LA PAVANE
r>'npri.-> le t.iMcaii Je G.irriJti
LA /).i\.s7; Mon/: km:.
Eli frt'ct, les murs L-t;ùcnt entièrement ttnJiis de nattes tines; p.irtoiit s'accrochaient les kdki-moiios peints sur soie ou sur papier de ri/, où se dressaient de t'arouclies -guerriers, où souriaient des tenimes aux sourcils réj;idiers, vêtues de soies bleues ou roses, où, à travers une étrant^e floraison, voletaient des libellules. Certaines salles étaient de véritables musées ethnographiques où se tenaient, accroupies sur des nattes, des dames nobles aux robes blanches ramaijées de glycine et de lotus, où des poètes écrivaient tandis que des oiseaux se répandaient autour d'eux.
Puis c'était une pagode avec sa jiorte d'or, où sommeillaient des idoles aux jambes repliées, entre des potiches rares et le mystique lotus. Sous les clartés lunaires de la lumière électrique, .'i travers la féerie des sanctuaires du bouddhisme, tout un peuple circulait émerveillé, à coté de dragons convulsés, sous des arceaux de feuilles et de fleurs, sous les palmiers de la serre, se dirigeant vers la salle de spectacle où les grondements d'un gong aimonçaient le lever du rideau. Le jeune comte de la Rochefoucauld, déguisé en prince impérial du Japon , était vêtu de satin bleu foncé brodé d'arabesques et d'oi- .seaux. Mme de Munkacsy assistait à la fête en Japonaise : coiffée d'épingles à têtes brillantes, elle portait une jupe de tulle blanc ornée d'une bande à lames colorées. D'autres dames avaient des robes de cour en satin et en crêpe de Chine, des couronnes de fleurs de lotus, des étoffes royales aux ornements héraldiques. Et c'était un enchantement. Les hommes portaient des pantalonscou-
\.E .ME.NLET leur d'émcraude, bleu cela- UaprC-s k- tableau de r.arrido.
/. I ItAXSK A rH.i\t:iiS LES A(Ui.s.
lion, viulcis, ruu^cs, qui tmicluicnt avec les nuatico dclic.itct> do (uilctics fcininincti. ( )n ptuimit cncurc incntiumicr plus «l'un bal donné par la princesse de Léon, la comtesM. lit Muntigny, le nénéral de Cliarrelte, la vicomtesse de Gilly, la marquise de Castellane, la comtesse Branieka, Mme de Meredia, Mme de Pounalès. Ij fête, entre autres, que M. Gaillard offrit A ses amis dans son majjniiîque château de la place Maleslierbes fut une véritable féerie dont on parle encore avec le regret de ne plus voir revivre de pareilles soirées.
Nous avons vu que le Quadrille, n.nguère si florissant, avait presque entièrement disparu de nos s;ilons. En revanche, voici que les vieilles danses de cour reprennent faveur, ramenant les bonnes traditions de grâce et d'élégance di-s derniers siècles. C'est ainsi que le Menuet et la l'avane ont fait leur apparition depuis quelques années dans quelques grandes maisons.
\os auteurs dramatiques ont souvent restitué la Pavane dans leurs pièces : c'est aniM qu'on a pu la voir danser dans lu Jeunesse du roi Henri, dans le ballet de Pairie et dans celui d'Hgnionl.
Les b.ils de l'Hospitalité de nuit se sont toujours distingués p.ir leur belle tiiiui ii leur recherche. Us ont fait pour un instant revivre à nos yeux les élégances raflinées du xvni'" siècle. Ainsi avons-nous vu reparaître, en i ■'{<'{(), un de ces • bals de bois » qui, en 1745, lors du mariage du Dauphin avec Marie-Thérèse d"Esp.igne, firent courir tout Paris. A cette époque, les échevins, pour éviter l'.igglomération du peuple aux fêtes du mariage, avaient imaginé de le retenir sur divers points en organisant des bals en plein air. Un des plus élégants fut construit sur la place des Conquêtes (la place Vendôme actuelle), et c'est ce « bal de bois » que l'Hospitalité de nuit reconstitua. La copie était fidèle, et, pour rendre l'illusion plus complète, Mlles Reichemberg, Baretta, Broisat, Bartet, Martin, Tholer, Durand et Feyghine, de la Comédie-Franç;iise, y parurent en atours de dames de la cour de Louis X\'. Des p.iges circulaient dans la salle et des gardes écossais, vêtus de la livrée blanche de la maison de Irance, étaient campés fièrement au long des escaliers.
Ce fut une véritable évocation des gravures de Moreau le jeune.
Au palais de Fontainebleau, un bal costumé du xvi' siècle eut lieu dans la galerie Henri II et dans la salle des Gardes, à l'occasion d'une fête de bienfaisance. Ce fut vraiment une ingénieuse idée, et aucune fête ne fut plus réussie que celle-ci. Elle donna l'impression complète d'une fête de la Renaissance. On y vit reconstituées la Pavane et la \'olte, les belles danses de la cour des Valois.
LA i)A.\si-: MoniiliM-:
Ainsi qu'il ost prescrit dans VOrclxsograpbic du bon chanoine de I.anijiLS, la Pavane fut accompagnée de la chanson qui était de ièi;le autrelois, et dont nous donneiDiis seulement le premier couplet en sa i;ràce naïve à titre de curiosité :
Belle qui tiens ma vie Giptive en tes doux veux, Qui m'as l'Ame ravie D'un souris gracieux.
Viens tôt me secourir.
Ou me faudra mourir'.
Ce sont justement ces essais qui séduisirent les gens du monde et leiu" inspirèrent l'idée de taire danser, eux aussi, ces vieilles danses dans leurs salons. Chez la marquise de Castellane, chez M. Gustave Droz, de brillantes têtes eurent lieu, où les dames poudrées et lés hommes portant la culotte courte dansaient le Menuet de la cour et le Pas des Archers. Puis le Cotillon s'ouvrait par le « Salut de la cour ». Ciiez la vicomtesse de Gilly, chez Mme de Saint-Aignan et chez Mme la comtesse d'Hnval, c'était le Menuet gracieux. On entendait un peu partout les menuets des maîtres, ceux de Mozart, dilaydn, de Ikethoven et le chef-d'œuvre du genre, celui d'iixaudet, et les gavottes qui tirent fureur .sous le Directoire, jolies gavottes lentes de Gliick dans Aniiide et dans Orphée, de Grétry dans Ccphalc cl Procris et dans Panurge.
