NON ABUS
goisse financière, et l’espoir de rejeter
son déficit sur le vaincu.
Ce que nous avançons ainsi est-il ima-
gination de folliculaire ?
Le service des Etudes financières du Crédit Lyonnais doit connaître un ouvrage qui, pour être écrit en allemand, n'en est pas moins pensé en la langue que ce service doit apprécier, car elle est internationale : « la langue des affaires ».
C’est l’ouvrage d’Agahd (Grossbanken und Weltmarkt. Les grandes Banques et le Marché Universel — Berlin, chez Haude et Spener, et Max Paschke). 11 fut publié en 1914, et rédigé par un technicien qui avait longtemps travaillé à Saint-Pétersbourg. Les affirmations en sont formelles. Que le Crédit Lyonnais relise par exemple la page XXIII, où Agahd montre le malaise financier né de la contradiction persistante entre le vieux système agraire de la Russie et le mécanisme moderne de la banque.
Nous publions dans notre appendice des extraits qu’un de nos coilaborateurs a traduits pour nous de cet ouvrage encore presque inconnu en France.
Mais Agahd n’est pas moins net envers la linance qui faisait prêter à la Russie — et dédaignait ensuite de surveiller les capitaux par elle transmis.
La sécurité de l'opération, tandis que, de 1895 à 1900, la Russie accroit son déficit public de 3 milliards ? Oui — la sécutité pour les Etablissements qui ont émis.
Ils ont réalisé leurs bénéfices. Très bien.
Mais pourquoi ont-ils abandonné les acheteurs, les porteurs, ceux qu'ils avaient excités à l’achat des fonds russes, les ont-ils abandonnés à eux-mêmes, désarmés individuellement devant un tzarisme fourbe comme tous les Slaves, arrogant comme tous les chevaliers qui vivent d’estampe ?
Car enfin, nous rassurer... rétrospectivement, en nous disant que les derniers emprunts servirent surtout à payer les coupons des premiers, c’est, nous le faisions remarquer à notre interlocuteur en une de nos rares interruptions — c’est un maquignonnage furieusement ana- .
logue à ce que l’argot de banque appelle de la cavalerie.
« Je te dois cent écus, Jacques Bonhomme ? Et bientôt il me faudra t’en verser cinq d'intérêt ? Eh bien, mon brave, tu vas m'en prêter cent autres, ou pour le moins cinq nouveaux, bien sonnants et trébuchants. Sinon je ne te paierai rien — et le compère Michel est là, en Silésie, qui me fait risette. Paie, Jacques Bonhomme, ou prends t’en à tes politiciens et à tes financiers, à ta gueuse de République. En croquant tes écus, le Seigneur Nicolas te fit beaucoup d’honneur ».
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Et Jacques Bonhomme sortit d’autres écus de ce bas de laine, qui maintenant a plus de trous que de mailles.
Donc impéritie des Etablissements émetteurs ? Non point. Excès d’habileté — parce qu’excès de bénéfices.
Ici, expliquons-nous.
Quand un homme tel que le représentant du Crédit Lyonnais affirme, ce ne serait pas seulement vilenie, ce serait d’abord sottise que de suspecter sa franchise. Le Crédit Lyonnais a touché des commissions modérées sur les emprunts russes ? Fort bien. Nous le croyons.
Mais nous cherchons comment une pareille affirmation se peut concilier avec tant d’affirmations contraires, et non moins dignes de foi. Nous cherchons. Et nous trouvons. Le porte-parole du Crédit Lÿonnais a dit vrai. Mais les affirmations opposées sont vraies aussi. Il n’est que de voir tous les éléments du problème.
Pour faire une addition, il convient de n’omettre aucun chiffre. Sinon les calculateurs d’égale honnêteté n’arriveront pas à une somme égale.
Nous avons déjà dit notre chiffre, démesurément supérieur à celui qu’on nous affirmait au Crédit Lyonnais.
LS 2e
Comment étions-nous arrivé à soutenir que les Etablissements qui placèrent des emprunts russes en France y gagnèrent en moyenne 8 à 10 0/0 ? Etait-ce de notre part fantaisie, mauvaise foi, légéreté de polémiste, voulant ameuter la foule par lies plus impudentes calembredaines ?
Serrons la question. Elle est le nœud même de notre sujet. La réponse que nous y pourrons, que nous y devrons apporter dominera tout le débat, et formera comme la clef de voûte non seulement de cet essai, mais de tous les essais de politique financière que nous tenterons à sa suite, et pour combattre la fuite le lPargent français.
« Dis moi ce que tu y as gagné, et je te dirai pourquoi tu l'as fait, ét pourquoi tu : le veux refaire ».
La lettre non signée qui nous fut adressée le rer mai, et dont nous avons déjà cité le passage si net sur l'éxacte importance des Placements Russes, continuait ainsi : |
« Quant aux commissions et frais des emprunts, on peut les établir aisément en consultant les documents officiels russes et notamment un discours prononcé par M. Kokovtzeff à la Douma, en réponse à M. Chingareff, rapporteur général du Budget, Ministre du Gouverne-
ment provisoire, assassiné par les bolcheviques.
L’importance de la commission et des frais d'émission est indiquée par l'écart entre la somme réalisée et la somme encaissée par le Trésor comme produit net.
