‹ La danse macabreChapitre 32 sur 41 · LES CHARNIERS · texte numérisé non relu

LES CHARNIERS

trésor qu'elle avait acquis par treize années de dures privations.

Il ne restait point assez de nuit pour emporter hors de Paris plus de vingt mille pièces d'or , que les Ecorcheurs, les Anglais et n^erne les Français eussent regardées comme de bonne prise à une époque si pauvre en numéraire ; elle conçut le projet de se cacher dans les galetas des charniers jusqu'à ce qu'elle pût effectuer sa retraite sans accident. Elle avisa sur-lechamp à la translation du trésor qu'elle déposait sous les auspices d'une pile de têtes de morts que faisait osciller sa pesante démarche; il lui fallut plusieurs fois aller de la tourelle aux charniers , et des charniers à la tourelle; mais les lambeaux de linceul qu'elle employait à ce déplacement d'espèces n'étaient pas de fidèles dépositaires et quelques moutons-à-la-grand'laine, francs-à-cheval , francs-à-pied et angelots , filtraient toujours à travers les interstices de la trame usée. Giborne, toute rouge et toute essoufflée , s'empressait de terminer ces pénibles voyages que l'aube allait rendre impossibles, et elle ne s'apercevait pas de la monnaie répandue qui semait ses brisées. Enfin , exténuée de fatigue et de besoin , elle se blottit derrière un rempart d'ossemens et s'endormit sur cet or qui

n'apaisait pas les fureurs intestines de sa faim dévorante.

Les fossoyeurs, qui arrivèrent les premiers au cimetière des Saints-Innocens , s'épouvantèrent de trouver Macabre étendu mort au pied de la tour de ]Sotre-Dame-du-Bois ; ils reculèrent d'abord , s'enhardirent ensuite, et se familiarisant avec le défunt qu'ils eussent plus redouté vivant, i!s le déshabillèrent et le dressèrent debout contre la muraille , où les badauds le vinrent examiner et toucher. Cette aventure fut interprétée avec de merveilleux commentaires, et les moins crédules se persuadèrent, à l'aspect de ce squelette naguère animé , que le démon avait choisi cette forme maudite pour mieux présider aux calamités qu'il faisait peser sur la ville depuis treize ans ; aussi personne n'eut l'audace d'insulter à ce cadavre qu'on eut dit desséché par un long séjour dans une terre sablonneuse; quelques-uns se signaient en le considérant, et d'au très crièrent au miracle. Cependant on visita l'habitacle du jongleur ; on descendit dans le hideux caveau; on monta sur la plate-forme, et l'inspection des lieux acheva de corroborer l'opinion populaire qui attribuait a Macabre un pouvoir surnaturel, l^intérieur de la tour ressemblait en effet à un repaire de

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