‹ La débâcle des placements russesChapitre 29 sur 53 · o/o chemin de fer 1889, p · texte numérisé non relu

o/o chemin de fer 1889, p

Combien de millions français la Maison Hottinguer a-t-elle ainsi aidé à engloutir dans la Néva?

Croit-elle que ne pas répondre à nos légitimes interrogations de publiciste la protégera ?.. Après les enquêtes individuelles viendront les enquêtes générales — après tel ou tel citoyen, la Nation.

Mais cette Nation, ceux-là seuls qui s’appellent entre eux, comme une marque d'automobile, la H.S.P., la Haute Société Protestante, ceux-là seuls auraient le droit de parler en son nom.

Ce sont les grandes figures austères de la Patrie. Ils l’ont montré pendant le Dreyfusisme, en hurlant avec les loups nationalistes, et de peur qu'on ne vit de trop près leur pelage helvétique.

Ils Pont montré pendant la Guerre, en hurlant avec les exploiteurs du Patriotisme, en créant à grand tapage des Foyers du Soldat dans leurs banques, des Infirmeries dans leurs châteaux, des Messes Mortuaires où l’on ne songeait pas encore au repos des âmes envolées pour la Patrie, mais à la fructueuse sympathie pour les survivants. Ce sont les seuls patriotes. — Fort bien. Repre-

nons l'Annuaire de leur patriotisme financier : le Chaix de 1916.

P. 148. Banque Impériale Ottomane. Conseil à Constantinople : Trois Beys.

Comité de Paris : Baron Rodolphe Hottinguer, Raoul Mallet, Albert Mirabaud, P. Naville, baron Jean de Neuflize, Félix Vernes. Vous pensiez être à Péra, .

sur la Corne d’Or? Ne seriez-vous pas à Genève, sur la Corraterie ?

Certes les Turcs sont de bonnes gens.

Nous les goûtons valsant devant le Bour:

geois-Gentilhomme. Et surtout ne nous parlez pas des Dardanelles, ni de la Mésopotamie, ni des Arméniens massacrés, ni des Grecs torturés. Pourquoi troubler un nouvel emprunt ?

Et donc le Chaix de 1918 (quatrième année de la guerre) ne dira point — et pour cause — entre les mains de quel séquestre se trouve lAgence de la Banque Ottomane à Paris, 7 rue Meyerbéér.

Mais voyez mieux la H.S. P., celle de la Banque Ottomane. M. Raoul Mallet (sept Conseils d'administration) : Chemin de fer ottoman Salonique-Constantinople.

M. Georges Mallet : Société Ottomane du Chemin de fer Damas-Hamah — collègue de Youssouf Razi Bey (S. Exc.) à Constantinople.

M. Julien P. Monod(H.S. P.sil’on veut, mais dans le protestantisme les Monod ne sont noblesse que d’Eglise) : Société

Ottomane du Chemin de fer Smyrne- Cassaba — collègue de Farragi Effendi et de Pangiris-Bey (Alexandre, S. E.) tous deux à Constantinople — collègue en outre du Dr Alfred de Rapoport, à Vienne, en 1918. Vivent les obusiers autrichiens qui firent merveille à Maubeuge !

Barons Hottinguer et Mallet encore conjugués, dans leur amour de la Turquie, jusqu’à la Compagnie générale des Eaux pour l'Etranger, puisque cette Société dont ils sont, le premier, Président, le second, Administrateur, indique sous la rubrique « affaires en participation »

Huret (L) Directeur de la Compagnie à Constantinople. En 1918 la mention subsiste — celle du séquestre n'apparaît pas.

Et maintenant, une comparaison.

En 1918, il aurait paru un Annuaire politique donnant les noms d’adhérents à un groupement internationaliste. Supposons — par fantaisie — qu'on y eût vu : Comité de Paris : Rappoport — non pas le doktor Alfred, celuide Vienne, l'ami de la H. S. P., mais l’autre, celui qui « défaitisait » dans les caves, l’affreux ; Conseil à Moscou (ici le nom qu'il vous plaira, en nine ou en sky). Croyez-vous QU S DOCTU SC et ta H. S. J., les trois Hautes Sociétés, la protestante, la catholique, la juive, n’eussent pas poussé une même clameur de patriotisme indigné, devant l’impudence d’un « sans-patrie » osant main-

Ps 134 —

tenir son adhésion à un Conseil ennemi, accolant publiquement son nom et son adresse au nom et à l'adresse d'un ennemi ? Quels nobles accents eussent trouvés un Bouchardon en son rapport, un Mornet en son réquisitoire !

