‹ La danse grecque antique d'après les monuments figurésChapitre 128 sur 166 · partie de cette orchestique religieuse o(i la · texte numérisé non relu

partie de cette orchestique religieuse o(i la

dignité du geste et de la pose, la fermeté de l'aplomb sont la règle respectée.

Le même caractère orchestique se retrouve dans la pose de cette prêtresse majestueuse (fig, 580) qui fait face à un personnage accroupi. Quelle que soit l'explication que l'on donne de la scène, on peut voir dans le geste de cette femme l'accompagnement plastique d'un rite religieux : le coude droit s'appuie dans le creux de la main gauche, comme s'il devait rester longtemps soulevé.

Dans l'intérieur d'un sanctuaire, aux murs duquel des bandelettes sont suspendues, se dresse un petit autel en forme de chapiteau ionique sur lequel flambe le feu sacré {fig. 581). Les bras cachés sous un ample manteau, une femme exécute, au son de la double flûte, des mouvements de danse, vifs, que le peintre a rendus naïvement par une des formules de la course (80). Il est impossible de trouver sur cette image l'indication d'un Pas : la représentation est trop sommaire. Incapable d'entrer dans le détail orchestique, l'artiste a seulement respecté la tenue rituelle que le sujet impo-

304 LES DANSKUnS.

sait. Sa danseuse, pudiquement drapée, la tcte et le corps droits, s'agite sans secousses, en l'honneur d'une divinité qui n'exige pas de ses fervents des accès d'enthousiasme.

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407. Les danseuses représentées par les figures 582 à 593 sont des hièroduîes consacrées au culte d'une divinité indéterminée. La persistance fort remarquable du costume et la présence de certains accessoires ne laissent aucun doute sur la nature de leurs fonctions. Toutes sont coiffées du kalathos : c'est une espèce de diadème qui va s'élargissant vers le sommet ( et aflectc la forme d'une corbeille

dont la tète occuperait le fond.

Tantôt il se présente comme un large bandeau plein, tantôt il devient un véritable treillis en jonc, en osier, ou en côtes de feuilles de l'^ms}^ palmier. Ces dilTérences d'aspect tiennent a la matière employée par l'artiste. Tandis que les figurines J/ de terre cuite coiffées du kalathos

en font un lourd diadème à stries Fig. 583. Fi>. ses.

parallèles (fig. 586, 587), les basreliefs le transforment généralement en feuillages tressés (fig, 589 et suiv.).

La tunique de ces hiérodules est très courte; les jambes sont

«if

DANSES EN L HONNEUR DES DIEUX

nues. Lorsque la poitrine est découverte, une ceinture sorre l'étoffe aux hanches.

: dressent s

- la demi Pointe ou siir la

Toutes ces danseuses Pointe (102, 215, 216) et cette convention, qui parait être pour elles une règle absolue, donne â leur allure une physionomie particulière.

On peut juger, pDr l'énumération suivante, de la variété des mouvements et des gestes exécutés par ces hiérodules :

Fig. 582 et 583: Pas tourbillonnants (336).

Fig. 584 : geste du Verseur (52) qui s'adapte ici a un jeu orchesttque .

Fig. 585 dent.

Fig. MT. Fig. M*.

; Pas tourbillonnant (257); geste apparenté au précé-

Eig. 586 : IV sur la demi Pointe (108); geste du Verseur (52) appliqué au maniement des crotales.

Fig. 587 : IV ouverte sur la demi Pointe (95); la danseuse court en agitant dans ses mains des crotales.

Fig. 588 : petits Pas courus sur les Pointes (242) ; geste double de la tunique (44).

Fig. 589 : IV croisée (109); la danseuse tournoie [?] par piétinement (267); geste des Adorants (40), altéré.

Fig. 590 : I sur la demi Pointe (106); elle tournoie [?]; geste identique à celui de la figure 584.

