‹ La danseChapitre 58 sur 78 · I NI · texte numérisé non relu

I NI

ciigulicmcnt pjvsagrr, i.iiiUi.-> «^uc Ujuirci» !>'a|uuuut au (uiriinuiiic d'antiques rcfrjiiis tr.iMMui> J'ini- en âge. ILs sont iinpriiiU-s 1 Barcelone, aux environs de Séville ou à Madrid, et vendus par les libraires en plein vent et les aveugles.

Le tlicine des foplaj de segiàdillas est, bien entendu, le di!-sir, l.i |)i.uine uu la joie de l'amant, et parfois aussi son trouble, sa jalousie et ses fureurs. Ij poésie est toujours de la plus grande simplicité : elle se compase de Iti copia (couplet) et de Yfslnhilh ou refrain.

llANSL 1>K PAYSANS AHA(jliNAlS baprcs le tableau ilc Huiz Je Valdivia. i/'/m/. I.jureni, j MjJrU.

Au cours Je mes voy.ajjcs aux îles Baléares, je séjournai à Pollensa, petite ville voisine du cap Formentor, où je notai quelques malafjuenas qui nie paraissent avoir des rapports avec les copias de segnidilias. Ce sont les mêmes pensées poétiques, trè-s douces, étranges même parfois, dont le tliéme éternel est l'amour :

Uiia tsirclla se Im ttrdida En et ciel v no parece ; lin tu cara se Ixi metiih Y en tn /renie resplendece.

A un sahio le pregunU De que' mal me moriria J me ilijo : t Del qiurer! • Serrana, que telenia!...

f< Une étoile s'est perdue — Dans le ciel et ne parait plus; — Vers toi, aimée, elle est venue, — Elle resplendit sur ton front.

« Je demandai .i un savant — De quel mal je mourrais. — Ut il me dit : « Du mal d'amour! » — Femme, je t'aimais déjà,...

l N IIM. l'ilITI AlUi; A SlJiilVIi; D aprùs le tableau de Garcia .Mencia. ( Phnl. L.iurciil, j MjJriJ.

Je les entendais partout ces copias de malagiu'ûas, le vent les apportait à travers la montagne, les flots de la mer en berçaient la cadence, elles suivaient les routes poudreuses avec les travailleurs, elles liruissaient sourdement, le st>ir, dans le nivstère des patios crépusculaires, accompagnées par le grincement étouffé des guitares.

La plupart des provinces d'Espagne ont des Seguidillas qui leur sont ]iii)pies; au fond, c'est toujours le même principe chorégraphique que dans la Manche, mais la danse s'est moditiée un peu suivant le caractère des habitants. Hn Andalousie, ce sont les Sigiiiri\as, les Gilanas, les MoUares, les Scvillaitas; en Aragon, les Aragoiwsas; à Valence, les FaleiicianaSyVK., etc. HnGalicie,on les nomme Seguidillas gallfgas ; àSantander, Pasicgas; .et, au pays basque, Qiiipii:;coaiias.

Peu d'Espagnols ignorent le pas des Seguidillas.

Le baron Davillier raconte, .'i propos des Seguidillas, une scène de danse loit intéressante à laquelle il assista à Albacete.

« Un jour, dit-il, que nous nous trouvions à hifcria d'Albacete, une des principales villes de la Manche, nous eûmes l'occasion de voir danser les Seguidillas iiiancbcgas avec leur vrai caractère national. De nombreux danseurs des deux sexes, appartenant .'i diverses localités voisines, s'étaient donné rendez-vous dans une salle ba.sse du parador de la diligeiuia, la meilleure auberge de la ville. Au lieu du marsille aux couleurs éclatantes,

x,3 LA b.WSE A THAVEHX LES .\QES.

\t piilatftro^ruwYt^vsiciamarTa tic peau «l'a|;ncJU, ci une montera en dut s4uvaf;c rciiipljs'jit »ur m itftc le ctaviiquc sombrero ealaïus, si clicr aux Andalous. Il avait à {vinc cuiunu-iicc à pK-luJcr en mineur avec quelques aq>cgc» rapides, que chaque danseur choisivtjii sj /urr/<i, cl que les couples se plaçaient les uns vis-à-vis les autres, à trois ou quatre pas de distance : bientôt quelques accords plaqués indiquèrent aux chanteurs que leur tour était arrivé, et ceux-ci entonnèrent le premier vers de la copia.

