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sont pas 60 milliards.qu’il faut dire. Selon M. Edmond Théry, selon M: Neymarck, selon tout dernièrement M. Raoul Péret, ce sont 30 milliards.
Une pareille erreur nous doit arrêter.
Sera-t- Fe unique ? Et quand, Chef du Gouvernement Français, on double allegrement le chiffre d’une part aussi importante de la fortune française, la part e plus difficile à recouvrer, puisque la garantie matérielle en est hors de France, ne pourra-t-on tout autant déformer les nes de telle ou telle portion de cette part même ?
20 milliards de fonds russes en France, nous dit notre Premier, notre Unique.
Voyons de plus près. C’est notre enquête.
Le 15 avril, nous adressions un questionnaire succinct aux 47 personnalités qui ont pris si benoîtement la défense des porteurs français de fonds russes, mis plutôt mal en point dans leur modeste épargne par les exhortations antérieures de ces 47 soutiens des placements russes, publics ou privés. Parmi ces 47,
lusieurs publicistes : M. Edmond Théry,
. Neymarck, qui avaient naguère la réponse accueillante (nous eûmes lhonneur de l’éprouver nous-même quand Paie Geissler nous fit étudier Îles milliards placés par les Français chez
no AT
les peuples depuis lors ennemis) — plusieurs journalistes financiers : M. Manchez par exemple — beaucoup de banquiers ou d’administrateurs de sociétés qe ont, eux aussi, la plume facile quand il s’agit de rédiger une belle circulaire pour faire cracher l’épargnant à leur bassinet.
Une seule réponse nous est venue de ce premier groupe. La voici. Elle est de M. Manche: :
Le Temps, 5, rue des Italiens, Paris (9e).
le 18 avril 1910.
Monsieur,
Je me garderai bien de répondre à votre questionnaire, malgré le désir que jai de vous être utile. Mais j'avoue que je n'ai aucun élément de statistique pouvant me permettre de faire le travail que vous me demandez.
L'Office National estencore la meilleure source à laquelle vous puissiez puiser.
Veuillez agréer, Monsieur, avec mes regrets, mes salutations distinguées,
MaAnCHEZ.
Ainsi M. Manchez ne sait rien de la
uestion ? Or il fait partie de l'Office National des Valeurs Mobilières. Et depuis
des années, il est la force financière du Temps, dont il rédige chaque dimanche les bulletins financiers. Il a contribué à faire verser des milliards à ses lecteurs.
Ses chroniques, nous le pourrions prouver par des citations rétrospectives (aujourd’hui il est plus circonspect en la matière) ont été lyriques en faveur du tzarisme emprunteur. Maintenant il ne sait rien. Nouveau Moïse, il a frappé le rocher de l’épargne française et, sous sa baguette, l'or a coulé vers la Russie. Il n’a pas même songé à mesurer le débit des sources par où lui-même aidait à fuir la force de la Nation.
Au moins a-t-il pris la peine de nous répondre. Et nous l’en remercions 1e).
non pas à titre personnel (notre personne sait ne rien être) mais à titre général.
Peut-être verrons-nous enfin le Temps aborder franchement le problème, et comprendre ce qu'il y aurait de peu digne pour le Conseiller de la Grande Bourgeoisie française à se réfugier dans un mutisme qui n’est qu'une habileté d’autruche.
Autruches, les 46 autres. Et M. Edmond Théry, plus bavard naguère quand il clamait dans le Matin son allégresse à voir les grandes banques enfler les dépôts...
les dépôts en papier, en assignats (1) — et M. Alfred Neymarck, qui doit envisager la
(1) V. Matin du 20 octobre 1918. Cf. Activité fr. el étr. n° 2, p. 58.
question de la vue contradictoire avec laquelle Gargantua regardait mourir sa femme Badebec et naître son fils Pantagruel : un œil de M. Neymarck (celui
ui savoure les chroniques du journal FE Rentier) admirant sur sa carte de visite ce beau titre « Membre de lOffice National des Valeurs Mobilières », l’autre contemplant les fiches de sa bibliothèque ; car ce dégustateur de statistiques n’a sans doute pu résister à sa passion (la Statistique, disait M. Thiers, est l’art de préciser ce que l’on ignore) et sa bibliothèque, son musée secret des chiffres, doit contenir les actes mortuaires de la grande opération russe, que tous les anathèmes contre le bolchévisme et ceux dont on veut en faire, d’une injure facile, les suppôts en France, n’empêcheront pas d’avoir été, par la grâce des 47, de MM. Neymarck, Théry, Manchez, et quelques autres que nous démasquerons, une opération néfaste à la France.
Autruches encore, au beau plumage ébouriffé de mépris, les dignitaires des Finances. Nous avions écrit à M. le Directeur du Maniement des Fonds. Jamais ne répondit.
Nous apprîmes d’ailleurs, et peu après, qu'il occupait son temps à donner puis à retirer sa démission, suivant que M. Klotz se voyait refuser par la Chambre un milliard de nouveaux assignats puis en obtenait trois.
Les 47 dormants n'étaient pas toute la caverne financière, les 46 plutôt, puisqu’un d’entre eux se réveillait à demi
our dire qu’il ne pouvait rien dire. Il fallait s'adresser aussi aux écrivains, consulter la littérature du sujet.
