‹ La danse grecque antique d'après les monuments figurésChapitre 126 sur 166 · Atys danseur. — Atys est une divinité phrygienne · texte numérisé non relu

Atys danseur. — Atys est une divinité phrygienne

dont le culte s'introduisit en Grèce d'assez bonne heure, mais y resta toujours secret. Cet amant de la Mère des dieux, qui lui donna de si étranges preuves de tendresse, ne put jamais conquérir le droit de cité parmi les Grecs. Comme Sabazios, comme Mén et Mithras, il fut officiellement méprisé ; cependant certaines confréries religieuses l'avaient accueilli et célébraient ses mystères. Il conserva son aspect oriental : coiffe du bonnet phrygien ou de la haute mitre, il porte un costume asiatique dont le pantalon est quelquefois ... ... fendu sur les côtés.

tlg. Otl.

Cet Atvs est un danseur. Sans doute il n'est devenu danseur ailé que par analogie avec Niké, Eros, Psvché : les trous de suspension, ménagés dans le dos de la figurine que reproduit la figure 571 , permettent de faire prendre au personnage le mode d'équilibre qui lui convient.

386. Les Curetés danseurs. — Les anciens n'étaient pas d'accord sur l'origine de la Pyrrhique, et ils ont émis à ce sujet des opinions contradictoires. Mais tous les auteurs s'accordent à dire que la plus ancienne danse armée, dont l'histoire légendaire ait o-ardé le souvenir, est la danse des Curetés : on sait le rôle qu'ils jouent dans l'enfance de Zeus. Rhéa, la Grande Mère, épouse de Kronos, avant su dérober un nouveau- né h la voracité de son époux.

chargea les prêtres qui la servaient d'étouffer les cris du nourrisson sous le fracas de leurs armes. Les Curetés s'acquittèrent à merveille de leur office j ils étaient casqués, porteurs d'un glaive et d'un bouclier. Leur orchestique, bruyante par destination, était faite des mouvements les plus désordonnés, si l'on en croit la légende.

Les monuments qui représentent les Curetés dans l'exercice de leurs fonctions, appartiennent presque tous, malheureusement, à l'art décoratif de la plus basse époque, qui est fait de formules convenues. On peut y relever néanmoins un trait commun qui justifie les épithètes que les hymnes orphiques et Nonnos appliquent aux Curetés : Kou^STÎ-rsç pofiêri- Taî, -rpo^aîioi. Toujours ces danseurs tournent, soit sur eux-mêmes, par

piétinement (fig. 3.50 p. j^j

bis), soit sur une piste

circulaire ((îg. 538), Ils sont au nombre de deux ou de trois. Ils frappent de leur glaive court leur bouclier d'airain, ou heurtent ce bouclier contre celui de leurs compagnons. Ordinairement l'enfant Zeus est représenté au milieu d'eux (fig. 572).

Les scènes qui figurent la danse des Curetés autour de Zagreus sont analogues aux précédentes. Zagreus est le fils de Zeus et de Coré; il fut confié aux Curetés par son père.

387. Il y a, entre la Pyrrhique et la danse des Curetés, une différence essentielle : la Pyrrhique est une danse mimétique, un simulacre de combat qui admet les mouvements les plus variés. La danse des Curetés n'est qu'un prétexte à faire bruyamment retentir l'airain des armes qui se heurtent : c'est une danse, dans l'acception étroite et moderne du mot; elle se réduit à une gesticulation bruyante et mécanique.

Mais le passage de l'une à l'autre forme orchestique était facile : [es artistes hellénistiques, en quête de motifs, ont volontairement confondu les deux danses. Leur Pyrrhique à deux est exécutée par deux Curetés, reconnaissablcs au casque, au glaive court et au bouclier (360).

388. Dionysos, sonTblaseet les danses dionysiaques. — Parmi tes dieux qui dansent ou en l'honneur de qui l'on danse, Dionysos — ou Bacchos — tient à coup sûr le premier rang. Sa qualité de dieu du vin (Qéoivo;), que la légeode lui attribue de bonne heure, fait de lui l'incarnation de la joie folle; il ne marche guère, il danse; les flûtes et les tympanons lui font cortège et c'est à grand fracas qu'il veut être honoré. Sa vie n'est qu'une fête perpétuelle; il-est le divin xto^ti-Trr.i et il s'entoure de compagnons dont le plaisir est le seul souci. Il aime les montagnes, les forets, les sources; son temple est la nature. Les êtres qui la peuplent, dieux, hommes ou bêtes, pourvu qu'ils soient joyeux de vivre, sont dignes de célébrer les orgies de son culte. Silènes et Satyres à la barbe touffue, au crâne dénudé, au corps velu, botes des bois; Pans aux pieds fourchus, qui se plaisent aux cimes rocheuses; Centaures habitants des montagnes ; Nymphes des sources, qui furent les nourrices du jeune dieu; Naïades, Ménages de tout rang, forment autour de Dionysos une cour qui a la folie pour étiquette et la danse pour unique soin.