0 Cependant les danseurs, le jarret tendu et les bras arrondis, n'attendaient que le signal ; les chanteurs se turent un instant et le gnitarrero commenta la mélodie d'une ancienne Seguidilla : A la quatrième mesure, les canladores continuèrent la copia, le cbquement des castagnettes se fit entendre, et aussitôt tous les couples s'élancèrent i\xc entrain, tournant et retournant, se cherchant et se fuyant tour à tour. A la neuvième mesure, qui indique la fin de la première partie, il y eut une légère pose pendant laquelle les danseurs, parfaitement immobiles, nous laissèrent entendre les notes grêles et saccadées de la guitare ; puis ils commencèrent la seconde partie avec quelques changements dans les pas, et chacun vint reprendre la place qu'il occupait au commencement.

0 C'est alors que nous pûmes juger de la partie la plus gracieuse et la plus intéressante de cette danse, qu'on appelle el bien parado, c'est-à-dire littéralement : • le bien arrêté » . Hacer el bien parado est un idiotisme espagnol qui signifie renoncer à une chose qu'on ne peut utiliser, pour en avoir une meilleure; par analogie, faire le bien parado dans les Seguidillas, c'est renoncer à finir la figure, pour en recommencer une nouvelle. C'est un point trè-s important pour les danseurs de se tenir immobiles et comme pétrifiés dans la position où les surprend la dernière note de l'air; aussi ceux qui restaient ainsi dans une pose gracieuse étaient vivement applaudis aux cris répété-s de : « Bien parado! Bien parado! »

n Telles sont les règles classiques des Seguidillas; mais comment dire i quel point ce pas transporte les danseurs! Cette ardente mélodie, qui exprime à la fois le plaisir et une douce mélancolie; le bruit animé des castagnettes, le languissant enthousiasme des danseurs, les regards et les gestes suppliants de leurs partenaires, la grâce et l'élégance qui tempèrent l'expression passionnée des mouvements; tout enfin contribue à donner au tableau une attraction irré-sistible dont les étrangers ne peuvent apprécier toute la valeur aussi bien que les Espagnols : ces derniers sont seuls doués des qualité-s nécessaires pour danser leurs pas nationaux avec cette inspiration enflammée, avec ces mouvements

pleins de vie et de passion. »

La Jota en el Aragon Con garhosa diiertcion

Ce dicton populaire indique le caractère à la fois vivant et modeste de la Jota ara-

L i:S />. I s SES E IRA .\(j ÈRES.

>;oiu-sii, J.uisc nationale de l'Arayon d'orij^iiic très ancienne que certains croient dérivée Je la Passacaille, si •coûtée par les races latines aux \vi' et xvn" siècles. Quoi qu'il en soit, h Jolii est une danse proprement espa>;nole d'un caractère très spécial, se distiiif^uant par sa tenue des danses andalouses.

L.I Jolti anime toutes les fêtes populaires; elle ajoute même son éclat à certaines fêtes religieuses. La veille de Xoël, en .\r.ij^on, on danse avec acconipai;nement de citants

LA <i.\I.I.E(i.\l).\ U aprcs le tableau Je J. Worms. (.lv«c .lulorisjlion ii Jcjn liuus.iu.1, Mjitci, Jnyjnl et ( iV, ,:.iil.-friipr.)

une Jota nommée : la Katividad dcl Scïior. De même lorsque l'Aragon célèbre la fête de Notre Dame dcl Pihir, les Jotas bourdonnent dans tous les carrefours de Sarraj^o.sse et marquent le rythme de la danse à laquelle le peuple enthousiaste .se livre en cliantant des couplets en l'honneur de la \'ierge. Le premier couplet a plus le caractère d'un cantique que d'une chanson, mais le refrain est absolument protane. Ainsi que les Seguidillas d'Andalousie, la Jota aragoncsa a ses copias antiques transmises d'âge en Age. Les Aragonais sont fiers de leur danse nationale; pour eux, clic est infiniment plus belle que toutes les autres danses d'Espagne. Ils professent pour la Jota une sorte de

>.t I ^ nwsr a THAViciis- if: s- Ages.

cuiît t! Il 1.UHII.III l'Hii m: j^.iuii: m iic point b tr.iiiii .iMi. ii'iiN les f-gards qu'elle mi'rite à Icun yeux. Les Araguna» ont traduit leur .idniir.iiiun |H»ur la Jota en couplets poputairn.