Elle est presque inexistante. Chose qui paraîtra moins étrange quand nous aurons démonté le mécanisme de la Presse Financière, et montré son système de silence autant que de mensonge, les journaux financiers, les spécialistes de la matière, ne donnent aucune étude importante sur les placements russes en France. L'Economiste Européen mit obligeamment sa collection à notre secours, .
mais en nous avertissant que depuis des années il ne devait s’y trouver aucune étude de ce genre qui fût de quelque importance. La lecture d’une quinzaine de périodiques financiers qui veulent bien s’échanger avec notre Activité ne nous apprit rien depuis plusieurs mois. :
Restaient les livres. Et nous eûmes un frémissement de joie, de cette joie que connaissent tous les fouilleurs d’archives, quand nous découvrîimes le Catalogue de la Bibliothèque Financière (24, rue Feydeau). :
Hélas ! Sa lecture même nous montrait qu’il n’existait pas un seul ouvrage por- :
tant vraiment, par Son titre, SUT un Sujet
SE
pourtant grave, puisque le Chef du Pouvoir Français déclare au Monde que la France est engagée de ce chef pour 20 milliards.
D’innombrables livres, brochures, plaquettes (de celles qui s’éditent en un paquet pour être vendues plus facilement aux financiers qu'elles visent). Rien sur les placements franco-russes. Ou de la polémique personnelle, ou de la lourde théorie. De l’Urbain Gohier, ou de l'Yves Guyot.
Cependant, à bien chercher, quelques livres. Voici les trois essentiels.
Henry Corzas : La Banque de Paris et des Pays-Bas et les Emissions d’emprunts publics et privés. Thèse de doctorat en droit. Faculté de Dijon, 1908.
Ouvrage épuisé chez l’imprimeur ; introuvable ailleurs qu’à la Bibliothèque Nationale... ou à la Banque de Paris et des Pays-Bas. Nous l'avons fait lire et analyser... à la Nationale. L’auteur est décédé.
ComTE DE SaiNT-Maurice : Les Instruments modernes de la Politique Etrangère. Les Emprunts d'Etat.
Ouvrage épuisé. Même méthode pour notre analyse. L'auteur est décédé.
Lysis : Contre l'Oligarchie Financiere.
Paris, chez Albin Michel. L'ouvrage n’est pas épuisé ; l’auteur non plus.
Ancien rédacteur « financier » de La Guerre Sociale, il a cru élégant, dans le journal récemment fondé pourlui, La
Démocratie Nouvelle, de nous traiter de bolchéviste (!) pour satisfaire sans doute d’obscures rancunes hervéistes. Quand on a changé, on déteste celui qui n’a pas changé ; et on le déteste à proportion des services qu’il rendit à celui avec lequel:
on reste, par dessous mains, acoquiné.
Mais les basses haines d’homme contre homme n’enlèvent rien à la valeur d’un ouvrage. Celui de Lysis, quelque soit l’homme qui se voile prudemment de ce pseudonyme, seul atticisme dont jamais ait été capable la Guerre mn demeure une œuvre très forte. Mal composée, réunions d'articles de journal, donc écrits au jour le jour, pêle-mêle parfois d'informations sans contrôle et sans références solides, Contre l'Oligarchie Financière n’en contient pas moins plusieurs pages qui, sur la question même des placements russes, nous seront un guide précieux. Et si Lysis, dans sa Démocratie Nouvelle, a le courage de s’en prendre de nouveau à la Ploutocratie des grecs de la Finance, nous profiterons de son œuvre là encore — et le dirons.
Cependant, un sifaible bagagelivresque (et quoique à l’égard de Lysis on puisse dire « non multa sed multum ») nous intriguait. On ne pompe point vingt mil-
an D
liards sans qu'il subsiste, et comme eût dit Pataud, un « petit mot d’écrit ». Un escroc ne laisse pas de papiers. et encore ! Mais un financier, un Raffalovich, un gouvernement de financiers, deux gouvernements, le Petit Père le Tzar et la Petite Mère la République ! Il devait bien y avoir quelque chose quelque part, sinon en France — où les avés préfèrent digérer paisiblement — e moins en Russie, où les révélations ne sont plus dangereuses, maintenant qu’il n’y a plus rien pour le Tzar à emprunter nulle part.
Oui ; mais la Russie est plutôt malaisée à atteindre. Le seul correspondant que puisse avoir avec elle un Français indépendant, c’est présentement (voyez Guilbeaux, et même Sadoul) un Conseil de Guerre. Et le sabre aime mieux couper la plume, ou la langue, que faire fulgurer la vérité !
eulement, la Russie n’est pas toute à Saint-Pétersbourg (gardons ce vocable, pour le jour où la « libération » de la Russie l’imposera de nouveau). Tous les Russes ne sont pas bolchévistes. « Rome n’est plus dans Rome, elle est toute où je suis », s’écrierait M. Arthur Raffalovich, dont la race est universelle.
Et justement, une indication obligeamment fournie par la Bibliothèque Financière nous donne le fil conducteur de nos recherches.
En 1913, le Ministère des Finances de