Une œuvre déjà vieille, et rédigée par un placide économiste, le « Tableau des Cours des Principales Valeurs, du 17 janvier 1797 à nos jours, négociées et cotées aux Bourses des Effets Publics de Paris, Lyon, et Marseille » (2e édition, 1873), fournit le point final à toute cette analyse, que nous avons dû faire documentée. Son auteur, Alphonse Courtois fils, montre en sa préface (p. 5) la rente française remontant brusquement à la nouvelle de Waterloo. « Ne nous en étonnons pas (observe le placide économiste), on sent avec le cœur, mais on raisonne avec la tête, et c’est la tête qui dirige la Bourse. »

C’est donc la tête qui dirige le judaïsme des Rothschild, le patriotisme des Hottinguer ? Merveilleuse apologie. Et nous ne contestons à des Rothschild non plus qu’a des Hottinguer leur droit à la froide raison. Mais qu’alors ils ne prétendent à aucun monopole d'amour de la Religion ou d'amour de la Patrie. Et qu'ils nous laissent concevoir la Patrie comme moins prodigue de son argent pour les régimes pourris, la Religion comme moins avilie par son asservissement devant la richesse,

L'Académie des Finances franco-russes n’a pas de Dieu, n’a pas de Patrie. Que Lamartine chante : « Chacun est du climat de son intelligence. » Le Financier est du climat de son dividende.

Quand nous étudierons l’Internationale Financière, à notre prochain essai, et la chercherons dans ses antécédents, nous montrerons, en 1900, à la même table de la « Régie Coïntéressée des Tabacs de l'Empire ottoman » : MM. Charles Mallet FH PA Paris). Théodore : Bérger (H. S. P.), le chevalier G. von Mauthner (Vienne), S. Exc. Serkis Eflendi Hamamdjian (Constantinople), H. de Bleichrôder (Berlin).

Maintenant, libre à la H.S.P., à la H.

SF aa HS: Fra toutes les"Hautes Sociétés religieuses et financières de nous mépriser comme un énergumène — et un « sans-patrie ». Notre France n’est pas la leur. Et nous savons rester sceptique devant les étiquettes. Ne voilàt-il pas M. Joseph Caillaux sacré Martyr de la Démocratie, qui doit le sauver pour en faire le sauveur du Prolétariat et le vainqueur de la Finance ?

Au même temps l’Annuaire Chaix le mentionne toujours (p. 166, édition de 1918) Président Honoraire du Conseil d'Administration du Crédit Foncier Egyptien, société anonyme au capital de 200 millions de francs, dont 100 millions libérés, ce qui doit procurer un agréable traitement même au Président Honoraire.

— 136 ae

Groupés étroitement, se pénétrant mutuellement entre leurs Sociétés et leurs Banques, tenant à toutes les grandes affaires de la France et du Monde, appuyés sur le Parlement et sur la plus haute fonction de l’Etat, les Financiers franco-russes possèdent donc une puissance immense, On conçoit qu'elle ait dominé la Nation. Voyons enfin comment les Financiers propagent cette puissance.

CHaPpiTRE VIII

LA SERVANTE DES TRAITANTS. — LA PRESSE FINANCIÈRE. — LES GÉNÉRAUX DES FERMIERS

Figaro frise toujours — mais le comte Almaviva n’est plus Grand d’Espagne ; il est baron genevois. Gil Blas toujours corrige les discours ; seulement ce ne sont plus sermons d’archevêque, mais « rapports » de financier.

Surtout Figaro et Gil Blas ont appris à se taire. Valet trop loquace, secrétaire trop critique se muèrent en discrètes personnes. La Presse, après avoir parlé pour ne rien dire, ne dit rien pour mieux palper. Examinons comment elle procède, et quel concours elle apporte à la Finance.

