Scopas; Praxitèle; Lysippe. — L'art W siècle
devient plus sensuel, plus réaliste. Â la noble sévérité du V® siècle se substitue la grâce. Le style se modifie, mais il ne saurait être question de décadence. En Grèce Tart va vite et se transforme sans cesse.
Monuments :
Frise et statues du mausolée d* H alic amasse;
Ménade de Scopas (il n'en reste que des répliques postérieures) ;
Aphrodite de Praxitèle (même observation) ;
Apoxyomène de Lysippe (id.) ;
Vénus de Milo;
Victoire de Samothrace;
Monument choragique de Lysicrate;
Stèfes, sarcophages.
Les mouvements désordonnés des danses bachiques n^efiarouchent pas les maîtres du iv« siècle, et ils seront désormais un des thèmes préférés des sculpteurs et des bronziers.
La série tanagréenne des figurines de terre cuite du IV* siècle occupe une place à part dans l'histoire de la plastique. Il n'est pas douteux que les coroplastes de Tanagre n'aient subi l'influence des grands sculpteurs contemporains et ne leur aient fait des emprunts nombreux; mais il est évident aussi qu'ils ont été des créateurs. La familiarité et, si l'on peut dire, la ténuité des sujets qu'ils traitent, montrent assez quelle indépendance ils avaient prise vis-à-vis du grand art. D'ailleurs, les figurines de terre cuite, par la petitesse de leur taille et la ductilité de l'argile dont elles sont faites, échappent à un grand nombre des difficultés qui limitent l'art du sculpteur. Nous verrons les coroplastes du iii^* siècle créer des figures ailées privées de tout support et destinées à être suspendues par des fils. Au IV* siècle, la fantaisie des modeleurs, sans aller aussi loin, s'arrête a des détails d'une exquise minutie; le charme de la vie intime la fixe; elle y découvre mille et une scènes : jeunes filles jouant li la balle; coquettes qui se retournent et se cambrent pour se regarder marcher; femmes voilées qui dansent et gonflent aux vents leurs légères tuniques. Rien de plus élégant, rien de plus chaste aussi, que cette orchestique raffinée, pleine de sous-entendus qui ne font naître pourtant aucun désir sensuel : ce sont des femmes jeunes et gaies, qui dansent. Ce ne sont point des danseuses.
III* et IP 17. Époque dite hellénistique. — Au iv« siècle,
siècles. le mouvement était resté sobre ; au m* siècle, il s'exagère et la virtuosité devient le dernier terme de l'art.
L'école d'Athènes s'efiorce cependant de conserver la tradition classique, mais les écoles asiatiques de Pergame, de Rhodes, de Tralles, accusent les nouvelles tendances. L'art alexandrin, plus éclectique, est aussi moins violent; Alexandrie est une ville de lettrés et de collectionneurs. Le bas-relief pittoresque, à décor pictural, où la recherche du détail est pousse si loin, est une création de l'art alexandrin.
Principaux monuments hellénistiques :
Frise de Pergame ;
Laocoon ;
Taureau Farnèse.
Les monuments de la grande sculpture qui nous ont été. conservés fournissent peu d'exemples de mouvements orchestiques ; mais le rythme compliqué auquel sont soumis les gestes des personnages rattache ces gestes, d'une certaine manière, à la gymnastique des danseurs.
Par contre, dans les figurines de terre cuite (fabriquées a Myrina, à Smyrne, à Tarse, à Ephèse, à Milet, à Alexandrie, en Cyrénaïque) les sujets orchestiques abondent : Niké danseuses. Satyres, Bacchantes, Eros bacchants ; danseuses tournoyant en déployant leur voile ; figures ailées voltigeant, etc. C'est ici une orchestique sensuelle bien faite pour une époque où le culte d'Aphrodite et celui de Dionysos s'étaient substitués partout au culte des grands dieux du v** siècle.
18. Au 1*'' siècle avant J.-C. une réaction se pro- P' siècle, duit, un retour à la tradition classique, grâce à l'école d'Athènes qui n'a jamais rompu avec elle, et qui envoie à Rome un rénovateur de génie, Pasitélès. Ses œuvres et celles de ses élèves ont un caractère de noblesse et de simplicité qui les distingue profondément d'un grand nombre d'oeuvres hellénistiques. Mais on ne se contente pas alors de s'inspirer de l'esprit des anciens; on remonte avec une ardente curio-
site aux origines mêmes de Tart; on se passionne pour ces antiques figures du vi^ siècle, toutes raides de dignité, et on les copie. Un art nouveau prend naissance, Vart archaïsanty qui est le produit d'un véritable dilettantisme, et qui a longtemps donné le change aux archéologues. Aujourd'hui même il n'est pas toujours facile de distinguer une œuvre archaïsante d'une œuvre archaïque, tellement furent habiles les faiseurs de pastiches au i**" siècle.