Bien que leur aspect subisse avec le temps des transformations importantes, les compagnons de Dionysos sont aisément reconnaissablés.

389' Les Silènes et les Satyres n'ont pas la même origine

mythique; mais dans la figuration ils se confondent souvent. Le

Silène primitif a l'aspect brutal; c'est un être hideux dont la tête

est celle d'un singe à pèlerine (fig. 523, 415, 578); il a des pieds

et une queue de cheval (fig. 38C). De nombreux vases à figures

noires nous le montrent sous cette forme (10). Au v* siècle, la face

; est un peu moins simiesquej néanmoins elle conserve

I caractère de bestialité repoussante (fig. 164). Peu il peu

bizarre se dépouille du symbolisme grossier qui l'enve-

I physionomie devient humaine; ses pieds cessent de se

DIEUX QUI BANSliXT. 293

terminer en snbols; sa queue se raccourcit. Le iv' siècle crée un type de Silène jeune, ù la bnrbe frisée, k l'air rieur, qui devient le Satyre et dont les Romains feront leur Faune (fig. 180). L'époque hellénistique ne renonce pas au type du vieux Silène, mais elle ne veut pas qu'il reste une bête ; elle en fait un ivrogne : gros homme ventru, velu, dont le crâne chauve se cache à demi sous une couronne de lierre {fig. 573). Toutefois, lorsque l'artiste veut montrer en lui le père nourricier de Dionysos, il le représente sous les traits d'un vieillard qui n'a rien de grotesque et qui n'a pas trop bu; il met entre ses bras le joyeux nourrisson et Silène regarde l'enfant avec une expression de tendresse paternelle (E. Pottier).

390- Pan est le dieu pasteur. Il habite les sommets de la rocailleuse Arcadie, et il est le génie des montagnes. Sa légende n'a rien de commun avec celle de Dionysos, mais il est comme lui un dieu de la nature affreste. On le fit entrer dans le

" Fig. i-J.

cortège bachique, — le tkiase dionysiaque, — sans rien lui ôter de sa laideur originelle. II reste bouc par les cornes, par les jambes (fig. 501) et souvent aussi par le masque. Il ne se sépare guère de sa syrinx, la flûte des bergers montagnards, dont il avait enseigné l'art à Olympos.

391- Les Mcnadcs sont les suivantes de Dionysos. Elles appartiennent h ce monde d'êtres mal définis qui ne sont ni dieux ni hommes. Elles folâtrent avec les Silènes et les Satyres dont les entreprises galantes les efTarouchent peu. On les reconnaît ii leurs couronnes de feuillage, tressées avec le lierre, le chêne ou le smilax. à leur chevelure éparse, h la peau de faon (nébride) ou de panthère (pardalide) négligemment jetée sur leurs épaules ou enroulée autour de leur bras '. Quelquefois elles tiennent dans leurs mains des serpents ou s'en font une ceinture vivante. Souvent elles brandissent une torche ou un thyrsej la torche est le symbole et l'accessoire obligé des orgies nocturnes, chères au dieu dont l'un des

1. Les Sulyrea sont quol[|uerois porteurs dus mimes dépouilles.

surnoms est XaixTîTTip ; le thyrse est une tige de férule emmanchée d'une pomme de pin ou terminée par un faisceau de feuilles de lierre; souvent des bandelettes sont nouées autour de la haste.

392. Les Ménades sont des êtres fabuleux. Aux fêtes célébrées par les populations helléniques en Thonneur de Dionysos elles sont représentées, dans l'accomplissement des rites traditionnels, par des femmes qui portent le nom général de Bacchantes^ et auxquelles chaque contrée donnait une appellation spéciale.

Les T/iyades étaient une troupe composée des femmes d'Athènes et de Delphes ; elles parcouraient les gorges du Parnasse, pendant les nuits d'hiver, à la lueur des torches, en poussant de grands cris. Les Mimallonides de Macédoine, les Bassarides et les Edonides de la Thrace se signalaient par la violence de leur fureur bachique. Sur les monuments, on peut généralement distinguer les Bacchantes, dont le peintre de vases ou le sculpteur avaient les modèles sous les yeux, des Ménades de la fable qui n'étaient que des représentations fictives. Tandis que les Ménades sont toujours mêlées aux Satyres, les Bacchantes n'admettent aucun danseur masculin parmi elles : la célébration des fêtes orgiaques était exclusivement confiée h des femmes.