Fig. 591 : IV sur la demi Pointe (108); gestes de supplication. Entre les deux hiérodules se dresse une statue d'Athéna.

Fig. 592 : IV sur la demi Pointe; jeu avec le manteau, de la main droite. Offrande à la divinité. - Fig. 593 : IV sur la demi Pointe ; geste des Adorants (40). A côté de rtiiérodule un autel rustique sur lequel flambe le feu sacré.

DANSES By h HONNEUR DES DIEUX. 307

Ces exemples, on le voit, ne soat pas empruntés à une dunse unique, mais à un groupe de danses, de même style, nous poumons dire : de même rite. Ces hiérodules pratiquent une orchestique savante, variée, dans laquelle les éléments mimétiques sont importants; elles s'abstiennent de toute exagération dans les poses et dans les mouvements. C'est a peine ai leur tète s'incline, et leur corps reste toujours droit. Leurs genoux ne fléchissent pas : donc

elles ne sautent point (73300). Elles semblent glisser sur le sol, légèrement, et à petits pas.

Nous n'en connaissons qu'une seule dont la danse comporte des Temps (207) plus hardis (fig. 464). Elle exécute des Pas courus sur les Pointes (242) pendant que ses bras, encadrant la tète, prennent la position spéciale à ta Danse des Mains Jointes (319 à 322). Or cette danse de caractère, sous toutes ses formes, qui sont nombreuses, est très mouvementée. Notre hiérodule, en s'y livrant, sacrifie à des usages orchestiques qui ne sont pas ceux de sa confrérie, mais elle atténue sa désertion en s'abstenant de ces contorsions étranges dont les danseurs aux mains jointes sont coutumiers.

La série des danseuses «oiffées du kalathos est un ensemble précieux par l'homogénéité de son orchestique ; l'exclusion des for-

mules gymDustiques chères aux Bacchants el à leurs semblables prouve que la danse de ces hiérodules est l'expression d'un culte sans fureurs.

' 408- Cortègea religieux. — Un grand nombre de cortèges se rattachent à l'Orchestique par le fait qu'ils étaient rythmés; leur ordre aussi bien que leur allure étaient réglés rituellement. Dans ces processions solennelles figuraient les attributs du dieu ; son nom était célébré par des hymnes qui servaient d'accompagnement à la marche et dont la forme métrique était réglée par des traditions.

Quel que soit le rythme auquel une marche processionnelle soit soumise, l'aspect des marcheurs qui la composent demeure à peu près le même. Aussi les peintres et les sculpteurs n'ont-ils pu résister a la tentation de systématiser la représentation des cortèges : ils ont créé une ou deux formules, faites de convenances décoratives, et les ont fait servir en toute occasion. A l'exception des cortèges bachiques, dont la règle est la débandade, et qui sont composés de personnages dansant chacun pour son compte, toutes les autres Pompes, oii la marche est simplement rythmée, prennent sur les monuments un aspect uniforme.

Tantôt les personnages s'avancent à la lile, un à un; tantôt, mais plus rarement, ils marchent deux à deux. La hardiesse des artistes ne va guère au delà.

409. La figure 594 est empruntée au monument des Harpyes (14) : c'est un cortège en abrégé, trois jeunes filles à la file. Leur

marche est lente et leurs pas courts; le corps est d'une raideur qui' n'exclut pas la^ grâce; la gesticulation varie d'une femme à

DANSES EN L HONN'EVII DES DIEUX. 309

l'autre. Les mêmes remarques s'appliquent au cortège des Nymphes (fig. 595) du bas-relief de Thasos (14). Sur ces deux exemples on trouve observée, comme elle le sera au Parthénon, la convention particulière au bas-relief (29), qui consiste h faire marcher du pied droit les personnages qui se dirigent à gauche, et du pied gauche ceux qui se dirigent à droite.

