‹ La débâcle des placements russesChapitre 30 sur 53 · LS X · texte numérisé non relu

LS X

Rouvrez inlassablement Lysis, qui parfois parle de la Presse Financière.

P. 26... « Celle-ci se trouve presque tout entière inféodée aux monopoles financiers, ou se tait par pusillanimité.

Les grandes émissions donnent lieu à une abondante distribution de subventions, de mensualités, d’insertions payées,

à laquelle la presque unanimité des journaux participent. D'une manière générale, et à peu près absolue, la presse financière est une presse de publicité, ce n’est pas une presse d'opinion. Son vice fondamental est qu’elle reçoit sa rémunération de la finance, non du public ».

P. 169... « Quand éclata la guerre russo-japonaise, les grandes banques doublérent les mensualités de leurs journaux, elles distribuèrent des sommes énormes à une importante partie de la presse politique et financière du pays...

On payait les journaux pour insérer des communiqués tendancieux sur la guerre en Mandchourie, on payait les FU pour publier de fausses nouvelles sur la situation intérieure en Russie, on payaïit les journaux pour tromper l'opinion française, pour lui déguiser la vraie situation ».

P. 246... « Autre up 2710 Cr Lyonnais distribue périodiquement à certains journaux des chèques ne se rattachant à aucune insertion particulière dans leurs colonnes. Pourquoi cette générosité, cette charité? Si de tels abus ne constituent pas une corruption, il faut changer la langue française ».

Toujours le Lyonnais ? Ah, nous pouvons en citer d’autres, avec Lysis : la Banque de France (p. 169) doublant les «rations » de la presse lorsqu'elle demanda le renouvellement de son privilège, la Générale (p. 244) distribuant à la

presse le « budget » préparé pour une émission de la Westinghouse qui n'avait pas réussi, ef avait éié annulée avant tout appel au public. Mais il fallait que les Ânes, rouges ou tricolores, eussent la provende trop vite promise. Sinon, quels braiements !

Voici comment Marinitsch{La Bourse théorique et pratique, Paris, 1802) appréciait naguère la situation (en note dans Kauffmann, p. 117) : « En 1891 il n'y avait à Paris pas moins de 186 feuilles, périodiques financiers, dont il cite les noms : 181 de ces feuilles paraissaient hebdomadairement, 25 de ces journaux étaient les organes officiels des grandes banques, 25 étaient dirigés par des journalistes plus ou moins connus, et les autres 136 appartenaient à toutes sôrtes d'agences financières. Parmi les 25 journaux indépendants, il n’y en avait que 10 qui méritaient d’être lus et que 2 à 3 d’une compétence reconnue et d’une honnêteté absolue. Lé directeur. d’un de ces 2 à 3 journaux aurait refusé en son temps les 200.000 francs ui lui ont été offerts par la Société de anama pour acheter son silence. {La Société de Panama avait dépensé au total 22 millions pour la publicité) ».

Comment s’opère la « rémunération»

de la presse financière ? Ici, nous apportons des documents originaux, un récit qui a été établi pour nous par un des techniciens, et des praticiens, de la

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publicité. Il est néanmoins impartial, n’appartenant pas à la publicité financière, mais à la publicité commerciale, qui ne rentre pas dans notre sujet actuel.

Seulement, l’une l’a mis en rapports avec l’autre, qu'il a pu connaître sans sy joindre étroitement.

Chaque Etablissement important, chaque Banque puissante a son service de publicité. Mais les relations avec la Presse y sont restreintes aux journaux eux-mêmes importants, ou capables de le devenir. Le menu fretin va nager dans des viviers moins solennels.On le renvoie aux Agents de Publicité, à ceux que l'Etablissement prend comme fermiers.

C’est la traite des nègres de lettres.

Ce qu’on demande à ceux-ci, avonsnous dit, c’est surtout de ne pas noircir leur papier. Et la « subvention » entre alors en jeu. Le bulletinier du journal, quotidien ou périodique, financier ou politique, s'engage le plus souvent à ne pas laisser dans le journal attaquer l’Etablissement, ni traiter la question sur laquelle celui-ci désire, constamment ou momentanément, le silence. L’argot du métier montre combien la chose estcourante, puisqu'il lui a donné un nom:

« la carte de visite ». Seulement, elle est enveloppée d’un chèque, et, pour les

plumes redoutables, d’un de ces effets de commerce qui ne laissent pas de traces, étant signés seulement, à droite : « Le secrétaire général, M. Picard ». L’élégante signature, et que nous voudrions accumuler chaque jour en nos cartons d’estampes, sous la rubrique : « Banque de France » !

La publicité directe des Grands Etablissements, des Grandes Banques, des Grandes Sociétés est impossible à préciser. [Il n’en est pas de même pour Pindirecte, celle des fermiers. Ceux-ci, malgré leur goût pour la vie cachée, et l’humilité ie au sage, ont une existence plus visible.

Voici les noms, ou les titres, des principaux distributeurs de publicité actuellement en action à Paris. Vous ne les trouverez réunis dans aucun Annuaire.

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