Mais il n'est pas douteux que les artistes n'aient emprunté ii des modèles vivants tous les types de danseurs bachiques qu'ils ont fixés '.

393. Satyres et Ménades, que nous pouvons désigner sous le nom tout moderne de BacchantSy sont porteurs d'attributs et d'insignes. Le thyrse et la torche ont été déjà mentionnés (391). a La phiale (vase à boire) est pour Dionysos ce que le bouclier est pour Mars », et ce mot d'Aristote explique la présence, entre les mains du dieu et de ses suivants, de tous les ustensiles capables de contenir le divin breuvage : canthare (coupe à pied et à anses très

1. Ces modèles, les artistes les trouvaient dans les danses violentes, souvent obscènes, qui étaient l'accompagnement nécessaire du dithyrambe et du drame sa lyrique. On sait que les cboreutes qui figuraient dans ces sortes d'ouvrages étaient, par tradition, des hommes travestis en Sat vrcs ; leur accoutrement était conforme à toutes les exigences de la légende dionysiaque. Il est probable que sous la forme de Satvren se trouvent quelquefois représentés des cboreutes de la comédie. D'autre part, les danses populaires bachiques ont pu fournir aux artistes bien des types orcbestiqucst. Les modèles directs ne faisaient donc pas défaut, non plus que les motifs d'imitation.

DIBUX QUI DANSENT. 295

développées), kéras (corne à boire), rhyton (petit vase de forme caractéristique, avec lequel on buvait à la régalade), amphores de toute espèce. On voit parfois les Satyres gambader avec allégresse autour d'un grand cratère qui repose sur le sol; les compagnons du kômos (415) les imiteront en ceci, comme en bien d'autres traits, et danseront autour de vases remplis de vin.

Tous les instruments de musique (mais exceptionnellement la lyre, qui est Tattribut d'Apollon) se trouvent entre les mains des Bacchants : crotales (castagnettes), cymbales^ tympanons (tambourins), flûte double^ flûte traversière (rare), syrinx ou flûte de Pan (analogue à l'instrument des chevriers béarnais), clochettes et grelots attachés aux vêtements mêmes des Bacchants, composent un orchestre bruyant où la percussion doit l'emporter sur la polyphonie. Joignez aux bruits de cet ensemble les cris de joie furieuse, les frappements de mains, les trépignements de ces danseurs frénétiques et vous imaginerez quel étrange concert annonçait aux profanes l'approche des Bacchants.

394. Parmi les autres accessoires, les masques comiques^ qu on suspendait aux arbres; les cistes (corbeilles rondes à couvercle), d'où l'on voit s'échapper le serpent mystique; le i^an, berceau de Dionysos enfant et symbole de purification, parfois rempli de fruits; les paniers de toute sorte qui contenaient les offrandes, étaient d'usage dans les cérémonies dionysiaques. Les serpents même étaient de la fête quelquefois. Au dire de Plutarque, Olympias, femme de Philippe et mère d'Alexandre, plus zélée que les autres Mimallonides (392) et plus barbare encore dans l'expression de son enthousiasme bachique, traînait après elle, dans les thiases, de grands serpents apprivoisés; ils se glissaient hors du lierre et des vans mystiques; ils s'enroulaient autour des thyrses et des couronnes des femmes, et leur aspect épouvantait les spectateurs.

La présence de la panthère auprès de Dionysos, des Satyres et des Ménades, n'a que le caractère d'un symbole; la panthère est chère à Dionysos, suivant Philostrate, parce que de tous les anir maux elle est le plus ardent.

395. Le mot Bacchanales , qui peut nous servir à désigner les scènes dionysiaques, est tout romain et n'a que la valeur d'une

étiquette. II est impossible d'établir une classification orchestique des Bacchanales innombrables que les monuments figurés nous présentent. L'absence de symétrie, le désordre systématique sont la règle de ces Ensembles.

La façon moderne de régler les danses en masse est essentiellement difTérente : nous nous plaisons à la simuftaneité rigoureuse de mouvements identiques exécutés par tous les danseurs, à la dis^ position symétrique des danseurs ou des groupes de danseurs par rapport à un point ou à un axe. Les Grecs, au contraire, évitent le plus qu'ils peuvent, — si nous on croyons les monuments figurés, — la simultanéité et la répétition des mouvements dans les Ensembles. On a eu déjà l'occasion de constater qu'ils préfèrent toujours la dyssymétrie décorative aux pendants exacts (333) : ils voient Veurythmie dans un équilibre bien établi, mais ils estiment peu l'équilibre qui s'obtient par la symétrie^ telle que la géométrie la définit.