On dit. répètent les chanteurs, que les Andalouses sont les plus ilégantes, mais les jeunes filles d'Aragon en grûce les suqiasscni. Q-ux qui vantent la Cacliuclia de Cadix et de jerez n'ont certainement pas vu danser une seule fois la Jota!

Dans la ville de Pollensa, i Majorque, les patron», de l'auberjje où j'étais logé

IN JOI II liK liKKVE À .MALA(iA D'après le tableau Je l 'crrandiz. ( l'hol. l.jurenl, j MjJrtd. )

organistTcnt une sorte de fôte où furent conviés les plus délicats musiciens Je la ville et les plus fines danseuses. Une immense salle, débarrassée de ses meulilcs et garnie de chaises tout le long des murs, fut transformée en salle de danse. Le soir venu, des jeunes gens munis de leurs guitares arrivèrent ainsi que des jeunes filles, parées de leurs plus beaux vêtements avec une fleur dans leurs cheveux noirs, et qu'accompagnaient leurs fimilles.

Lorsque tout le monde fut en place, que les côtés de la salle furent occupes par les spectateurs, et que les couloirs mêmes se trouèreent encombrés, deux guitares et un

/./•;.v n.wsEs f-:rR.\\(i/:R/:s.

IIAI. CHAMPETRE DE .MAJOS D'aprOs 1k lahicaii Je l'crcz Kiihiu. ( Phol. LjuiciiI, a MjJriJ.

violon cxccutcrcnt une brillanti; ouverture dont le tiiènic- était forme par les airs les plus populaires de Majorque.

Une toute jeiuie fille et un garçon, les castaj^nettes aux doifi;ts, dansèixiii (.hmiiu une Jota charmante, au son des guitares et au bruit assourdissant des castagnettes, que des danseuses au repos taisaient claquer sans trêve. Cette danse majorquine n'a ni le brio, ni le côté voluptueux des Jotas continentales, mais elle est d'un caractère primitif, honnête et d'une naïveté charmante.

D'autres provinces en dehors de l'Aragon ont aussi leurs Jotas, la Xavarre et la Catalogne entre autres.

Lx Jota de \'alence, la Jola Valciiàaua, ressemble beaucoup à celle d'Aragon.

Les Valenciens ont été de tout temps passionnés pour la danse. Des auteurs assurent que, dés le vu'' siècle, l'entrée des archevêques à Tarragone était célébrée par des danses. En 17O2, lorsque fut posée la première pierre de la cathédrale de Lerida, une troupe de danseurs fut appelée de Valence pour célébrer cet événement par un ballet.

I l Juia \aiclKl.in4 Mit ci.lvjmr Hs v.ist.ij^nittis n.ms i.<.ii.iimN (.iiiinunii-s tiiiHiMis.

!"' - !» joie de voir aller avec les anc. ■ •■ '■< iiiif;flfs, les enfants qui meurent.

l>..o .l^ ..... instances, les cloches de la pai... ; lieu de lofar a nintrlo, comme dans

les «.Js nrdinaircs, hviiii à gloria, c'est-i-dire sonnent comme pour une fête.

\\>ici maintenant le Jaleo dt Jerr^, ^-tuurdissant, imprévu. Il est exécuté p.ir une

iMt.in.1 A la cambrure souple, qui danse les ca.stagnettes aux doigts. Aux accents de la

:.ire, sur l'air d'une vieille chaïuwn d'amour, elle s'élance et bondit; bientôt la voici

qtii fuit et revient, lépère, vertigineuse. — Et \cs a/inonai!os battent des mains. OU!...

Chaque province d'Espagne a ainsi ses danses traditionnelles dont les habitants sont tiers et qui les passionnent.

Il n'est p.is d'Espagnol, dit-on plaisamment, qui ne préfère rctomlxrr sous la domination des Maures plutôt que d'abandonner .ses olà et ses corridas :

• itnse Moros Qiif rtiumciar a fus olA

Tixtitos lot lispagiiflirs I a mflrorriilas Je tcroi!

Li Galli-gada est une d.uise propre à la Galicie; on la retrouve cependant à Madrid et en d'autres villes d'Espagne, mais les Galiciens sont renommés pour la perfection qu'ils y apportent; elle est pour eux un véritable culte, et ils sont très fiers de leur incontestable supériorité. C'est d'ailleurs une danse qui ne manque ni de charme ni d'originalité; elle tient la première place dans leurs divertissements, et c'est la seule danse qui leur .ippartienne exclusivement.