410. La Pompe des Panathénées [Mse du Pai>thénon (15)]. — En appliquant la même formule (29) aux personnages de la frise, Phidias a. pourtant échappé il la monotonie qui résulte de l'uniformité de l'allure : il a rompu

la symétrie; il a évité avec soin la 5

répétition et la juxtaposition des *

types semblables. Ses personnages, tout en marchant du même pas, sont inégalement distants les uns des autres; ils se présentent sous des angles divers; quelquesuns tournent la tète de côté ; d'autres regardent en arrière (fig- 596).

Toutes les porteuses de phiales et d'œnochbés tiennent le vase de la main droite, quelle que soit la direction de leur marche: On aurait pu s'attendre à ce que, par

une convention analogue à celle . ,

de la jambe avancée, le choix du bras porteur du vase fût déterminé par le sens de la marche. Mais l'usage ordinaire a prévalu.

Les femnies qui ont les mains vides ont les bras légèrement soutenus, arrondis ou coude, les doigis groupés en faisceau, sans raideur '.

Les groupes de deux personnages sont irrégulièrement répartis dans l'ensemble et y introduisent de la variété.

Hommes et femmes déBlent lentement, sans qu'un talon se soulève : leur marche est comme une abstraction, un compromis entre le mouvement et l'immobilité : elle n'a de réalité que par le dessein de l'iiuteur.

La frise du Parthénon ne nous apprend donc rien sur l'alluri! du cortège panathénaïque. Elle ne nous fait pas davantage deviner l'ordre et la composition de la Pompe. Phidias, en concevant cetlo décoration, si simple dans sa complexité, en a librement disposé les motifs.

Autour des dieux, qu'il a fait paraître au milieu. des mortels, il » organisé les groupes de ses personnages, suivant les convenances

de la décoration. 11 a

sacrifié les canépbo- ^^ Tes, porteuses des cor-

beilles sacrées, les skîadéphores, qui tenaient les ombrelles ouvertes au-dessus de y ' la tête des canépbores,

les hommes faits, en

, - — — armes, qui dansaient

v\g. iso a,. '" Pyrrhique. Par con-

tre, il a donné une large place à la cavalerie athénienne. Elle exécutait, dans les Pompes, des évolutions qui constituaient une sorte de danse hippique, dont la frise ne révèle rien : c'est à peine si l'on peut y surprendre quelques traces de rangs, parmi les cavaliers, en interprétant des conventions qui tiennent lieu de perspective. Les chars suivent la cavalerie.

. 1. Cf. (113) la lenuc du braa dans la dnnie moderne.

DANSB8 EN L HONNEUR BBS DIEUX. 311

Toute cette ordonnance est fantaisiste, on ne peut pas en douter. On a même proposé de ne voir dans ce magnifique ensemble qu'une juxtaposition de sujets différents et non l'abrégé d'une cérémonie unique. — En tout cas le créateur de la frise ne s'est pas astreint à la vraisemblance. Non seulement il a fait descendre les dieux sur la terre, parmi les adorateurs, mais il a représenté nus quelques-uns de ses personnages. Ces libertés-là permettent d'en supposer d'autres.

41 1 . Cortèges rell^eux sur les Vases peints. — Il n'y a pas lieu de s'étendre sur la forme des cortèges qui se déroulent sur les vases peints. Soit qu'ils se réduisent ii des files de personnages qui s'avancent gravement les uns derrière les autres, soit qu'ils se composent de marcheurs groupés deux à deux, ils sont toujours façonnés suivant un mode de décoration conventionnelle où la perspective fait défaut. Remarquons seulement que dès le vi* siècle, les peintres céramistes osent faire déborder l'une sur l'autre leurs

figures accouplées (fig. 597). Ils ont recours à cet artifice, qui est un essai de perspective, — mais qui ne peut se confondre avec l'application des règles de la perspective exacte, — longtemps avant que les sculpteurs en bas-reliefs l'aient eux-mêmes employé.