Ailleurs, chez Mme de Marinval entre autres, c'étaient de véritables soirées I.Duis X\', où, aux accords de l'orchestre de Léon Guyot, les couples dansaient le Menuet
I. L'air plutôt solennel qu'enjoué, rappelant un des modes du plain-chanl, a été- transcrit par M. Wekerlin dans les Éclioi du temps passi', d'après le texte de i'Orclxsographie. Nous avons eu la bonne fortune de pouvoir le domier à nos lecteurs au début du volume.
.,. /..,,>- , iRAVlih^ i.h.s AGES
VI \i Gavotte, que tcriniiuit le Cotillon avec vi Sitirclx indiniw. Chtv. la conucssc de Montlu/on, clicx la comtcs&c Je Villiers, les dames, en panier» et venu|;adin.s, se livraient au Mciuiet soas un immense arc de triomphe tout en Heurs.
Ailleurs on cherchait à remplacer le Cotillon par les vieilles danses connues sous le nom de Branles, et dont nous avons parlé à propos des danses du moyen âj;e. On étudiait les Branles de la Bretagne et du Poitou, les Branles des Livandières, des SalxiLs, des Chevaux, de la Torche, de la Moutarde.
Dans une fôte donnée en un somptueux hôtel de la rue Sainte-Apolline, et où toutes les dames étaient en costume lojuis XV, le Cotillon, avec une série de fij^ures du temps, se termina par une promenade en chaise i porteurs. L'Iiotel, qui est lui-même du plus pur I.t)uis X\', avec ses boiseries et ses plafonds du temps, était d'ailleurs un cadre merveilleux pour cette ré-surrection du siècle dernier.
Ailleurs encore, un bal costumé restituait à nos yeux les détails d'une fête fameuse donnée par MM. de Duras et de la Ferté pendant le carnaval de I7-M.i. Chez la comtc"s.se de Qnirval, c'était la confusion des époques : la maîtresse de la maison portait un costume Henri II de la plus grande richesse, les invitées étaient déguisées en m.igiciennes, en pierrettes, en incroyables, certaines portaient des costumes copié-s sur les tableaux de J.icquet. Le .Menuet était dansé par une vingtaine de femmes en bergères Watteau, qui reproduisaient ainsi un épisode du - b.il de M.iy ». Les hommes avaient revêtu le costume vilLigeois de la fm de Iajuîs X\', culotte vert d'eau et pourpoint lilas.
Puis c'était la vieille Sarabande qui revivait dans un salon de la rue de Lisbonne, ou bien la fcsia de las flores, chère aux Espagnols de l'Amérique du Sud, que l'on tentait d'acclim.iter ;\ Paris.
Ainsi ressuscitent les unes après les autres toutes les danses anciennes : elles forment dans les réunions mondaines des intermèdes pittoresques, artistiques, sans lesquels il n'y a plus aujourd'hui de bal vraiment élégant. Quoi de plus charmant, en effet, que des couples parés exécutant une Courante, une Gaillarde ou un Pa.sse-pied!
Cette dernière danse, une des plus gracieuses, est .souvent exécutée par des dan.seurs vêtus d'un costume moderne : mais alors les cavaliers portent l'iiabit de couleur et la culotte courte; les danseu.scs sont en blanc.
Comme aux temps où le Branle était mené autour de la grande salle seigneuriale, une belle dame le conduit encore, et chaque couple suit en mesure, portant le brandon ou le flambeau allumé.
On a revu au.ssi la • danse des épées • après une Gaillarde. Comme autrefois, les cav.iliers se sont placés en face l'un de l'autre, ont tiré leurs épées, les ont élevé-es, puis
i..\ n.wsr: M(ii)i:ii\i:.
les ont inclinéc-s un pou l'une vers r.uitrc pour les réunir p.n- la |H)inte. lu les danseuses ont passé sous les lames flamboyantes, comme dans la ligure ihr quccu oj suwils.
Chez la comtesse des Allains, des jeunes tilles ont dansé sur l'herbe les vieilles Caroks, qui sont des rondes accompagnées de chansons, et qu'elles ont exécutées, comme l'exigeait la vérité historique, sans cavaliers et en costume du xm" viècle. Aimable idée, qui diversitiait de la — manière la plus intéressante ces « bals blancs », d'ailleurs si gracieux, qui sont partout si tort en honneur aujourd'hui.
Ce même goût pour la reconstitution des danses anciennes se retrouve à l'étranger. En Russie, dans les salons aristocratiques, on tait revivre l'antique HorcnvJ. L'Hi'ioiwl a même été arrangé en quadrille français, à Saint - Pétersbourg, par le maitre de b.illet Bogdanotf.
En Allemagne, hFalkellait:^ou danse aux flambeaux, dont
la tradition remonte très haut, est encore en usage. Elle tut exécutée en ces dernières années au mari;ige de la princesse Marguerite, sœur de Guillaume II, avec le prince Frédéric-Charles de Hesse. Le Figaro nous en donne les détails.
« Après le dîner, commencé .i six heures, i la salle des Clie\.uieis, la cour et les invités se sont réunis à la salle Blanche, hi plus grande salle du château, qui suffit à deux mille personnes. L'Empereur, l'Impératrice, ainsi que tous les princes et princesses
tX BAL D ENFANTS
D'aprcs une aquarelle de lloulel Je Munvel. (Extraite de l'album • Nus enfants •, //ji/iW/i- 1/ i U;<:.tilciiis.
in LA D.WSi: .1 TU WTfif! LES .\i,Ls.
des deux familles, se placèrent sur une estrade, au fond de la salle, pendant que le prand-marîx-lial de la cour, comte d'Kulenburp, et de lunnbreux chambellans en brillant uniforme s'empressèrent autour d'eux.