Elle a varié entre 1 1/2 o/o au minimum et 3 3/4 o/o au maximum. Ce dernier taux est celui de l’emprunt conclu en 1908 (4 1/2 0/0 1909). Le syndicat reçut 3. 75 oo, son bénéfice net fut de 1.320/0.
On est loin des chiffres fantaisistes concernant les profits réalisés par les banques sur le Gouvernement russe et les souscripteurs. »
La précision de ces renseignements ne laissa pas d’abord que de nous ébranler.
Puis nous relûmes, et une fissure nous apparut comme possible dans l’argumentation. Supposons que Kokovtzeff ait dit la vérité devant la Douma. L'on voit que nous allons à l’extrême des complaisances pour un Ministre du Tzar, celui-là surtout qui sert aujourd’hui Koltchak reniant son Tzar, et acceptant la fiction d'un peuple russe libéré de son autocrate, Empereur et Pape, celui-là qui demain servira Lénine, s’il est enfin reconnu par les Alliés, ce qui peut fort bien arriver (l’ofire de la conférence à Prinkipo était déjà une reconnaissance).
Kokovtzelf a donc répondu la vérité à Chingarefl. Mais quelle vérité ? « L’écart entre la somme réalisée et la somme encaissée par le Trésorcomme produit net ».
Seulement — et c’est ici que doit gîter le lièvre, on aperçoit aisément son museau — qu'est donc la « somme réalisée » ?
Notre anonyme apporte un exemple, celui de l’emprunt 4 1/2 o/o de 1909. Et nous sommes prêt à croire qu'il ne s’est pas trompé, comme nous sommes certain qu'il n’a pas cherché à nous tromper. 51 nous utilisons sa Ieéttré, © est qu’elle respire la sincérité. Mais une seule précision nous suffit-elle—sur cinquantedeux emprunts ?
1909, c’est la fin de Paventure. La Russie a farci le portefeuille français de son papier. Notre Petite Epargne finit par se méfier. De son côté la Douma, quoique fantômatique, est un spectre qui rend prudente la Finance. Qu’un Chingareff, un Député, un Cadet, un de ces Constituuonnels hier presqu’aussi méprisés par ’Autocratie qu’un /ntelligenziste, puisse poser des questions publiques à une Excellence hier émanation du Tzar, donc du Dieu russe, cela change de 1801, et même de 1905. Il faut dorénavant puiser avec plus de réserve dans le magot prélevé sur la candeur de la France pour Intérêt National... de la Russie. Donc, les pauvres émetteurs n’ont fait, en 1909, du syndicalisme qu’à 1.32 0/0 ? Fort bien.
Mais avant ?
Et d’abord, un instant de réflexion.
Notre « lecteur de l’Activité française et étrangère » dit : « Le syndicat recut
—— 9 ee
3.75 oo ». Ce n’est déjà plus 1.32 o/o. Ces deux chiffres projettent ici un jour particulier. Nous indiquerons bientôt que le bénéfice net des Banques n’est pas du tout la question, que les Banques ont trop beau jeu à ne voir que leur avantage étroitement propre, que ce qui nous doit préoccuper, c’est fout le bénéfice, celui de toutes les bandes émetteuses — exploiteuses.
3.75 oJo, ou 1.32 o/o en 1909 ? Mais avant ? C’est un ensemble de vingt annees sur lequel nous portons notre examen — un système continu, une machine à cinquante-deux répétitions.
Prenons trois livres, et puisons-y quelques renseignements.
D’abord notre cher Lysis. Au temps où il faisait à la Financela « Guerre sociale», il était d’une indiscrétion qui a laissé des traces.
Contre l'Obligarchie financière en France, pages 18 et 19.— Le mécanisme de la constitution initiale, de l’organisation de chaque emprunt y est résumé.
D'abord « le Syndicat d’Apporteurs ». — « Ce syndicat prélève une commission qui varie selon les pays, mais qui serait rarement inférieure à 5 o/o du produit de l'émission. Dans ce syndicat figurent tous les intermédiaires ou personnes utiles à
la combinaison qui ne veulent pas se faire connaître. Le plus curieux, nous est-il affirmé, c'est que les principaux administrateurs de l'établissement de crédit ou leurs hommes de paille font partie souvent du syndical d'apporteurs, ».
A ces mots, soulignés par Lysis dans son ouvrage, ajoutons le nôtre, ou plutôt celui de la Bourse, celui que notre anonyme doit bien connaître. Le syndicat d’apporteurs, qui prend une.première commission et grève ainsi l'emprunt
qu'il va placer ensuite chez les chenis,
À E< 8. j mémes des Etablissements dont chaque svndiqué fait partie, en alourdissant par conséquent le titre dont ces apporteurs
vont affirmer « la sécurité »,ce syndicat
occulte s'appelle familièrement « la table ». Premier banquet.
La table servie, il faut assouvir d'autres appétits. Alors se constitue le « Syndicat de Garantie ». C’est à cette sorte que faisait allusion tel de nos correspondants
cette fois avoués, et signant leur lettre :
ainsi la Maison Hoskier.
Nouveau syndicat — Nouvelle commission. « La moyenne de cette commission, dit Lysis, pour les emprunts émis pendant les dix premières années, est également de 5 o/o environ du produit de l'émission... Un journal financier a relevé de la sorte une commission de 10 ojo sur un emprunt russe en oblhigations de chemin de fer ». PE
Deux syndicats, deux commissions.