SOURCES
1 . L'étude de la danse grecque antique (VOrches tique, t, opyr^TTvxTi Teyvr^) a pour éléments d'information les trois sources suivantes :
Les Monuments figurés (vases peints, reliefs, etc.) qui nous présentent rimage des danseurs;
La Rythmique des poètes (lyriques, tragiques, comiques, chansonniers, etc.), dont les œuvres appartiennent à cette période où les trois arts musicaux — poésie, musique, orchestique — sont étroitement associés, et qui nous fournit Tossature rythmique de la danse;
Les Textes des auteurs, qui ont trait aux questions orchestiques, et qui, à l'exception de deux ou trois opuscules spéciaux, sont disséminés à l'état de fragments dans toute la littérature grecque.
2. 11 est presque inutile de faire observer qu'au point de vue de leur importance relative les Monuments figurés prennent le premier rang dans cette liste. Si l'on peut établir — et cette étude n'a pas d'autre but, — qu'abstraction faite de la fantaisie ou de l'inexpérience des artistes, les mouvements de danse qu'ils ont fixés sur les vases et les reliefs sont souvent bien vus et fidèlement traduits, on admettra volontiers que des représentations exactes des scènes orchestiques soient les documents les plus précieux que nous puissions consulter.
3. La Rythmique poétique, si elle était définitivement restaurée, apporterait a l'étude des monuments figurés le plus utile secours.
Dans une poésie accompagnée de chant et de danse, le rythme est en effet le lien commun qui réalise Tunion des trois arts. Chez les anciens, cette union est telle que si Ton arrive à la connaissance exacte du rythme de leur poésie, on a du même coup pénétré le secret du rythme musical et du rythme orchestique. Ce résultat est loin d'être obtenu : jusqu'à présent on n'a pu déterminer avec précision que les formules rythmiques les plus simples. La versification proprement dite n'échappe plus à l'analyse des métriciens ; la succession des temps forts et des temps faibles, les lois de leur alternance, leur durée relative sont parfaitement connues lorsqu'il s'agit de vers uniformes répétés en longues tirades (xxTa oriyov), ou de systèmes strophiques construits sur un modèle de forme arrêtée (strophe alcaïque, strophe saphique, etc.). Malheureusement, la poésie véritablement orchestique, celle dont l'allure plus libre ne s'astreint pas à des types métriques, la poésie des chœurs d'Eschyle, d'Aristophane ou de Pindare, n'a pu être soumise h une analyse exacte. Déjà d'admirables travaux en ont fait soupçonner la structure, et l'ordre s'est peu à peu introduit dans des ensembles métriques qui paraissaient n'être que confusion. Mais la part des conjectures est telle, dans ces restaurations, qu'il est impossible d'y trouver les éléments nécessaires à un rapprochement plausible avec les monuments figurés de la danse.
D'ailleurs, envisagée à ce point de vue spécial, la Rythmique prendrait peut-être une forme difliérente de celle qu'on lui a donnée. Les métriciens obéissent plus généralement à des préoccupations grammaticales, et jusqu'à un certain point pédagogiques, qu'ils ne tiennent compte des exigences particulières à la musique et à la danse ; il ne serait pas inutile d'introduire dans leur méthode certaines modifications pour l'appliquer utilement à l'ensemble indissoluble formé par les trois arts musicaux ^
En dépit des lacunes qui subsistent et qu'il sera peut-être difficile de combler, la Rythmique grecque, dans ce que la poésie nous
1. Si Ton veut se faire une idée exacte de l'état octuel des connaissances métriques, on les trouvera exposées arec une admirable précision dans le petit livre de L. Havet : Cours élémentaire de métrique grecque et latinet 3" édition (Paris, DclagroTe).