‹ La danseChapitre 62 sur 78 · I.I; BONNET 1) ANi · texte numérisé non relu

I.I; BONNET 1) ANi

U'arrcs le tableau Je P. Carrier- Hellcuse.(P/io;. lir jiw, CIcmciil cl Cie).

/ t /iivv/: 1 rnw'i^Rs les aoes

LA l'AVANE \ I. OPÉRA. — M"* DE MÉRODE l'holutrraphic Mairet.

i. (.i.iu ntiii lHUIl■^du matin; j ancndais, vji nu. j'iiiiin.ij.iiii lii. long i-n large, l'aimable guiJc auquel M. Hansen, maître di. ballet, m'avait confii-.

Des fillettes arrivaient avec leur petit panier au

bras, par groupes ou accompagnées et traversaient la

cour de l'administration. C'étaient les plus jeunes

élèves, futures étoiles peut-être, qui doivent être • en

li.iiiM » tous les jours à neuf heures l'été, et à dix

heures l'hiver. Quelques instants aprt*s, je les retrou-

v.iis en costume, c'est-à-dire en maillot, avec de petits

pantalons de calicot et la jupe courte de gaze, dans

la classe de Mile Berthe Ikrnay, qui fut naguère un

premier .sujet très applaudi.

Les petites étoiles étaient là comme un essaim bourdonnant, riant et causant, sautillant pour es.sayer leurs jambes fluettes, lorsque, sur un battement de mains de leur professeur, elles vont s'aligner aux barres fixes qui courent au long des murs : les voilà, comme on dit en lang.nge de danseurs, « à la première » et au « premier temps des bras », c'est-à-dire qu'elles .se tiennent les genoux en dehors, les deux talons l'un contre l'autre, de façon à mettre les deux pieds sur une même ligne droite, les coudes au-dessus dffs hanches, l'avant-bras vers la ceinture, les deux mains rapprochées, sans se rejoindre, sur le devant. Puis, aux accords d'un violon, la leçon commence. Et, tandis /C que les fillettes se livraient en mesure aux exercices des cinq premières positions, aux dégagés à terre, aux ronds de jambe, aux plies, aux pointes et aux battements, je considérais Mlle Berthe Bernay, leur professeur, je songeais à ce qu'elle avait écrit sur .ses premières études à elle-même : toutes ces enfints que j'avais sou les yeux devaient fatalement passer par cette dure initiation.

Écoutons-la :

« J'étais âgée de sept ans, et ma mère me réveillait pour aller au travail à sept heures

LA r-AVA.NE À LOPÉRA. — m"' carré

Photopraphie Mairet.

LA ti.ws/c .ir riii:.\ rui:.

et dcmii.- du matin, hiver comme été, et, comme A cette époque les leçons se prenaient rue Riclier (.ui dépôt des décors), il me fallait partir du lo^is (à Belleville, prés des Buttes-Cliau mont) de taçon à être en danse, avec mon costume, à neuf Ixures précises! Il va sans dire que le trajet en omnibus n'était pas à la portée de mes petits moyens. Je devais le faire à pied ! I:t quel trajet ! Le lecteur en peut facilement juyer.

:i La. leçon du matin durait de neuf heures à dix heures et demie. Après ce travail, je changeais de costume et je retournais alors trouver mon petit déjeuner à midi. Pourtant il n'était pas sur toujours que j'en fusse quitte pour ma leçon. Je n'avais pas

chaque fois le bonheur de gagner si tôt i.ni; uia-iiriTios dic la pavani: à i.'oi'éu.v

, ,, ■ 1 ■ m"' de méuodi: et .m. hanses

mes hauteurs. Il v avait les lours, encore . ., .

' ' l'h(iliii»r.iphic Mairct.

Iréquents, où il me

fallait assister aux répétitions, il l'Opéra même, car les jeunes élèves comme moi étaient employées à la figuration. En ce cas, je déjeunais rue Richer, avec ma mère, de la modeste pitance que uous emportions dans notre panier (ce panier, je ne l'ai jamais oublié!) et nous allions assister, rue Drouot, à la répétition qui se prolongeait jusqu'à deux heures.

« Alors seulement j'étais libre... de refaire un voyage .i Belleville. Puis, quand, le soir, je devais figurer au théâtre, nous descendions de nouveau afin d'être à l'appel "i huit heures. Enfin, lorsque l'ouvrage dans lequel je figurais finissait à minuit, je me remettais en route à cette heure.