Nous avons effleuré cette complexe question en deux études que publia notre revue dans son numéro 5 (février 1919) et que reproduit l’appendice de notre ouvrage. Fixons en détails plus précis une organisation si développée, et

arfois si antagoniste, qu’il y faudrait de ongues pages pour l’analyser. C’est la Presse Financière seule qu'ici nous entendons au reste étudier. Mais celle-là forme Îa puissance maîtresse du journalisme. Banalité que de le répéter : un journal gagne exclusivement par le carnet financier. Les chroniqueurs les plus « étincelants », les économistes les plus « éminents », les polémistes les plus « vigoureux » sont l’ornement d’un jour- nal, ils en forment lé vêtement trompeur.

La force productive du journal, du quotidien, du périodique, de la revue, c’est la plume du chroniqueur financier, que nul ne connaît, qui pour être fort doit rester inconnu, qui surtout pour produire doit ne pas écrire — mais menacer d'écrire. M. Manchez ne signe jamais les chroniques dominicales du Temps, qui alimentent le Conseiller de la Bourgeoisie plus sûrement que les abonnements à prix réduit des pasteurs protéstants.

La Liberté, avant l’habile direction de M. Berthoulat, ne gagnait pas. Pourtant elle restait à flot, contre vents et marées, sur la bouée de sauvetage qu’offrait son carnet financier, dont naguère le rendement était évalué à 100.000 francs par an.

Corporation étrange que la Presse contemporaine! On s’y agglomère au hasard, sans études, sans méditations patientes, sans formation raisonnée. Et cet amalgame d’appétits furieux et d’incompétences arrogantes donne le bloc le

plus résistant, le plus durable. Le journaliste est le type social qui depuis cent ans a le moins changé. Entre le Tiers- Etat de 1789 et la Bourgeoisie de 1910, quelle différence ! Entre Urbain Gohier et Linguet, nulle différence.

Mais derrière la Presse de combat est apparue la Presse d'Information. Sous le journalisme d’Idées, se développe le journalisme d'Affaires. Les petits-fils d'Emile de Girardin ont fait leurs dents.

Comment mordent-elles ?

Plusieurs documents nous peuvent renseigner.

L’Argus de la Presse a publié en mai 1917 sa « Nomenclature des Journaux, revues, périodiques français, paraissant en France et en langue française à l'Etranger ». Envisageons Paris. La province comprend plus d’un millier de publications régulières. Mais les 25 « Grands Régionaux » possédent presque tous à Paris un bureau, qui fait de ces feuilles souvent puissantes, et parfois mieux rédigées que celles de la Capitale, une émanation, un prolongement de la presse parisienne. Quant aux autres « canards »

provinciaux, ils ne volent pas de leurs propres ailes. Un périodique, même un quotidien, de sous-préfecture, se fait avec trois instruments intellectuels : une paire

de ciseaux, un pot de colle, et un journal de Paris — pour les grands bourgeois du

cru : le Temps — pour les moyens : le Petit Parisien — pour les « frères de la sociale » : l'Humanité, la Bataille ou le

Journal du Peuple — pour les nobliaux : le Gaulois — pour les dévotes : la Croix.Infériorité grave de la France moderne: la vie locale n’a plus de pensée propre — elle én est réduite, pour nn , originale, aux haines de clocher.

L’Argus, qui bientôt éditera une nouvelle nomenclature, précise la puissance de la presse française (page 9 de la préface). « Pendant ces trois années de guerre, il a paru à Paris environ 76 quotidiens, 1.500 périodiques, 1,500 journaux en province, 230 journaux des tranchées, 600 journaux de langue française à l’étrangeTr ».

Les 230 feuilles nées de la guerre se sont desséchées entre les fils barbelés.

Par contre, la Presse parisienne a vu.

naître une dizaine de quotidiens, un nombre beaucoup plus grand de périodiques. Pas un munitionnaire qui ne veuille son journal pour «avoir la Légion d'Honneur », comme ces demoiselles qui, ayant conquis une honnête aisance par des ébats répétés, veulent changer de planches, et du sommier rebondissent sur la scène — qu'elles se font offrir d’ailleurs par le même munitionnaire.