Il est facile de constater que, fréquemment, par une convention singulière — qui est presque toujours une indication révélatrice, — les personnages de l'art archaïsant marchent sur la demi Pointe (102). C'est là un détail orchestique très reconnaissable, qui fait généralement défaut dans l'art archaïque.
Les figurines de terre cuite ont disparu avec le 11^ siècle, mais l'industrie des modeleurs reparaît au i" siècle sous une autre forme : les bas^reliefs de terre cuite, tous fabriqués en Italie, et qui sont souvent de stvle archaïsant, nous fourniront quelques beaux types de danseurs : Satyres et Ménades débordant d'entliousiasme bachique, Curetés dansant en armes, vignerons foulant la grappe en cadence, etc.
INTEUPRÉTAÏION DES xMONUMENTS FIGURÉS
19. Xj6S Restaurations. — De tous les monuments grecs antiques on peut dire que les plus fragiles, vases peints et figurines de terre cuite, sont ceux que le temps et la main destructrice des hommes ont le plus épargnés. Ils faisaient partie du mobilier funé-
rairc ; pendant de longs siècles, ils sont restés enfouis dans des tombeaux dont les parois les ont plus ou moins protégés : quelquesuns nous sont parvenus intacts. Ces vases, ces statuettes d'argile ne sont pas moins des documents d'histoire par les sujets qu'ils nous présentent que des objets d'art dignes d'admiration. Les fouilles méthodiques, si fécondes déjà, auxquelles on se livre depuis peu dans les nécropoles, peuvent faire espérer que nombre de questions pendantes jusqu'ici trouveront leur réponse dans le mobilier des morts.
Les monuments de la statuaire ont beaucoup plus souffert, bien qu'ils soient plus solides et plus résistants. Exposés à l'air libre, ils ont été dégradés par les agents atmosphériques; enfermés dans les temples, ils ont été brisés par l'écroulement des murs qui les abritaient. Mais les pires outrages sont ceux que les populations ignorantes leur ont fait subir : le temps, bien moins que l'homme, a mutilé les œuvres d'art antiques.
Aujourd'hui tous les morceaux exhumés, quel que soit l'état de leur conservation, passent dans les vitrines des musées sans subir de restauration frauduleuse. C'est là une règle absolue, dont les savants se font un devoir; mais cette probité est une acquisition toute nouvelle de la conscience archéologique. Jadis les a pots cassés » n'étaient pas du goût des amateurs d'antiquités ni des conservateurs de musée, pas plus que les statues sans tête, ou les têtes sans nez. De là un art de la prothèse en argile ou en marbre auquel nous devons tant de déplorables chefs-d'œuvre.
Demandez aux galeries de la sculpture, au Louvre, de vous livrer quelques-uns des secrets de la danse grecque antique; vous y trouverez entre autres, non loin de cette déesse admirable qui est amputée des deux bras, deux Satyres rieurs, qui jouissent de tous leurs membres. Ils sont très dignes de votre attention : ils dansent; tous deux ont le pied droit armé d'une étrange chaussure; la tête penchée en avant, ils paraissent tracer du regard sur le sol, par une habitude chère au danseur, les figures que leurs pas y dessineront. L'un de ces Satyres tient des cymbales. Voici deux précieux monuments de l'orchestique grecque : mouvements des jambes, des bras, indexions du torse et de la tête, instruments accompagnateurs, tout cela n'est-il pas sous vos yeux? L'usage des
kf'oupezia, sandales énormes en bois bardé de fer, est clairement révélé par la pose de nos deux danseurs : ce sont des aides rythmiques, des moyens de marquer plus nettement les divisions du pas et d'intéresser les oreilles du spectateur en mémo temps que ses veux. Admirez donc ces statues fécondes en indications de toute
sorte Mais avant de les dessiner ou d'en prendre de fines épreuves,
lisez, n'omettez pas de lire les honnêtes notices que le catalogue officiel leur consacre : Du Satyre cymbaliste il est dit :
Belle statue de marbre de Paros
Tête antique mal rapportée. Le menton, la bouche, le nez avec une partie du front et du cou y le bras franche y les deux Jambes et V arbre sont modernes ; mais le bras droit rapporté est antique.