• \x coup d'œil de la s;Ule ou de la galerie réservée A quelques centaines de spectateurs privilégiés était ma);nifique. Ixs colonnes de marbre, les statues des douze l'ilecteurs de Brandebourg, les tableaux et les décorations, trt-s artistiques du reste, de la salle formaient un cadre des mieux réussis pour celte brillante assemblée.
€ Vers neuf heures, l'I-mpereur ordonnait au maréchal de la cour de commencer la danse aux flambeaux. W. le comte d'Hulenburg, avec son jjrand bâton de maréchal à la main, .se plaça au milieu de la salle. Derrière lui s'alij;nèrent, deux par deux, par droit d'ancienneté, les douze ministres,
« M. le chancelier de Caprivi, le ministre de la marine et les autres ministres de l'Empire sont exclus de la cérémonie, qui est exclusivement prussienne. Cependant ils .sont li, élisant briller comme les autres leurs splendides uniformes.
« Douze pages, jeunes, jolis, pimpants comme des pages d'opéra, entrent gravement par une porte latérale, .sous la direction de quelques chambellans. Ils portent des torchères en argent ciselé, avec des gros bouts de cierges blancs allumés qu'ils remettent aux douze ministres. Le maréchal de la cour lève .son bâton : l'orchestre, sur la galerie en face de l'Empereur, commence lentement une polonaise fort harmonieuse.
« Les nouveaux mariés se sont placés à la suite des douze ministres, qui font un tour dans la salle; quelques chambellans ferment le cortège, qui s'arrête devant l'Empereur. Li jeune mariée fait une légère révérence, l'Empereur se lève et lui donne le bras; le cortège décrit de nouvc.ui une ellipse dans la salie. En revenant, le marié invite l'Impératrice et fliit avec elle un tour dans la salle. Puis les douze pages s'approchent et reprennent leurs torchères et remplacent les ministres. La danse continue.
" Cette fois, c'est le jeune marié qui invite sa mère, la landgravine de Hesse, et la duchesse de Connaught. Puis c'est la mariée qui fait le tour avec deux princes. Et ainsi de suite, jusqu'à ce que tous les princes aient fait un tour avec la mariée, et toutes les princesses avec le marié. Si ce n'était la variété infinie et la riche.sse des co.stumes et des uniformes, ainsi que l'allure plus vive de la musique, la cérémonie deviendrait un peu monotone. Mais les douze pages sont réellement ravissants et marchent avec l'entrain de la jeunesse. Ils sont beaucoup admirés; leur succès e.st complet.
« A dix heures, la danse est terminée. Les pages s'arrêtent une dernière fois devant l'Empereur, qui se lève. Le couple impérial, tous les princes et toutes les princesses se rangent derrière les pages pour conduire les jeunes mariés à leurs appartements. Dans
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<orii.i-o\ .mdijkrm;
Daprcs le tahicau Je 11. Tenrc. iP/i»/. Je liiJiin, t'Iciiicnl cl Cic.
la Jurande salle qui leur sert iranticliambre, les douze pages se rangent devant la porte de ces appartements. L'Empereur, l'Impératrice, les princes et les princesses .se rangent des deux cotés, livrant pa.ssage au jeune couple qui disparait dans la porte de ses appartements.
o La cour retourne à la salle Blanche, où la première dame d'honneur de la mariée distribue à tout le monde les morceaux de la jarretière de la nouvelle épousée. Il y en a des corbeilles toutes pleines. Ce sont de petits nœuds de taffetas rouge et blanc, avec les initiales de la mariée brodées en or et argent. »
Guillaume II a restauré à la cour de Berlin le cérémonial et l'étiquette dont son grand-père ne se préoccupait guère. Un contrôle sévère s'exerce aux bals de la cour, où la Valse n'est plus admise depuis qu'un cavalier maladroit fit tomber une princesse royale. Chaque année, l'Empereur désigne deux officiers pour remplir durant toute la saison les fonctions de maîtres de danse, c'est-à-dire qu'ils sont chargés de l'organisation des bals de la cour. On essaie d'y introduire le Boston, et l'on s'y trouve encouragé par l'exemple de la cour de Wurtemberg où la Yiûsc et le Boston font flireur. La cour de Schwerin a les mêmes préventions que la cour de Pnisse contre la Valse; on s'y adonne à la Gavotte, au Menuet et au Quadrille des lanciers.
/, I />I,V.S7; A TRAVERS LKS AGES.
l .iiii-il nuintcnnnt faire place i quelques invcniions chortgraphiques plus étr.i»ncs que séduisantes? En Amérique, on a imaginé, sur les voies ferri-cs, le Dancing-tar : il fallait bien occuper les longs loisirs du voyage de San Francisco à New York. Donc, pendant que le train filait i toute vapeur, on dansait dans un wagon très éU-gamment di-coré et brillamment illuminé; les femmes portaient à ces réunions de ravivsantes toilettes, qu'elles avaient a-vétucs dans les drtssing-rooms dont étaient pourvus les trains.
Nous avions à Paris le bal incolxrfiit, où un écriteau défendait de • s'ennuyer sous peine d'amende ». L'incohérence y ré-gnait partout : Métra, par exemple, l'un des chefs d'orchestre, portait une blouse blanche, avec tout l'attirail des ,\donis de faubourg. Dans un effroyable tourbillon pa.ssaient des masques extravagants, macabres, abracadabrants. Tout ce que la fantaisie délirante peut concevoir était représenté dans ce bal étrange, depuis des nourrices barbues, des clowns de cirque, des polichinelles, des pompiers préhistoriques, des gendarmes extraordinaires, des Anglais ébouriffants, jusqu'au général Bjnaparte avec son chapeau légendaire et sa redingote grise, escorté par des invalides invraisemblables.
