recommence, le lùndango se prend à renaître aussi. F.nfin la t;uitare, les violons, les coups de talon (Uuoiiivs), les cliquetis des casta-

i M-; iiEi KKi SI-; lA.Mii.i.t:

Daprcs le lahkau de Manuel \uf..\{nol. l-iurcnl, à MsJri.i.)

gnettes et des doigts, les mouvements souples des danseuses remplissent l'assemblée du délire de la joie et du plaisir. »

Sur une mesure à trois temps, le Fandango tourbillonne, les paillettes étincellent, les castagnettes d'ivoire ou d'ébène claquent à coups secs, scandant la mesure de notes étranges, assourdissantes ou bourdonnantes, n'appartenant à aucun son musical, mais d'un effet caractéristique et troublant. Et, dans le froissement des soies, vivement passent des sourires aux dents blanches, des yeux noirs chargés d'éclairs, de sombres chevelures piquées d'œillets rouges et de poignards d'or. Tout cela s'agite ou pétille.

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i\, tntr.im.iiit vt c.ij'itmx, jm'-mimiih., mmmui «.i frcnÛSSant... . '' l.l^

' ' ardrius. OU! oU!

m Voi»v...,. w a en 1712 le père Ntirti, doyen du chapitre d'Alicantc,

cette danse de Cadix, célèbre depuis tant de siècles par ses pas capricieux, qu'on voit encore exécuter aujourd'hui dans tous les faubourgs et dans toutes les maisons de cette ville, aux applaudissements de tous les spectateurs; elle n'est pas seulement en honneur

DANSK ESPAliNOI.E b'nprc» une cau-furte Je Uuya. {lUtliulhà^iie njlionjle.)

parmi Us négresses et autres personnes de basse condition, nuis parmi les femmes les plus honnêtes et de la plus haute naissance.

« Ce pas est dansé tantôt par un homme, tantôt par une femme, tantôt par plusieurs couples, et les danseurs suivent la mesure de l'air avec les plus molles ondulations du corps. »

o Une anecdote singulière dont nous ne voulons pas garantir l'authenticité, dit le baron Davillier, est racontée par un auteur du siècle dernier au sujet de cette danse fameuse. On prétend que la cour de Rome, scandalisée de l'indécence de ce pas, résolut de le proscrire sous peine d'excommunication. Un consistoire fut convoqué pour lui faire son procès; on allait prononcer la sentence de mort, lorsqu'un cardinal dit qu'il ne fallait pas condamner un coupable sans l'entendre, et qu'il votait pour que le Fandango

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