Il est dit de l'autre Satvre :
Marbre de Paros,
Tête antique rapportée et retra\^aillécy mais étrangère à la statue. Sont modernes Vas^ant-bras droite les mains, le pied droit asfec le kroupezion^ le pied gauche et une partie de la jambe.
Vous aurez appris du moins que des deux Satyres danseurs, il n'y a d'antique, à peu près, que les torses.
20. Telles sont les « restaurations » dont nos musées sont encombrés. Tel est 1' <c art antique » que Ton olTre à l'admiration des visiteurs et qui si souvent les rebute. Depuis bien des années déjà on a renoncé à des falsifications que la Renaissance et Tépoque moderne avaient déclarées légitimes, nécessaires : on respecte à la fois les œuvres et le public. Faut-il regretter qu'on n'ait pas encore eu le courage de mutiler les statues « restaurées » pour en retirer les fragments antiques qui ont servi de prétexte à la fantaisie des sculpteurs modernes? Une pareille mesure ne saurait s'appliquer sans transformer nos musées nationaux en vastes nécropoles.
On devrait du moins placer à côté de la « restauration » le moulage en plâtre des morceaux antiques; bien qu'il puisse être plaisant, il est vrai, d'apercevoir à côté d'une haute statue un pied ou une main, ou un pan de draperie, précieux motifs qui ont servi à composer le reste *.
1. M. le D' Treu, conservateur du musée de sculpture, à Dresde, n'a pas bésitc ù entreprendre un travail très délicat, mais dont les résultats sont très précieux. Il a
Des étiquettes rectificatives ont été placées sur les socles ; elles sont un avertissement très utile. Elles ne suffisent pas. L'œuvre est dénaturée par les additions qu'elle a subies. Les conservateurs de nos musées, dont le savoir et la probité archéologique sont audessus de tout éloge, subissent un état de choses qu'ils déplorent et auquel ils n'ont pu jusqu'ici remédier.
21. La plus grande attention est nécessaire lorsqu'on essaie de lire sur les monuments l'histoire de l'antiquité. Autrefois on les restaurait ; maintenant on les fabrique, — ce qui n'est, après tout, qu'une restauration un peu plus complète. L'industrie des faussaires a pris, depuis quelques années, une telle extension que la méfiance est le premier devoir d'un archéologue lorsqu'on lui soumet une « trouvaille » exhumée par les soins d'un marchand de terres cuites. Il est moins facile de fabriquer un vase peint qu'une figurine : on ne peut guère tromper l'œil exercé d'un connaisseur qui sait les procédés spéciaux des céramistes grecs et. quelle patine prennent les terres, les couleurs et les vernis. Les terres cuites donnent lieu à des imitations bien plus parfaites, et il n'est pas toujours possible de les convaincre de mensonge.
Quelques-uns des vases de notre collection Campana présentent des retouches ; il est et il restera sans doute difficile d'y remédier, sous peine de compromettre la conservation des parties antiques. Quant aux terres cuites exposées dans nos galeries, elles peuvent défier tout examen ; chacune d'elles a son histoire et sa marque d'origine. Les réfections qu'elles subissent ne comportent jamais que la mise en place des morceaux antiques détachés par le temps.
L'ère des « restaurations » est close; mais elle a été assez longue — et assez féconde! — pour qu'il soit nécessaire de se prémunir contre les erreurs auxquelles pourraient donner lieu les œuvres pseudo-antiques dont elle nous a dotés.
fait enlever à toutes les statues gi'ecques et romaines les parties restaurées. Les statues ouxquelles il manque des morceaux importants^ dont la reconstitution serait purement hypothétique, resteront privées de ces morceaux et exposées telles quelles. Quant ù celles dont il existe des répliques antiques, M. Treu n'hésite pos ù les reconstituer d'oprcs CCS répliques, mais il a soin de rendre mobiles les morceaux rapportés, en les montant sur des liges de fer, de telle sorte qu'on puisse les ôter Tacilemcnt et remettre ainsi la statue dans l'état de mutilation où elle se trouvait ovant la restauration.