Des b.ils officiels qui .sont donnés soit à l'Elysée, soit à l'Hôtel de Ville, nous ne dirons rien : le pittoresque n'y peut guère trouver place. Les mécontents se plaignent que la foule y .soit parfois trop compacte et, çà et l;\, l'étiquette un peu négligée. Serait-ce à dire qu' • une démocratie n'a ni le droit ni la (iiculté d'exiger de tous ses invitt-s un brevet de distinction »? .^ d'autres d'examiner la question. Ce ne sont point là nos affaires.
IN DAL PENDANT I.E CARNAVAL. — I.A SAI.I.E Ml'SARD D'après unc'litho)(raphie de Coindrc.
l> UAl.l.Ll A 1, Ol'LliA. — AKAbtSC^ll !>
Dessin de P. llcnouard. j,'r;ivc par Florian.
CÎL,.
LES GRANDS BALLETS MODERNES. — LES CLASSES DE DANSES A L ACADEMIE NATIONALE DE MUSIQUE. — LES DANSES SERPENTINES.
U'S avons vu naître le ballet, nous l'avons suivi depuis ses vagues origines jusqu'à Rome où, développé sous l'impulsion de Pylade et de Batiulle, il passionne tout un peuple.
Cependant nous ne pouvons avoir la prétention d'établir aucune comparaison entre les scènes mimées en vogue i cette époque et celles que nous désignons de nos jours sous le nom de " pantomimes ». En France, au moyen âge, le ballet s'est appelé mascarade ou inoincnc, et ne s'est modifié de façon bien évidente dans le sens de nos ballets actuels
A LA CLASSE DE DANSE DE I. OPEHA Croquis de Paul Kcnouard.
y i ;*.i.v.v/i .1 r/Mi/.A'v //-s i,;r\
ijiK i :; L-lilitniit. ilt McJkis. StJUS Henri III, Minri IV f " \IM,
«.cttc tendance était ut)a suiblc.
A partir du xvii* sicclc-, continuant .1 emprunter ses sujets à la niytho- It>gic, le ballet pas^iionne la cour, (.1, pour ajouter i b pompe du spectacle et à l'illusion théâtrale Jans la représentation des sujets merveilleux, nous le voyons recourir aux machines.
Alors des prodiges scéniques s'accomplissent, des dieux descendent sur la terre, on entend la tempête, on voit les mouvements de la mer. La musique, de son côté, s'att.iche déjà à suivre l'action de plus près. Mais ce n'est point encore le véritable ballet-pantomime ou ballet d'.iction, tel que nous l'entendons aujourd'hui : la poésie et le chant y tiennent autant de place que la danse. D'autre part — nous l'avons vu — le ballet français ne peut vraiment dévelopiKi sun >..ii.i..t(.n. de spirituelle et libre noblesse qu'après l'abandon des ni;usques et des tonnelets.
C'est dans le second quart de ce siècle, à l'époque des Rossini et des Meyerbeer, des Auber, des Hérold et des Adolphe Adam, que le ballet prit définitivement la forme qu'il a gardée depuis. En même temps, l'art si important du machiniste s'ess;iyait i des procédés nouveaux. C'est ainsi qu'en iM.>5, dans l'Ile des Pirates, de Nourrit, on vit, pour la première fois, un navire apparaître sur la scène tranforinée en océan.
Nous ne pouvons rappeler ici tous les ballets qui ont été représentés depuis cette époque, ni nous étendre sur toutes les innovations scéniques. Nous nous bornerons à citer quelques-unes des œuvres qui furent le plus remarquées lors de leur apparition, et .1 .'ignaler les brillantes étoiles dont l'éclat resplendit un instant sur la scène.
AVANT I.A DANSK l>'aprc^ le tablciu Je .Mme de Tavcrnier.
i..\ n.wsK .1 r /'///;. i tri:.
(' C'est seulement chez nous, a dit Théodore de H.invillc, qu'existe l.i vcril.ible école classique où la rigueur et la correction n'excluent pas l'originalité, où l'on se soucie du rvthme et de la grâce, où l'on se souvient qu'un pas dansé est l'image même d'une ode.... »
Ce charme et cette correction classique, nous les trouvons chez toutes nos danseuses, '6illiouettes exquises, apparitions légères, surgissant au milieu d'un éhlouissement triomphal pour s'évanouir trop vite, hélas!
En !•"!-} I, Carlotta Grisi, étoile nouvelle, se distinguait dan ' ' niant hallet de Gisdle ou les ll'illis, dont Théophile Gautier écrivait le livret, .*\do;[MK .uiam la musique, et dont Coralli réglait la chorégraphie. En if^4.\ elle triomphait encore dans /</ /W/, de Burgmuller.
Je ne signalerai que pour mémoire le ballet de la Jolie fille de Gtiiul, dans lequel, au mois de janvier 1S45, parurent trente-six danseuses viennoises dont la plus âgée avait douze ans et la plus jeune cinq, u On tît bonne réce)nion à ce pensionnat d.msant, raconte Ch. de lîoigne, petit bataillon de troupes légères admirablement disciplinées , manœuvrant avec un ensemble, une précision qui faisaient honte aux évolutions désordonnées du corps de ballet. Elles exécutèrent VAIleinaiule, la Hongroise, le Pas lies fleurs, d'un pied aussi correct qu'intelligent.
" Ces enfants, vêtues de jupons courts, affublées de rubans, attifées, fardées, enluminées comme des danseuses plus que majeures, s'agitaient, se passionnaient tellement pour plaire au public, pour enlever les applaudissements, que l'on se sentait entraîné i leur pro-
^kJUfiTK :.^
DANS I.A iiiU.innh. — Lhs 1>|-,KM1-K? l'KLI'AKA I II S D'aprcs tin t.iblc3u Je f.irricr-llcllciisc.