Sans doute la Guerre, celle de larrière plus âpre encore que celle du front, a

tué quelques quotidiens et divers périodiques. L’ÆEveil, de notre sympathique confrère Jacques Dhur, si justement apprécié pour ses missions en Suisse par la Sûreté Générale, est tombé en sommeil.

Le Bonnet Rouge, ayant tournoyé sur les moulins militaires, en est devenu vert.

Néanmoins l'arbre planté dans la Cité par Théophraste Renaudot étend sur la Ville un feuillage toujours plus innombrable et bruissant. Il pousse sous la Ville des racines toujours plus profondes et vrillantes. Cela, c’est la « Presse Financière ».

Des 76 « quotidiens » indiqués pour mai 1917 par l’Argus, tous ne sont pas, à proprement parler, des « journaux». Voici d’abord les vrais instruments de la Finance, propulseurs de la Presse, les Bulletins des Agences :

1. Agence des Balkans et d'Orient, 17, rue Drouot, Directeur Henri Pozzi; 2.

Agence Economique et Financière, 28, Boulevard Poissonnière, Directeur Yves Guyot ; 3. Agence Financière (ancienne Agence Lutétia), 80, Avenue de Saint- Ouen; 4. Agence Fournier, 1, Place de la Bourse, Directeur Armand Mayer; 5. Agence Havas (Saluons! La Reine.

Nous décrirons sa Royauté et son Prince-Consort), 13, Place de la Bourse, Dirécteur Barbier; 6. Agence Républicaine d'Information, Directeur René Dohé:%7 Agence RadioN32; rue Louis le Grand, Directeur en 1917, Henri Turot

Ce subtil psychologue, l’auteur aimé des midinettes qui dévorèrent sa belle étude, « Elles vont à l’Amour », est depuis lors allé à la solitude. Retraite confortable. La nouvelle direction dut lui matelasser sa chute de quelques bons billets ; 8. Paris-Télèégramme, 156, rue Montmartre, Directeur À. de Gobart; 9. Loudon-Paris Agency, 8, rue Ménars, Directeur L. Macry ; 10. Les Actualités, 28, Boulevard Poissonnière, Directeur Bluysen ; 11. Correspondance politique et agricole, 17, rue de la Rochefoucauld ; 12. l’Information Universelle, r1o1, rue Saint-Lazare, Directeur Victor Margueritte. Romancier puissant, dont il eût été meilleur que ce grand nom de soldat, grandi par le fils dans les lettres, ne fût pas, au début de la guerre, traîné par lui dans ce misérable militarisme : la Censure. 13. Enfin la Presse Associée, 11, Place de la Bourse, Directeur Jean-Bernard.

Un des écrivains qui ont gardé la fierté et la hauteur du journalisme. Type donc rare. Sa Vie à Paris a l’aisance des anciennes chroniques, qui, avant de finir par Claretie, avaient commencé par About. Allègres mais substantielles, La collection annuelle, déja longue, en est depuis longtemps précieuse. | ous ces bulletins ne sont pas des

« journaux », quoiqu’ils a En réalité, ce sont des feuilles autocoiées qu'on ne distribue pas dans le pu-

ne Nul kiosque ne les met en vente.

Ces bulletins sont de la « copie », mächée pour la digestion paresseuse du journal. Un coup de ciseaux, une goutte de colle, et l’article est fait. Et le bon lecteur, de Paris ou de Carpentras, admirera la science, l’art, l'esprit de son organe favori.

Tous ces bulletins ont une rubrique financière. Certains sont même financiers exclusivement : 14. La Cote de la Bourse et de la Banque et Le Messager de la Bourse réunis (cote Vidal), 1, Place de la Bourse, Rédacteur en chef Emmanuel Vidal ; 15. Cours de la Banque et de la Bourse (cote Desfossés), 42, rue Notre-Dame des Victoires. La Bible du Boursier ; ou plutôt l'Ancien et le Nouveau Testament. La cote Vidal date de 1873. La cote Desfossés a été fondée en 1825. La bellé époque ! celle où les Rothschild cumulaient l’argent de France et le Consulat d'Autriche-Hongrie.

