SAINT-JACQUES-DE-LA-BOUCHERIE
temps emprisonnée au milieu des maisons et des fiefs particuliers qu'elle acquit Tun après l'autre de la dévotion des propriétaires ; et par suite de ces augmentations successives , elle s'étendit enfin depuis la petite rue du Crucifix jusqu'à celle des Arcis, s'entoura d'une ceinture de chapelles, et s'enrichit de plusieurs confréries de marchands. Celle des bouchers du Grand- Châtelet, la famille Arrode, Nicolas Boulard, et surtout l'écrivain Nicolas Flamel , qui passe pour avoir su faire de l'or, agrandirent et ornèrent à l'envi leur paroisse à une époque où le marc d'argent valait sept livres , où le plâtre coûtait un sou le sac, où la journée de travail d'un maçon se payait quatre sous six deniers, Nicolas Flamel, qui légua une partie de ses biens à la fabrique , dirigea toute sa vie des constructions, des sculptures et des inscriptions, qu'il répandit plus généreusement à Saint-Jacques , édifiant le portail de la rue des Écrivains , visà-vis sa maison de la Fleur-de-Lis , faisant peindre des vitraux et préparant sa sépulture , avec la manie vaniteuse de répéter partout son image , le portrait de sa femme Pernelle , et l'écritoire qu'il avait prise pour armoirie.
En 1 43 8, Saint- Jacques , nouvellement rebâti de fond en comble, n'avait plus de partie
vieille, noire et sévère, que son clocher carré a pleins cintres en face la rue Marivault , et son porche sombre de la rue du Crucifix , qui s'ouvrait sur le Cloître destiné à servir de cimetière et plein d'immondices permanentes , que trois maisons abattues avaient amassées dans un plus lar^e espace , bien que le curé se plaignît des odeurs putrides qui pénétraient dans les fonts baptismaux. Des échopes d écrivains, en bois et en maçonnerie , étaient accrochées aux murs de l'église comme une lèpre hideuse, et avaiciït envahi trois ou quatre pieds de la voie publique, qu'elles surplombaient avec leurs auvens et leurs enseignes. Quelques masures décorées du titre d'hôtel étouffaient le côté méridional et oriental de la basilique, dans laquelle ces habitations mitoyennes conservaient des fenêtres, tant le profane s'alliait étroitement au sacré; on entendait la messe de son lit ou de sa cuisine. Une femme voilée entra précipitamment par la porte de la Pierre-au-lait, dans la rue du Crucifix , ainsi nommée d'une croix qui ne faisait guère respecter ses alentours. Un homme qui la poursuivait entra derrière elle et oublia de lui présenter Teau bénite; elle parut rassurée en présence du saint sacrement exposé sur l'autel , au dessus des reliquaires ; elle ralentit le