Ji(;ucr vc!» bu «.Uc^ «iitaictil m a\iii«.ï. Cl ^uc luii tluuil UcUo, ce que l'un ûi-
Mit dire ne nutxiu pj:> à leur succès. Mme Weiss, la directrice, la générale, était aus!>i leur mère. HIK ihandonnait ni jour ni nuit; au couvent même, la sur\'eillance
ii'eM pas pluN .uuM, \,i morale n'est pas plus sévère, les soins ne sont pas plus maternels. Seulement, au couvent, la danse tient moins de place dans l'éducation.
• Un médecin allemand et juif était attaché h cette petite colonie juive, car danseuses, directrice et maître de KiUet, tout ce monde-là était luif. Ces détails que l'on faisait circuler excitaient un intérêt général. Les petites juives furent i la mode deux semaines au moins et, grâce à elles, l'Académie royale de musique conquit de nouveaux habitués : les enfants de huit à dix ans.
« Les danseuses viennoises ne firent pas seulement sensation sur les planches de l'Opéra; elles devinrent le signal, le prétexte d'une mesure administrative, d'une réforme qui restreignit les libertés du théâtre. Le bruit de leur succès avait retenti jusqu'à la cour; la Muette de Porlici allait être représentée aux Tuileries, et l'on comptait sur ce petit monde d'artistes pour compléter, rajeunir le divertissement.
• Mais, tout à coup, un scrupule vint à M. Duchàtel : ces petites danseuses n'avaient p.is fait leur première communion! On objecta vainement — et l'argument était assez concluant — qu'elles étaient juives. L'austérité religieuse de M. Duchàtel maintint son veto, et les danses des petites Viennoises furent mises à l'index. On ne s'en tint pas là :
i NE i;Ton.E D'après le paslcl Je I>cKas. I Music du Luxembourg.)
/. I h.\ V.S7-: .1 1 Tiii: \ tri:
I. ECOLE DE DANSE D'aprùs le tableau de Palmaroli. {Arec mli'risation Je MM. lioiissoj, Maiizi, Joyanl cl CU% êjil.-frnfrj
M. Duchàtel lança les foudres de la censure contre tous les enfants admis dans les pièces de théâtre, oubliant que le i" août 1841 il avait signé, comme ministre de l'Intérieur, le cahier des charges de l'Académie royale de musique, qui << exige douze enfants, « moitié filles et moitié garçons, pour les chœurs de la danse. »
Mais revenons à nos ballets.
Beaucoup de ceux qui liront ces pages ont connu Sauu-Léon, savant chorégraplie, maître de ballet des plus appréciés. D'abord violoniste distingué, il ne se livra avec ardeur ;\ l'étude de la danse que par amour pour la gracieuse Cerrito, qu'il épousa. La Cerrito passionnait le public par sa danse exquise; Saint-Léon le charmait par .son talent de violoniste en même temps que par la noblesse et la di.stinction de ses pas. C'est pour lui-même et pour elle qu'il composa les ballets du Fioloii du Diable (\'\ yî). de Stella on les Contrebandiers (iS5o) et de Pâquerette (i85i).
Celui de tous les ballets des premières années de l'Empire qui obtint le plus grand succès fut le Corsaire, d'Adolphe Adam (i856) : on en admira non seulement la mu-
^^^. MvjUL, IIUI.S uiuiiis effets •ausi.v'uiiu ùc iui.sc en wôic. La cliorc-
^' '^ • iphic en avait ^té rcjjlcc par M ' ' encore celle
' f '' ., du comte Gabrielli ^l' v;, ci uc Mauo SpaJa, .i Aiuxr (l".'-'
Sipuloti^ uv l'itiN, |H-ndant la mi-me période, le ballet
ountala, de Théophile Gautier et d'Hrnest Rever(iH5H),
. ..;t dansé par la Terraris, et celui du Papillon, d'Oflen-
. . .1, qui fut créé par la pauvre Emma Livry. On sait quelle fut
I / la Jîn terrible de cette infortunée danseuse : pendant une répé-
^ tition du divertissement de la Miidte, ses jupc-s prirent feu,
elle fut enveloppée par les flammes et succomba après la plus
longue et la plus cruelle agonie.
En iJWi!), Léontine Beaugrand, après avoir con-
quis tous ses grades dans les classes de l'Opéra, débutait dans le ^^ ^
trio chorégraphique du troisième acte de Guillaume Tell, et c'est -^^^^C-~»~^
;\ dater de ce jour qu'on la distingua. « Avant qu'il stiit long- J
temps, écrivait Gustave Ik-rtrand, le public aimera cet
étrange profil d'oiseau cfllirouché, et la critique devra .^^r
compter avec ce talent qui prend .son e.ssor. » Or, à cette
époque, elle n'était pas encore en pleine pos.scssion d'elle-même.
C'est en 18O7, lorsqu'elle dan.sa le ballet de Don Carlos, que
sa réputation fut définitivement con.sacrée : « Elit ne danse plus,
écrivait à ce propos Victor Roqucplan, elle vole. »
Vers la même époque, de nouvelles étoiles se lèvent au fir- '^ i- opéra. — salits
CriKjui» de Paul KcnouarJ.
manient théâtral : Mlle l'ioretti et Mlle Fiocre, dont le succès fut
. - éclatant. A la fin de l'année suivante, M. Ch. Nuitter, aujourd'hui
.y-.,-— >-.^ bibliothécaire de l'Opéra, imagine le ravissant ballet de
^ /(/ Sonia-, réglé par Saint-Léon et mis en musique par r," -i^ ' •''^ Léo Delibes et Minkous. Là, dans une ovation enthou- / siaste, apparaît Mlle Salvioni. « C'est la vraie danseuse
italienne, forte et hardie comme une amazone, dit Paul de Saint-Victor, dardant ses pointes comme des flèches d'acier. Elle excelle dans les pas scabreux, dans ces attitudes véhé- À é'opV:»»». — ARABESQiE mcntcs qui font penser au dessin violent de la peinture flot riouard. rentine. »
LA DAXsi; Ar Tiir.ATRr. rô.>
C'est encore à M. Nuitter qu'est du le livret du Killet de Copfk'lin, représenté pouila première fois le ^5 mars 1H70. On sait quel tut le succès de ce ciiarmant liallet, dont Léo Delibes composa la musique, succès interrompu par l'invasion. Le l'i octobre iî!~i, on reprenait Copfviiii; mais le principal rôle n'en était plus tenu par la créatrice, la petite Bozzacclii, enfant de seize ans, fleur cliétivc que la maladie aussitôt emporta. Mlle Beaugrand la remplaça, et ce fut pour elle l'occasion d'un triomphe. F.lle avait tout
l\ I I \--l lif-, MAIllMUlSIil.I.l; rilliolU'Ki; A LtH'KKA
Dapril-s le tableau de I^iiirenl-Desroiisseaux.
pour elle, le scntmicnt du rythme, la s;ràce poétique et rèvcu.se, des jarrets d'acier et des pointes de diamant. « C'est l'héritière de Carlotta Grisi, » s'écriait Théophile Gautier.