C'est d'ailleurs une tendance générale de l'esprit hellénique. Si l'on excepte l'architecture, où la symétrie est étroitement liée ii la stabilité, les arts purement grecs, pendant l'âge classique, répugnent a la juxtaposition des mêmes formules; lorsque la symétrie s'impose, les artistes font tous leurs eiforts pour l'atténuer. Faut-il citer un exemple admirable de cette conciliation des nécessités et du goût? La décoration du Parthénon tout entière nous le fournit, dans les frontons, dans les métopes et dans la frise. •

Il est probable que la danse en masse, et particulièrement la danse des Bacchants, s'inspirait des mêmes principes que les arts du dessin. Le peintre de vases, le sculpteur en bas-reliefs, qui la prenaient pour texte, se conformaient en même temps à la technique de leur art et aux habitudes orchestiques : ce désordre apparent était la règle commune.

II y a là de quoi nous dérouter ; nous ne concevons guère de mouvements d'ensemble qui ne soient, au moins par instants, soumis à une symétrie facilement perceptible. De même que notre oreille a perdu le sens des nuances mélodiqàes et des combinaisons rythmiques auj^quelles les Grecs trouvaient tant de charme et qu'ils saisissaient sans effort, de même notre œil ne perçoit que confu-

sèment les mouvements d'ensemble qui ne sont pas réglés sur des formules simples. Les Grecs étaient plus exercés que nous : leurs oreilles et leurs yeux ont joui de privilèges qui ne sont plus les nôtres. Par l'ouïe et par la vue ils percevaient le rythme et savaient retrouver l'unité sous la complexité des impressions sensorielles *.

396. L'absence de symétrie dans les Bacchanales n'exclut pas les groupements; il se forme dans la masse entière comme des a parte orchestiques, composés de un, de deux, de trois ou d'un plus grand nombre de danseurs. Parfois toute la bande se partage en groupes qui renferment tous un nombre égal de personnages dansants. Mais, dans ce cas, les mouvements exécutés diffèrent toujours d'un groupe à l'autre.

Les Bacchanales peuvent aussi se présenter sous la forme très simple de cortèges dansants, dont tous les membres se suivent à la file et se déplacent dans le même sens. On observera alors que presque jamais ces danseurs associés ne s'avancent du même pas; la plus surprenante irrégularité se remarque dans leurs allures.

397. Les danses mimétiques, les scènes mimées tiennent une grande place dans les Bacchanales : Satyres poursuivant des Ménades, Bacchants avinés, frénétiques, secoués par la fureur orgiaque, personnages erotiques, etc., sont partout mêlés à des danseurs qui rythment plus soigneusement leurs Pas. Un désordre rituel règne dans cette imagerie si variée et si monotone à première vue, par la répétition constante de la mise en scène. La diversité ne se perçoit que par l'analyse des mouvements. La plupart des exemples orchestiques contenus dans le. présent ouvrage sont empruntés aux danses dionysiaques.

398. Les scènes de danse dont les suivants de Dionysos sont les acteurs se compliquent quelquefois de la présence, au sein du thiase bachique, de personnages étrangers au cycle dionysiaque. Si les représentations où le dieu des Bacchants figure seul au milieu des danseurs sont les plus nombreuses, les divinités que la

1. Nous ne prétendons point appliquer ces obserTations générales à l'orchestique du théâtre : les exemples nous manquent. Les évolutions des chorcutes étaient certainement bien plus rigoureusement réglées que les mouvements de tous autres danseurs en masse. Quelle part y était fuite à la aimuUanéilé et à la symétrie^ les monuments ne nous rapprennent pas.

légende a mises en contact avec lui se retrouvent aussi mêlées aux Satyres et aux Ménades.

Hermès, qui confia aux Nymphes Dionysos enfant et qui est par excellence le dieu conducteur des cortèges (uo[X7cavoç), peut précéder le chœur des Ménades ou présider, avec Dionysos, aux ébats des Bacchants. On peut le voir même, assis sur un rocher, accompagner la danse des Satyres sur la lyre qu'Apollon reçut de ses mains. Cela explique que l'instrument apollinique puisse passer parfois entre celles des Satyres. Le dieu de Delphes ne se refuse pas à frayer avec le thiase dionysiaque; quelques vases peints montrent les Ménades agitant leurs crotales autour d'Apollon Citharède.