« Alors ma pauvre mère me traînait littéralement à son bras, et nous arrivions hara.ssées à une heure du matin au logis où mon père nous attendait. Xous dormions à la hâte et nous repartions pour la chisse, le lendemain matin. Mais je gagnais un franc de feux pour la répétition, et de même

,,. VASQIEZ. ..RE.MIER DA.NSELR J,^ f, ^^^^ Ju ^OJ^ I

\ I, .\CADEMIE NATIONALE DE .MLSIQIE

Phoiotrrarhie .Mairet « J'ai fait cc Hiéticr à ce prix, dans ces conditions, depuis

/. I /»i.vv/-- .1 Tirwriis i.t:.s \r,i:s

Hjn .iiis )iiN*ju ,1 tr«,!/v im ^lu.itiirzt .un ciniroii. loii)ourN pjs d aj'poiiutintnu lixci! » Il est vmi que Mlle Benuy recevait, tous les ans, à titre d'indeiunitc, cuinnie les autres, deux paires de chaussons en toile grise, un mètre de coutil blanc pour son corsage it cinq mètres de mousseline ptiur ses jupons de danse!

N'eut-on s.ivoir maintenant quels furent les appointenients d'une danseuse qui occupa les premières places pendant plus de dix ans de sa carrière de sujet? Hn iîWh», elle était engagée par M. Ferrin dans le deuxième quadrille, à (mnj francs par an, lesquels furent portés A "'«> h la suite de l'examen. Sous In direction de M. H.ilanzicr. ses .ippoin-

RECONSTITITIOX DE DANSES ASCIEXXES À L'OPÉRA. — LA PAVAXE Photoin'aphic Mairct.

tciiKiits s'élèvent ;\ ()iMy francs. Trois ans après, faisant partie du premier quadrille, elle touche i loo francs, puis, comme première coryphée, I2(x>. Huit années plus tard, elle est pt-tit sujet, et ses appointements atteignent successivement i5(x», i Bik», ^iHM et Ockkj. Soiis la direction Vaucorbeil, comme premier sujet, elle arrive à 68<X) francs.

Cependant la leçon se poursuivait et, après une série de mouvements variés sur les cinq premières positions, la classe passait aux « adages » ou « développés, » c'està-dire à des poses variées et à des attitudes qui comprennent les arabesques « ouvertes » ou « croisées », les pirouettes, etc., etc. Il y a là tout un langage chorégraphique qu'on ne saurait comprendre qu'à la suite d'une longue initiation.

Cinq années d'études préparatoires sont indispensables à une élève bien douée pour devenir une bonne danseuse. Ch.ique jour, durant une heure et demie, toutes

EXLUCICKS bi; DANSi; \ I, ol'LKA Uaprcs uni; pa^'c d'album de l'aul Kcnouard.

/. 1 nwsr. \r tiii:a trr

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suivcnt lis leçons. Beaucoup mcmc arrivent avant riicure pour s'y préparer en se <• tournant » sur les barres, c'est-à-dire en y plaçant l'un après l'autre leurs talons, exerçant ainsi leurs jambes à toutes les positions. .Mlle Hernay récompense celles qui se distinguent dans leurs études par de petites croix d'honneur, de même qu'elle punit les pare-sscuscs — et le cas est fort rare, dit-elle — en leur mettant le bonnet d'.'uie.

Nous avons vu qu'au xvin"' siècle les choréi^raplies avaient imaj^iné d'écrire la danse par des caractères et des signes de convention. Cette méthode compliquée a été abandonnée. .-Vujourd'hui rensei';nement des pas se fait d'une tout autre manière. Le profes-

KLCUNSTlTLilO.N 1)L U.\^^l.b .VNCIU.N.NLS À I. Ol'liUA. — LN .ML.NULT D'après une photographie Je M.niret.

scur les indique avec ses mains en nommant les temps, et les élèves l'imitent, elles « miment « la leçon. Après quoi elles exécutent avec leurs jambes les mouvements que les mains ont indiqués. Ce langage rappelle un peu celui des sourds-muets.

Au cours des leçons, le professeur — je l'ai remarqué — s'attache .1 développer chez ses élèves le goût de l'art si gracieux auquel elles s'exercent.

Et d'ailleurs que ne peuvent-elles espérer? Sous Louis XV, Mlle Roland fut épuUM.». par le marquis de Saint-Geniès et Mlle Quinault par le duc de Xevers; Mlles Groguct, Dufresnc, Leduc et Grandpré s'allièrent à des marquis. Lord Crawford d'Anchimanes épousa Mlle Sullivan; Mlle Chonchon de\int la présidente de Menières. Clotilde Mafleuroy tut Mme Boieldieu, et nous avons vu, dans notre siècle, le mariage de la Taglioni avec le comte Gilbert des Voisins; nous avons vu Fanny Essler devenir la

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