Le premier ballet nouveau qui fut donné après les sombres jours de i">70 est encore de .\L Nuitter. C'est Gntm-Gnrn (187.^), dont la musique était de Guiraud, et que régla Mérante, successeur de Saint-Léon. Mais la salle de la rue Lepelletier devient subitement la proie des flammes, et ce sinistre en interrompt le succès.
Le 5 janvier 1875 est inauguré le nouvel Opéra de .\L Garnier. C'est l.'i qu'est représenté, le 14 juin 1876, ce beau ballet de Sylvia, que Léo Delibes écrivit pour Mlle Sangalli, et où il sut donner un libre essor à son talent.
En 1877, l'Opéra monte avec un lu.\e inouï /<• Fandango, réglé par Mérante. La
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/ 1 it.wsr: .1 T/f.tr/;//.s i./:s âges.
niusiiiuc lie Cj.iMuii S.iiv.jyrt liiiistr.iii un iibrttto de Mcilliac vi H.»li\y. I„i h-iik ilc- l.i ftic fut encore Léontine Ik-au};rand, qu'cntounicnt, comme danseuses du premier quadrille, Mlle Sanjjalli, Mlle Fatou, Mlle Piron. Mlle Monclianin qui, à dix-sept ans, brillait dé-jA au premier ranf{. Li troupe des bohémiennes (coryphées) était conduite par la blonde et sérieuse Mlle Subra, presqu'une enfant alors. Le premier danseur Vasque/ se fît, lui aussi, beaucoup applaudir. Hn iM'j;, le ballet ii\i[lùiihlango fut repris, .Mlle Subra remplasait Mlle Beaugrand qui s'était retirée prématurément de la scène. Mlle Subra est toujours une des plus grandes étoiles, une des déesses de la danse française. Elle a la grice et elle a la mesure, elle a la distinction et le charme, elle continue parmi nous les traditions d'élégance et d'esprit des meilleurs classiques. Elle rappelle Fanny Essier et Mlle Ikaugrand elle-même, ;\ laquelle elle succède. Aussi bien, personne n'a-t-il oublié le charme prestigieux de sa danse, principalement dans Copfvlia et dans la fête du printemps de Hamlcl.
Sous la direction de M. \'.uicorbeil, MM. Philippe Gille et Arnold Mortier composent le ballet de la FaramUc, musique de Th. Dubois, véritable triomphe pour Mérante.
Chorégraphes, musiciens et décorateurs ont donné à l'a-uvre une telle couleur, que c'est vraiment, Jirait-on, sous le soleil de Provence que l'action se développe.
Depuis longtemps, le japonismc hantait les auteurs du ballet, et déjà les bals costumés aux Tuileries, sous Napoléon III, et ceux du duc de Morny avaient permis d'admirer des costumes japonais à la beauté bizarre, que l'Exposition de i"%7 avait encore contribué à mettre en lumière.
En 1879 seulement, Philippe Gille et Arnold Monier réalisèrent le projet qu'ils avaient conçu depuis longtemps, en donnant à la scène le mer%eilleux ballet de Ytdda,
EXERCICE A LA B.VRRE , .,, . • • 1
^. , . . , ^ ^ o „ dont Métra écrivit la musique.
D apri;« k tableau de Carrier Belleuse '
Al h.wsi: M Tiii: 1 iKi:
Mlle S.ini;.iHi en niim.i et en ilan>.i dans la perfection le premier rôle, et Mlles Sanlaville, l'atou, Piron, Monchaniii y obtinrent également le plus vif succès.
Dans le courant Je la même annéx-, à la reprise du ballet, la sémillante et fiintaisisteRositaM.mri, revenant d'Italie, se fit .'i son tour acclamer dans le rôle de Yedda.
Des spectateurs tels que le prince de Galles, MM. de Metternicii, de Massa, tout ce que Paris compte d'éminent dans l'aristocratie et dans l'art, donnèrent le signal d'enthousiastes bravos. Désormais notre Opéra devait la retenir, les Parisiens l'aimaient. Ils le prouvèrent maintes fois. En 1882, dans la reprise de la Farandole, elle ne pouvait ceindre sur sa coiffe d'.-^rlésienne les couronnes que l'on ramassait à ses pieds. On lui doit encore, depuis ces retentissants succès, les créations de In Tenipclc, de la Koni^aiir et de la MalaJitla.
Nous arrivons maintenant à des chefs-d'œuvre chorégraphiques plus récents qui marqueront certainement dans l'histoire du ballet, mais tous ne sont pas de création française et n'appartiennent pas à l'Opéra.
Signalons en cette mè-me année i8«S2 les [représentations, malheureusement trop peu nombreuses (car le succès ne répondit ni au mérite de l'œuvre, ni aux espérances des connaisseurs) du ballet de Nainoiina, dont .M. Xuitter avait composé le spirituel livret, et Lalo la musique charmante. La danse de Petipas y était pleine d'entrain; Rita Sangalli était délicieuse dans le rôle de Xaniouna, et Mlle Subra, étourdissante. Mérante tenait avec élégance le rôle d'Ottario; Pluque se distinguait en lorban empanaché. Et quels costumes! Sangalli, vêtue en Moldo-Valaquc,' était toute blanche pailletée d'or,
l , l'KL.MILK .SI Jl.l D'aprts le l,nWeau de Berlicr. (Pliot. Bijun, CUiiu-nl cl l'u-.»
