‹ La danse macabre du Bar: tableau du 15me siècle peint sur Bois et accompagnéChapitre 5 sur 6 · D'une si grande responsabilité · texte numérisé non relu

D'une si grande responsabilité

3. Le texte dit si vous entendiez. C'est le latin intendere, tendre, diriger vers, porter son attention à ou su*.

4. Littéralement votre pâme. L'effet d'une grande terreur est de remuer fortement les entrailles.

( 5. Nous dirions dans un sens analogue et en style familier « dure à digérer. » 6. Vieux mot, le même que malédiction.

Le tableau du Bar une fois connu dans tous ses détails, deux questions se présentent naturellement : « A quelle époque peut-on en faire remonter l'exécution ? Est-ce vraiment une danse macabre ou danse des morts qu'il représente?»

La date est facile à déterminer, approximativement du moins. Les costumes des personnages sont ceux des contemporains du roi Louis XII ou de son prédécesseur Charles VIII. Le tableau est donc de la fin du quinzième siècle au plus tôt ; les caractères de l'inscription sont bien certainement de la même époque (pi. B).

Avant de décider s'il représente réellement une danse des morts ou danse macabre^ voyons comment les artistes du moyen âge ont généralement traité le sujet que ces mots désignent.

Les compositions de ce genre furent assez nombreuses en Suisse, en Allemagne, en France, en Angleterre même^ ; le grand dictionnaire de Larousse en cite trente-neuf, dont la plupart peintes à fresque, cinq ou six seulement sculptées en bas-relief. Celles-ci sont assez bien conservées : quant aux fresques, il n'en reste presque plus rien; et elles ne nous sont connues que par des fragments fort endommagés, par des descriptions insuffisantes, par de vieux dessins ou par la gravure. La plus ancienne, dit-on, est celle qui avait été peinte en 1274 sur le mur d'un couvent de femmes au Petit Bâle, dans l'emplacement qui porte aujourd'hui le nom de Klingenthal*. La plus remarquable se voyait à Bâle même sur le mur du cimetière de l'église Saint-Jean. C'était une grande fresque peinte vers 1440, à l'occasion de la peste de 1439 et par ordre des Pères du Concile qui se tenait dans cette ville : elle est célèbre sous

1. Il est assez singulier qa'on n'en ait signalé aucane en Espagne et en Italie, pays essentiellement catholiques, où, plus que partout ailleurs, a de tout temps dominé le sombre esprit monacal. N'a-t-on pas le droit de présumer que c'est là, chea des populations à imagination pieusement ardente, qu'a du naître d'abord l'idée de présenter aux regards des chrétiens de toutes les conditions le salutaire spectacle d'une mort certaine à une heure inconnue ? et n'a-t-il pu se faire que l'antiquité des ces fragiles images, exposées aux prompts ravages du temps, ait été la seule cause de l'oubli où elles sont tombées durant les siècles de ténèbres qui ont suivi leur première apparition 7

2. Ne pas confondre avec le bourg de Klingenthal en Alsace, arrondissement de Schlestadt. Le Petit Bâle est séparé par le Rhin de la ville de Bâle proprement dite.

le nom de danse macabre (THolbein; mais ce grand artiste n'en est pas l'auteur^ ; Holbein a simplement dessiné une danse des morts tout à fait différente de celle dont il s'agit et qui a été gravée sur bois, probablement par Hans Leutzelburger, surnommé Franz ^

Toutes les danses des morts, peintes ou sculptées, représentent des personnages de diverses conditions, depuis le pape et l'empereur jusqu'au serf attaché à la glèbe, formant ensemble une sorte de branle conduit par la Mort, ou ayant chacun à son côté un squelette figurant la Mort, ou enfin des personnes réunies en. groupes distincts, présidés et entraînés par ce même hideux squelette.

Rien de pareil dans le tableau du Bar : il suffit de jeter un coup d'œil sur le dessin que nous en donnons, pour reconnaître combien il diffère de toutes les compositions dites danse des morts. Nous constatons à première vue que cette locution danse des m.orts ne saurait s'appliquer à notre tableau : les personnages qui font la ronde sont parfaitement en vie et tout entiers au plaisir, ne songeant guère aux flèches qu'e la Mort leur décoche à tour de rôle. Quant à ceux que frappent les flèches mortelles, ils tombent et ne se relèvent plus : suivant nous, danse des moribonds ^ serait donc ici une expression beaucoup plus juste, mais néanmoins encore assez impropre.

Sans contredit, le sujet de ce tableau appartient au même ordre d'idées que les lugubres compositions du moyen âge dont nous venons de parler ; mais la pensée principale n'est pas la même. En effet, ces compositions sont simplement l'expression de cette loi naturelle : « Tous les hommes, quelle que soit leur condition, mourront un jour. » Rien de plus, la pensée ne va pas au delà.

1. Holbein est né en 1498 et l'on a des preuves que la fresque de Bàle, dont l'auteur est resté inconnu, fut peinte vers l'an 1440.

2. Il en existe plusieurs éditions ; on peut les voir toutes dans la bibliothèque de l'Université de Bàle. Il existe aussi quarante-trois gravures représentant la danse macabre du cimetière de Saint-Jean ; je connais l'édition qui en a été faite à Bàle (sans date) par J. L. Puchs et C'*, avec une préface et un commentaire versifié, en trois langues : allemand, anglais et français.

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