Or, ces feuilles rapides font l’information. Ce sont donc te qui inspirent les soixante quotidiens proprement politiques ou mondains, proprement « journaux ». Est-ce là toute la Presse Financière ? Ah ! que non pas.

Sur les 1.500 périodiques qui, en 1917, vont alphabétiquement de |” « Acclimation, 56, rue du Bac. Bi hebd. (1874) »

jusqu'à « La Wallonie, 14, rue Saint- Georges » (née pendant la guerre, de la guerre, et qui n’a pas dû lui survivre, mais rentrer dans son pays flamand enfin

libéré) environ 150 ont été pointés par nous comme financiers — spécifiquement ou partiellement. Ils sont la plupart hebdomadaires. Mais le type en est varié.

Les uns sont des vaisseaux de haut bord, tels que « La Revue Economique et Ft nancière » dirigée par le fin M. Kergall (30, rue de Provence). Les autres ne sont que des brulôts fugaces, aux noms tapageurs, peints sur une proue qui se voudrait menaçante. Ainsi « L’Ane Kouge, 10, rue Gaïllon, hebd. et à toutes occasions (1913) ». Les occasions ne manquaient pas à son fondateur, ce Liard- Courtois qui arborait comme la seule décoration qu’il eût recue de la Bourgeoisie le titre d’ « ancien forçat ». Aujourd’hui Liard-Courtois est disparu, et lAne Rouge ne braît plus.

Comment fait-on un périodique financier ? La recette est bien Simple. On cherche d’abord qui atteindre. Le Public ?

Non, la Finance. |

Le dévolu jeté sur le groupe, parfois l'homme (et cela n’est pas spécial aux canards financiers. Il y a des émouchets de cet ordre en d’autres coins de la volière. Ainsi Urbain Gohier fit un journal uniquement contre Jaurès. Le journal mourut d’ailleurs avant Jaurès ; il futtué par sa propre rage, avant que la polé-

mique de Gohier eût contribué à faire tuer Jaurès) groupe ou homme marqué pour le D Le le sacrificateur cherche son couteau. Jl lui faut un « papier public ». I] faut faut donc un imprimeur. Premier supplice de celui qui veut supplicier.

Ah ! le calvaire du journalisme !

Naguère le papier était à bon marché, et la main-d'œuvre à prix modérés. L’heure du typographe coûtait à Paris o fr. 60, en province (sil s'agissait de travail féminin) o fr. 25. Aujourd’hui l'heure atteint à Paris 3 francs. Le papier coûtait 30 francs les 100 kilogs. Aujourd’hui 150 francs. Bénissons le Consortium de la” Prossé

Un périodique coûte environ, papier et impression, cinq cents francs par numéro, pour huit pages.

A combien d'exemplaires ? La est le mystère. Des précédents sont illustres.

Ainsi la feuille défunte de M. Clemenceau, cette Justice à laquelle on rendait un culte si fervent que son originalité consistait à n'être lue par personne. Seul le mélancolique M. Pichon avait le courage de s’y relire. Mais si la Justice n’avait pas de lecteurs, elle avait des subventions.

Ce n'était que justice. I} fallait bien vivre. Et Cornélius Hertz n’était pas encore apparu.

Une de nos relations, qui élève comme nous un journal en sa basse-cour, nous demandait récemment quels étaient nos frais et nos chiffres de tirage. Nous les

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lui dimes, pour savoir les siens. « Moi, répondit-il, je paie 127 francs le premier cent, 50 francs les autres cents jusqu’à mille »., Notre curiosité était satisfaite.

Nous arrêtâmes la rencontre au premier cent. De même, quand on nous déclare qu'un célèbre savant est sorti « dans les dix premiers » de Polytechnique, nous découvrons sans effort le numéro exact de la sortie.