LA /i.l.V.V/i .t TI<.\\J:I<.s LUS AGES.
avec vuilc ctinccUni et ubiicr brodé d'argent rrjn|t;é de «oie roM.-. Inverni/j;i portait la dalnutique grecque en velours vert rehaussé d'or.
Au reste, de nouvelles influences allaient encore, à cette époque, contribuer à augmenter la splendeur de nos ballets
Mn |H83, le ballet d'ExcfIsior, de l'Italiin Man/otti, inaugure le théâtre de l'Hden. La mise en scène en est mer\eilleuse, et, en dépit d'une orchestration vulgaire et
bruyante, il excite l'enthousiasme, grâce au talent de Mlle Laus, de la Scala de Milan.
Manzotti, encouragé par ce triomphe, donne en 1M84 un nouveau ballet. L'action, empruntée à une lé-gende Scandinave de l'an 640, nous transporte dans le royaume enchanteur de Thulé. Le succès de Siéba est aussi éclatant que celui à'Excehior. La Zucclii y révèle une danse nouvelle, brillante et enfiévrée, qui fait courir tout Paris.
Que dire maintenant, pour revenir à notre école française, de la Korrigane, de irançois Coppée et deWidor ; des Deux Pigeons, de Messager, de la Maladetta, de l'Étoile} Nous ne pourrions ici que répéter les éloges dont on a comblé de toutes parts les auteurs de ces œuvres aimables et leurs brillants interprètes.
Rappelons qu'à l'occasion de la Korrigane on put constater une fois de plus combien il est difficile d'innover au thé.itre. Lorsqu'à la première répétition on mit sur la tète des demoiselles du corps de ballet les coiffes, si gracieuses pourtant, des paysannes bretonnes, ce lut un grand émoi, quelques-unes fondirent en pleurs, d'autres s'écriaient avec indignation : « Nous aurons l'air de bonnes ! » Elles se résignèrent enfin, mais après combien
I.A ZlCClll DANS LE BALLET DE « SIEBA » D'aprcs le labîcau de Clairin.
LA n.wsK .1 r nu: A tke
CLASSE DUS CORYl'ltUtS A I. UI'liUA Daprcs le dessin Je l'aiil Kcnouaril. (.Viisir .(« /-H.VfiiifoHi;,'.)
d'exhortations! Le succès Je la " première » répondit victorieusement ;i leurs craintes.
Comment arrive-t-on à mettre en scène un ballet ? lit comment se rèj^le, dans une telle œuvre, la collaboration du librettiste, du chorégraphe et du musicien?
Voici à ce sujet quelques renseignements que je dois à l'obligeance de M. Xuiuer, le savant bibliothécaire de l'Opéra.
« Le librettiste, me dit-il, écrit le livret de son ballet. Ce livret décrit l'action, mais ne contient aucune indication sur la partie purement chorégraphique. Le chorégraphe étudie le livret. Il se rend compte des scènes mimées, qui doivent être assez simples pour pouvoir être expUquées par le langage restreint de la pantomime. Il compose de son coté les pas qui seront dansés.
» Autrefois ce travail était fait avant que le musicien eût écrit une seule note. C'est le chorégraphe qui lui indiquait en détail ce dont il avait besoin. Il demandait vingt mesures d'un mouvement vif, puis seize d'un mouvement lent; ici un temps de valse, là un autre. C'est ainsi que Delibes a écrit Coppélia, que Lalo a écrit Kamoiiiui, dans une collaboration constante avec le maître de ballet, dont les intentions étaient fidèlement suivies.
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/. I it.wsic A ru.\\i:us lus aqes.
• Mais l'usage s'est moditi^, les compositeurs i-crivent niainteiuiit à leur i;ré leur musique aussi bien pour la partie dansd-e que pour Its scùnes de pantomime, et c'est au maître de ballet à tirer le meilleur parti possible des motifs qui lui sont fournis. Sa ticlie est dotiL maintenant plus diHicile qu'autrefois, où l'ancien système lu laiss.iit plus d'initiative.
• Une fois ce double travail achevé, le maître de ballet convoque le personnel qui doit exécuter l'œuvre. Les choses ne .se passent pas ici en etfet comme lorsqu'il s'ajîit d'une ivuvre théâtrale parlée ou chantée. \'eut-on mettre à la scène un opéra ou un drame, chaque interprète re«;oit son rôle écrit, et l'emporte chez lui afin de l'étudier. Pour un b.illet, tout le travail des études se fait uniquement sur le théâtre.
• Il y a quelques années, la musique était exécutée aux répétitions par deux violons, aujourd'hui un pi.i-
niste est chargé
M'" SIURA, l'KlIMIICKE DANSEISE Oi: LACADI'JIIE NATIONALE DE MlSlgiL
l'h.tt ll.irv
W"" ROSITA .MAl'RI. l'KEMUlUi: DANSEISE
DE l'aCADÉ.MIE NATIONALE DE .Ml'SIQl'E
Phot. Rvutlin^'cr.
de Ce soin.
Le maître du ballet
t.iu chaque geste, danse
ch.ique pas, qu'il désigne par .son nom : saut de chat
— pirouette — cabriole — pas de Ivtirrèe, et la danseuse
ou le danseur le reproduit. C'est ainsi que, mesure
par mesure, pas par pas, scène par scène, en s'arrètant,
en rtcc n nin^nnl .T.ns cesse, on va jusqu'au bout du
ballet. Tout cela s'apprend au reste beaucoup plus
vite que l'on ne pourrait le penser, et se grave promp-
tcment et profondément dans la mémoire. Au bout
de plusieurs années, une danseuse, en entendant la
musique, se souvient, jusqu'aux moindres détails,
des pas qu'elle a dansés ou vu danser. •
François Coppée nous a raconté dans le Figaro illustré comniLiM il devint librettiste et écrivit la Korrii^ume : » \'oulez-vous faire un livret de ballet? » me dit Régnier. En vain je me défendis, alléguant ma complète inccmpétcnce. Les instances du bon Régnier,
i.A D.wsr: -ir Tnr:.\ trr.
