‹ La d©clamation lyrique et la mise en sc©·ne; de l'©cole au th©ßtreChapitre 4 sur 8 · II. — METTONS-NOUS AU TRAVAIL · texte numérisé non relu

II. — METTONS-NOUS AU TRAVAIL

Combien de volumes faudrait -il écrire pour esquisser seulement quelques idées sur le Chant artistique !

Mais, peut -on, dans un livre, enseigner la déclamation lyrique? Non, pas plus que la littérature ; toutefois, le livre est d'un puissant secours ; en ceci qu'il meuble la mémoire, fixe les principes généraux et commence l'initiation que la leçon développe et complète.

Il s'agit d'étudier le caractère d'un rôle ou seulement une partie d'un rôle. Prenons un exemple :

Dans le « songe » d^Iphigénie en Tauride — pour ne citer que l'un des airs classiques parmi les plus difficiles et les plus fertiles en enseignements — la voix , pour traduire le sentiment et l'expression des diverses phases, doit recourir à divers modes d'émission, car ce morceau exige de l'interprète une manifestation vocale très diverse et très étudiée, non seulement à cause des inflexions nécessaires, des expressions différentes et des nuances si variées , mais aussi à cause du récit même de ce songe, lequel est en dehors de l'expression générale du personnage.

Voici venir Iphigénie, la douce, la tendre, la « divine Iphigénie ». Dès son entrée, son attitude,

^ LA DÉCLAMATION LYRIQUE o

ses gestes, sa physionomie, sa diction, la qualité et les inflexions de sa voix, tout doit concourir à nous la représenter.

Elle se lamente : elle a revu , en songe , le palais de son père, elle allait oublier « en ces doux moments » tant « d'anciennes rigueurs » et tomber dans les bras d'Agamemnon. Mais elle fait le récit de ce qui se passe ensuite. Et voici que la « terre tremble sous ses pas », que le « soleil indigné » fuit, que « la foudre en éclats tombe sur le palais, l'embrase et le dévore! » Et, au milieu des « débris fumants », se présente son père, « sanglant, percé de coups » et fuyant la « rage meurtrière » d'un « spectre inhumain » qui n'est autre que sa mère ! Et cette mère l'arme d'un glaive et disparaît. Comme elle va fuir, on lui crie : « Arrête ! » C'est Oreste ! Elle veut lui tendre la main... Un « ascendant funeste » force son bras « à lui percer le sein ».

Quelle scène épouvantable ! Comment la chanteuse ne sent -elle pas la nécessité de varier la voix, l'expression, l'attitude, tous les moyens d'interprétation, au récit de cet abominable cauchemar, pour redevenir ensuite la divine Iphigénie, implorant Diane par les accents d'une foi émue, d'une sérénité supérieure, dominant les orages de l'âme.

C'est à dessein que nous avons choisi ce

ET LA MISE EN SCÈNE

morceau comme exemple de travail. On en fait trop fréquemment l'objet d'une fausse interprétation. Sous prétexte , croyons -nous , de conserver au personnage son caractère de victime expiatoire, on débite, sans aucun relief, le récit du « songe », avec une préoccupation de l'uniformité qui, fatalement, amène la monotonie et la froideur.

Il y a là une erreur ; pour s'en convaincre, il suffirait, non pas même de pénétrer la pensée du compositeur, d'analyser les paroles et l'action, mais, tout simplement, de se laisser aller au mouvement et à l'émotion de la musique.

Les œuvres de Gluck se chantent comme on joue la tragédie : mouvements cadencés, rythmiques, attitudes imitées de l'antique, voix posée, articulation précise, simplicité, sobriété , émotion contenue , chant large et dans le style un peu pompeux de l'époque. Le geste harmonieux — et lent, puisqu'il est forcément rare, — et toujours plein de dignité, même dans l'emportement le plus passionné. Rien ne doit, à aucun moment de l'action, révéler la personnalité moderne.

Ce devrait être la grande préoccupation des jeunes artistes, leur étude quotidienne. Cette école rehausserait leur interprétation du répertoire, de tous les répertoires, et les préparerait

^ LA DÉCLAMATION LYRIQUE

aux ouvrages du répertoire actuel, dont quelques-uns abondent en effets faciles.

Les meilleurs comédiens du boulevard sont ceux qui ont travaillé Molière et Beaumarchais.

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