Outre la GalUgada, et la Dati-a prima, les Galiciens pratiquent une autre danse qui leur est commune avec les gens des Asturies : la Miivneira, qu'acconip.ignc d'ordinaire la gaila, sorte de cornemuse dont les accords se- font entendre dans toutes les fêtes publiques et privées.

Dans la Vieille-Castille, dans llîstramadure et à Salamanque, on se livre ."i las Halms vfrdcs, danse populaire qu"accomp.ignent des couplets et des refrains.

Le mot Polo, comme celui de Segiddilla, s'applique aussi bien ;\ une certaine danse qu'aux cliants qui l'accompagnent. Ces chants, ainsi que les liranas, les roiidcnas, les olés, les tnalrtgueiias, les tonadas et d'autres encore, sont d'oritiine mauresque. Le baron Davillicr raconte une jolie scène de danse de Polo :

« Le chanteur, dit-il, promena un instant ses regards sur la partie féminine de l'assemblée, et chanta, après avoir regardé en souriant une des plus jolies majas :

Fen aca Mquiya Que u jundt medio Seviya!

Qut vamos a bailar un polo Que se junde medio Sn-iyal

/. I-: s i).\ Y .V /•: .s- /•; r h.wc /■: a /•; .v . :. ,-

I' \'i(.ns ici, petite, nmis .liions li-iiiser un l\)lo qui fcr.i crouler la moitié de Séville. '

•• Li niiijd que le luirlvio (cli.uiteur .uid.ilous) veii.iit il'.ippeler .'i l.i «.l.mse ét.iit une jeune fille d'environ vinsjt ans, souple, robuste et potelée, lille s'.iv.uiça avec ce Ixilancement de hanches plein de désinvolture qu'on appelle le iiiriuv, et se campa

LU F.XNDANGO

Daprcs le uihleau de Francùs. (Plmt. /..iiit\-iil, i M.i.in.l.

fièrement au milieu du patio, en considérant longuement r.assistance. Elle attendait

son danseur. Les castagnettes commencèrent à se faire entendre, accompagnées du son

joyeux des pandcretas , tandis que de leur côté les assistants marquaient la mesure

avec des ttalmadas, c'est-à-dire en donnant tour à tour avec les doigts de la m.iin

droite deux coups secs dans la paume de leur main gauche et en frappant les deux

mains ensemble; d'autres donnaient de petits coups de talons sur les dalles du palio,

ou les frappaient en cadence du bout de leur canne à épéc.

« Lx danseuse, mer\'eilleusement secondée par son cavalier, n'avait pas du reste

besoin de ces excitations; tantôt elle se tordait comme pour échapper à la poursuite de

I I t)\\sh: A TRW'KRS LES AGES

DANSE Fl'XEBkE l'ar U. 0<>rv. — Uravurc extraite Uu l'oyage en Est-igne, par le barun Ua\ illicr. {Iljchelte et Cie, éJit.)

son pnncnairc, tantôt clic semblait le provoquer en relevant et en abaissant tour à tour, à droite et à gauclie, le bas de sa robe d'indienne à volants qui flottait en laissant entrevoir un jupon blanc empesé et le bas d'une jambe fine et nerveuse.

• L'enthousiasme commen(,"ait à gaj^ner tous les spectateurs.... On prit alors un tambour de basque, on le fit résonner quelques instants, on le jeta ensuite aux pieds de la danseuse qui se mit .i danser autour de l'instrument en redoublant de verve et d'aj^ilité.

• Bientôt les deux danseurs, épui.sés, hors d'haleine, allèrent tomber sur un des bancs qui garnissaient le ptilio.... »

Ix- mot de Cihlmclkt s'applique à une danse nationale espagnole, mais on désigne aussi par ce mot tout ce qui est frêle, joli, gracieux. Le quatrain suivant explique d'ailleurs le sens que les Espagnols y attachent :

SU Mchucba, por la mar A tcdos fienlos caniina.

Ptro niinca t\i wfjer Que cuando tu dt Mina.

La Cachiicha est dansée, selon Blasis, par un cavalier ou une dame .seule, sur une mesure de .^4, mouvement modéré. « Le danseur augmente peu à peu la rapidité de ses pas et le bruit des castagnettes qu'il tient enfermées dans ses mains. L'air en est

/./•;.v />.IV.S7:.S KTN.WCKRKS.

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