La pudique Athéna elle-même ne craint pas de se fourvoyer en joyeuse compagnie; des peintures de vases la placent au milieu des Bacchants, à côté d'Apollon Citharède et de Dionysos.

C'est Dionysos qui ramène dans l'Olympe le dieu du feu, Héphaistos, que Zeus avait exilé. Le banni se refusait à rentrer en grâce et laissait Héra se morfondre sur le trône d'or dont il avait forgé les invisibles liens. Dionysos eut recours à la ruse ; il enivra le dieu boiteux, le remit aux mains des Satyres et le thiase dansant lit cortège à son prisonnier jusqu'aux portes de l'Olympe. Cette pompe singulière est un des sujets préférés des peintres céramistes.

On ne peut s'étonner de trouver les suivants de Dionysos associés il tous les épisodes de sa légende. Qu'il courtise Ariadne ou qu'il devienne l'époux mystique de Coré, Satyres et Ménades conservent auprès de lui leur office, et leur danse infatigable encadre les amours du maître. Il serait trop long d'énumérer toutes les scènes mythiques auxquelles ils prennent part. Ils sont pour leur dieu une escorte d'honneur ou une armée prête au combat. Avec eux Dionysos lutte contre les pirates tyrrhéniens, contre les Amazones ; ses fidèles le suivent dans ses marches triomphales à travers l'Inde; ils se font de leurs thyrses des armes redoutables et leur orchestique devient une charge meurtrière.

399. A l'époque hellénistique, lorsque le transformisme religieux aboutit h la religion nouvelle, toute de sensualisme, qui se substitue dans le monde grec à la tradition du v° siècle, on voit tous les

DANSES EN l'hONNBUR DES DIEUX. 299

dieux s'enrôler sous la bannière de Dionysos (E. Pottier). Ils se parent des insignes bachiques» ils ceignent la couronne en bourrelet ou les bandelettes larges (lemniskes) des Bacchants. L^orchestique dionysiaque devient alors prédominante; les mouvements violents que les rites lui prescrivent s'exagèrent à tel point qu'il faudrait presque avoir recours à la pathologie pour les expliquer. Le renversement du Corps, les contorsions bizarres, les tourbillonnements vertigineux se font de plus en plus habituels aux danseurs.

DANSES EN L HONNEUR DES DIEUX

400. Originairement presque toutes les danses sont religieuses et ont pour objet d'honorer une divinité par des pratiques extérieures qui consistent en mouvements rythmés.

Strabon distingue les sacrifices accompagnés à^ enthousiasme de ceux qui n'en comportaient pas, et il ajoute : « L'enthousiasme paraît être une sorte d'inspiration céleste ». C'est une fureur sainte qui s'empare de l'âme et du corps et se manifeste par des signes visibles.

L'enthousiasme rituel engendra la danse orglastique. Celle-ci n'est pas le fait exclusif des fervents de Dionysos. Le culte de Rhéa, les mystères de l'Orphisme évoquent une orchestique étrangement violente qui transformait les adeptes en (hallucinés frénétiques. Il est possible que le culte apollinique lui-même ait fait une place aux danses orginstiques : l'enthousiasme, d'après Strabon, touche de près à la divination. Qu'on se souvienne des contorsions de la Pythie : elles ne sont pas sans analogie avec les poses extatiques et les mouvements outrés d'un grand nombre de danseurs figurés sur les vases ou sur les reliefs.

401. La danse des Curetés (386) est une dérivation de l'orchestique rituelle propre au culte de Rhéa. Elle nous permet de supposer que les adorateurs de la Grande Mère des dieux exécutaient des Pas tourbillonnants, analogues à ceux des protecteurs de l'enfant Zens.

Les prêtres de Rhéa sont des furieux, qui trépignent en poussant (les cris inarticulés, et dont les mouvements giratoires, si l'on en croit des textes assez obscurs, rap- / pellent ceux des derviches tour-

U iieurs.

402. Les pratiques sanglantes de rOmophagîe , répandues par l'Orphisme et dont quelques monuments consucrent le souvenir, ne doivent pas être considérées comme de pures fictions. Sans doute In Ménade qui tient un pied humain (fig, 574) et qui exécute, tète renversée, une danse orgiastique, est une représentation purement symbolique : elle rappelle la légende de Dionysos Zagreus déchiré par les Titans. Mais l'Omophagie, réduite à la lacération des animaux, n clc pratiquée dans les cérémonies nocturnes en l'honneur de Zagreus. Les

initiés se partac'oaient la chair crue

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