412. Si grande que soit la part de la convention décorative dans la représentation des cortèges, il faut admettre que la monotonie dans les poses, dans les gestes, que la répétition des mêmes mouvements et la simultanéité des pas, devaient être souvent une copie fidèle. La dyssymétrie, les contrastes, le désordre même étaient la loi dans les cortèges bachiques, parce qu'ils se composent de vrais danseurs et que Torchestique grecque active répugne au synchronisme des mouvements dans les Ensembles (395, 396). Mais les Pompes solennelles en l'honneur des Grands Dieux n'étaient que des marches cadencées, embellies par une gesticulation mimétique pleine de dignité et tout empreinte d'eurythmie. Elles ont pu être réglées suivant des principes contraires et ne pas répugner aux répétitions, à la symétrie. A cet égard les témoignages des monuments prennent, par leur concordance, une valeur indicative dont il faut tenir compte. Qu'on le remarque aussi : l'organisation la plus simple d'un cortège où les marcheurs rythment leurs pas en chantant, consiste dans l'uniformité de l'allure. C'est la règle du même pas (361). Elle n'est donc pas seulement une simplification décorative imaginée par les peintres céramistes et par les sculpteurs en bas-reliefs : elle a pu être appliquée par les Grecs à peu près dans les mêmes conditions que par les peuples modernes.

DANSES PRIVEES

413. Les danses privées ont été de tout temps en honneur chez les Grecs. Là-dessus les témoignages abondent, depuis l'Iliade d'Homère jusqu'au Banquet des Savants, d'Athénée, — depuis les vases du vu*' siècle jusqu'aux derniers produits de la céramique. Les particuliers ne se contentaient pas de faire exécuter devant

DANSES PRIVEES. 313

eux, par des danseurs de profession, des exercices variés; ils se piquaient d'habileté orchestique, et le bon Socrate se vantait de pratiquer un art qui rendait son corps dispos et son âme plus libre.

Les artistes ont dessiné d'après nature les mouvements de leurs danseurs. Quant aux danseurs eux-mêmes, ils les ont si souvejit travestis, que nous ne pouvons plus reconnaître sous la livrée des Satyres, des Ménades, des Curetés, des Niké, des Eros, en un mot de tous ces danseurs fabuleux, les modèles vivants qui ont servi ii les construire *.

Toutefois les représentations ne manquent pas qui mettent en scène, non seulement les danseurs salariés qui allaient récréer les citoyens à domicile, mais ces citoyens eux-mêmes en train de se livrer au plaisir de Torchestique.

Les danseurs de profession se recrutaient, comme les musiciens instrumentistes, parmi les esclaves ou dans un monde douteux. Les aulétriai et les orkheslriai, qui charmaient les convives à la (in du repas, par leur musique et par leur danse, n'étaient que des eo*jrtisanes. Sans insister sur cette orchestique de commande, dont nous avons eu l'occasion de montrer quelques types (fig. 120, 145, 532, 556, 557, 559, 560), nous nous demanderons à quels signes on reconnaît des citoyens libres qui dansent.

414. Les hommes sont nus, le plus souvent : c'est une conven* tion décorative.. Il n'en est que plus facile de constater que l'ornement essentiel des Satyres leur manque : ils n'ont pas de queue. Ils sont généralement jeunes et imberbes sur les vases à figures rouges (v®, iv®, iii° siècles). Les vases à figures noires (vu®, vi° siècles) nous les montrent plutôt barbus.

On ne les confondra pas avec les Satyres dont ils sont cependant les proches parents, comme nous allons le voir. Nos citoyens danseurs sont toujours représentés sous une forme purement humaine : ils peuvent être grotesques, ils n'ont rien d'animal et la calvitie ne les atteint pas. (Planche I, fig. 128, 131, 132, 136, 158, 159, 178, 189, 230, 277, 278, 407, 408, 409, 410, 453, 461, 466, 467, 496, 515, 516, 517, 518, 524, 562...) Les figures 496 et 499, dans les-

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