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puis celles de Vaucorheil , me décidèrent. Après tout, que me dem.ind.iit-on ? D'imaginer un conte bleu, une féerie. J'y rètléchis pendant quelques jours, et j'inventai un sujet de ballet. « J'en inventai même deux; et le directeur actuel de l'Opéra pourrait découvrir dans ses cartons le manuscrit des Fleurs morkllcs, où il y avait ime idée que j'oserai qualifier de poétique et de jolie, attendu qu'elle n'est pas de moi et qu'elle m'avait été
EXERCICES A I..\ B.\RRE D'aprts le dessin de Paul Renouard. (Mus^e .lu I.iixcmbDiirg.)
inspirée par une nouvelle de l'Américain Natlianiel Hawthorne. Mais N'aucorbeil préléra la lable de la Korrigane.
<> J'avais bretonnisé quelque peu. J'aime beaucoup Brizeux, je possède assez bien mon Luzel et mon Lavillemarqué. Depuis longtemps, parait-il, on n'avait vu au tlié.'ure ni coiffes blanches, ni bragoii-brass. L'histoire d'Yvonnette, changée en Korrigane pour n'avoir pas rendu, à l'heure dite, .ses beaux atours à la reine des Nains, avait le mérite d'être très simple, pre.sque enfantine. On me félicita d'avoir, du premier coup, égalé le génie de « La Mère l'Oie », et la Korrigane fut mise à l'étude.
« Mais alors — ô surprise! — j'appris que mon rôle était terminé, ma besogne accomplie. Mon Dieu, oui. Le reste regardait mes collaborateurs, le chorégraphe Mérante et le compositeur Widor.
AI ItASSE \ TRAVERS LES AGES
• *.h\ m .lutorisait umdoiiii, t>ii m'invitait m^mc à a^^i^Ui aux K-pc-titions; mais c'ct.iit pure politesse, car je ne M.-r\ais à rien. Q-ttc esquisse k peine crayonnée, ce ci>ntc Je nmirrice iniprovisi sur trois feuillets, voilà tout ce qu'on attendait de moi. •
Disons encore un mot sur le librettiste. • I-orsqu'il se nomme Tlicopliile Gautier, malgré la orme aride qui lui est imposée, dit CluirleN de lk)i^ne dans ses Pflils luéiiwirrs il.- t'Opéra, il irmuc ino\tn J'v semer de l'esprit, de la fantaisie, des idées, du style. — ! . Gisflle.
- Quand il ne s'appelle pas Gautier, voici un spécimen de ce qu'écrit le librettiste :
• Le ihé'itre représente la ville d'AnJrinople. Une marche se fait entendre, et l'on voit sortir d'une riche litière le pacha de l'ile de Cos, dont sans doute Andrinople est
la capitale ou tout au moins la voisine.
• Seyd-Pacha veut renouveler son liarem, il regarde les esclaves. Les marchands, pour le séduire, font danser devant lui les femmes de tous les pays. »
- Peste ! quel corps de ballet !
s'écrie de Boigne. • .Mais le pacha reste insensible
« .... Le corsaire jure ù .Médora de l'enlever au vieux maître qu'on veut lui donner; il jette de l'or aux jeunes .limées. »
" Des .limées.^ Andrinople!
reprend Charles de Boigne, pourquoi pas des bayadèrcs? Toutes les danseuses ne sont pas indistinctement des aimées. Il n'y a d'aimées qu'en hgypte, comme il n'y a de bayadères que dans l'Inde.
— .Mais le killet n'y regarde pas de si prt-s. »
Ht l'auteur que je cite conti-
tOLl.N--M.\ILl..\HI> ...
Dnprcs le tableau dcP. Cimcr-Bciicusc. "Ui: à critiquer avec inhniment
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d'esprit le librettiste qui fait intervenir dans le scénario la rriiic ths liriix soiilcrrains et le
*•()/ des invrs et de leurs (utras^es, et fait tenir un lit de justice par le paclia entouré de ses
•grands di.t;nitaires.
« F.t moi qui cro\ais, dit-il, que les rois de irance seuls tenaient autrefois des
lits de justice dans leurs Parlements! Cet estimable Seyd-Paclia est \eiui fort à propos
me faire rougir de mon ii;norance. Désormais je saïuai que les pachas de l'ile de Cos
tiennent des lits de justice, ni plus ni moins que des rois de l"rance, et qu'ils les tiennent dans des kiosijiies élégnnls. >• « Tous les ballets, tinit-il,
en parlant de ceux qui étaient
composés vers 1840, sont pleins
de naïvetés pareilles, écrits dans
ce style incomparable : ab tinodisce
omnes, et cela fiiit 10 000 francs
de recette tous les soirs! »
M. Hansen, maître de ballet
à l'Opéra, a eu la gracieuseté de
me fiiire assister à une répétition du divertissement des Maîtres
Chanteurs, et j'ai été en effet surpris de la facilité avec laquelle les danseuses réussissent et retiennent les moindres variations qui leur sont indiquées dans leurs pas ou leurs attitudes, et comprennent le désir du maître qui sait si habilement les diriger.
Nous avons tous vu dans un ballet, sous l'éclat des lustres, devant une salle charmée, ces vols de gracieuses et sveltes jeunes femmes, enveloppées de gazes pailletées d'or, plus légères que des ailes. Dans notre enchantement, sous l'impression des splendeurs qui se déroulent devant nous, elles nous .semblent vivre dans un songe et traverser d'incessantes apothéoses.
Qu'il y a loin du rêve à la réalité! Je n'en ai jamais eu le sentiment plus vif que le jour où les portes des cla,s.ses et les coulisses de l'Opéra m'ont été ouvertes par MM. Bertrand et Gailhard!