Le contrat fait avec l’imprimeur, il faut

songer à la rédaction. Est-ce bien nécessaire ? Sur les 150 périodiques, financiers en tout ou en partie, beaucoup se ramènent à un rédacteur. L’homme isolé est-1l l’homme fort? Parfois : Lanterne de Rochefort, ou Bloc de Clemenceau. Mais l'isolement n’est souvent qu’une impuissance. Que de feuilles obscures sur ces 1501 :

Surtout que de feuilles factices ! La plupart n’ont qu'un article, dit sans doute « de tête » parce qu'il ne contient aucune pensée. Le périodique se bourre d'informations prises dans les bulletins dont nous avons montré la floraison, ou puisées dans les autres périodiques, avec cette charmante confraternité qui manie si aisément la paire de ciseaux et le pot de colle. La reproduction est un hommage que l'incapacité rend au talent.

Voilà le premier numéro fait. Il faut le lancer. Et c’est alors la lutte sourde pour déchirer le voile de l'indifférence, dans une ville immense. Rastignac conquérait Paris du haut du Père-Lachaise. Romantisme balzacien ! Aujourd’hui le Pêére- Lachaise n’est plus un sommet d’apothéose, mais simplement un cimetière, où l’on aperçoit à l’entour le seul triomphe qui vraiment vous attende.

Comment soutenir le journal ?

Deux voies.

Si l’on est fier, la lutte,

Si l’on est sage, l’assouplissement.

Plus exactement, l’une, puis l’autre.

Mais au bout des voies, une seule porte:

la Finance.

Un journal, quotidien ou périodique, ne vit pas de l’abonné. La plupart des hebdomadaires de Paris ne pourraient pas avouer cent abonnés. Nous disons abonnés, ceux qui paient. Quand on en a déniché un, le diable est de le garder au nid, et de lui faire pondre régulièrement son abonnement. Les annonces commerciales ne rendent rien. Au prix actuel du papier, de la composition, de la rédaction, de l’expédition, une réclame

de coricide ou de chaussure ne nourrit plus son journaliste.

Il y a bien l'amateur qui paie pour insérer son article. Mais dès le second il vous demande double prix. Et nous ne parlons ici, en retraçant ce calvaire, que du journaliste fondateur d’un journal.

Mais le journaliste rédacteur d’un journal ? Après le patron de la « boîte », le « collaborateur » ? Ah ! combien de Rubemprés subirent l’expérience!

Nous fimes nos écoles de plume à lEstafette. Elle était, nous semble-t-il (c'est si loin) dirigée par un sous-Girardin toujours à la côte. Pour nous, …ül nous suffisait, en ces douces juvénilités de la vie assurée par la tendresse familiale, de savourer notre prose, qui nous enchantait à la relire imprimée. Mais la rédaction, dans son ensemble, avait ce besoin de vivre dont l’aiguillon se fait furieusement sentir aux fins de mois, et même aux débuts, et même aux milieux.

La rédaction mit la plume en l'air, et envahit le cabinet du Secrétaire de Rédaction (le Directeur, connaïssant Ja chose périodiquement, s’était éclipsé). Le Secrétaire — le seul qui reçût son traitement, sinon le journal serait mort — fut d’un flégme affreux. « J'ai, dit-1l, pour un mois de copie sur le marbre ». Et la rédaction rengaîna sa grève comme un simple syndicat du Métro.

Conserl aux journalistes en herbe. — Dans les grands journaux, on arrive len-

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tement à 300 francs par mois. Mais on les touche. Dans les petits, on arrive immédiatement à 1.000 francs par mois.

Mais on ne les touche pas.

Il y a bien le système des « primes ».

Seulement, là aussi, risque de mécompte.

Jérôme Paturot, par une déplorable confusion de ses abonnés, s’entendait reprocher que les chaussures offertes chez lui au rabais fussent mal imprimées, et les chapeaux sottement écrits. La Petite République avait reçu de socialistes facétieux et amers le surnom de la « Maison des cent mille Paletots ». Son programme social les vêtissait-il trop court ?

Au fond, tout cela conduit au même but. Au bout du calvaire, la culbute — et le journal disparaît — ou la Finance.

Par quoi ? Pour quoi ? Par qui ?

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