M. Decourtray, au Comptoir d'Es
compte.
De cette liste, seuls quelques noms méritent d’émerger. M. Laflon a la pubhicité du Comptoir d'Escompte..ll dirige en outre l'Agence républicaine de pubhcité, 30 bis, rue Bergère. Sa solidité est grande, son abord compréhensif.
La maison Batiau à la publicité du Crédit Lyonnais. Mais cette agence tres ancienne (puisque le polémiste Virmaitre l'attaquait déjà vers 1880) semble présentement un peu apaisée (par l’âge ?} Quand on prend rendez-vous avec son anonyme porte-parole téléphonique, il se trouve que du no 1, rue Rossini — celui avoué à l'Annuaire (Gut. 12. 24) — on est renvoyé 7, rue Marivaux. Et, par un financier marivaudage, la porte de cette autre demeure reste close.
La maison Batiau aurait-elle appris le
oût du silence auprès de son « confrère »
e publiciste Mignon ? Celui-ci fut houspillé par le député Barthe dans la bruyante interpellation sur le Comité des Forges. En réalité, M. Mignon n’est qu’une espèce de prête-nom. Il masque un peu plus important, M. Kuenzi.
La seule maison de publicité financière
rs 5e —
qui soit puissante est celle de M. Bourgarel. C’est mieux que le générai, c’est le Maréchal des Fermiers.
Esprit cultivé, qui commença par de fortes études où le droit voisinait avec l’orientalisme, «publiciste » au sens exact, et rédacteur en chef durant de longues années aux côtés de M. Edmond Théry dans L'Economiste Européen, amateur d’art auquel on plaît plus si l’on apprécie ses dessins attribués à Nattier que si l’on discute avec lui les esquisses budgétaires attribuées à M. Klotz, M. Bourgarel a repris une maison qui avait déjà des traditions littéraires. M. Lenoir, mort pendant la guerre, s’il n’aimait pas qu'on critiquât les emprunts, aimait bien qu’on admirât ses vers. Car M. Lenoir était poète et patriotiquement — sorte de Déroulède pour «carte de visite».
M. Bourgarel est prosateur en affaires, mais non pas prosaique.
{1 distribue toute la publicité de l'Etat.
Il a donc manié les formidables lancements des Emprunts de Guerre. Il nous affirmait — et l’on estime vite la froide assurance de sa parole — que les on-dit qui ont couru sur les rémunérations de la Presse à ce sujet sont ridicules. Le dernier emprunt, qui produisit vingt-sepl milliards, entraîna seulement, pour la publicité des journaux, quinge cent mille francs.
Froide assurance, doublée de finesse.
Il nous contait une historiette assez
— Tee
savoureuse. On voulut un jour le persuader qu'un périodique financier demandant de la publicité était réel. Devant un scepticisme poli, le directeur l'avait pris de très haut. « Je tire à mille, et le prouverai. » Le lendemain 1l apporte triomphalement sa preuve : mille bandes timbrées au tarif des journaux. Le truc était un peu candide. Les 1.000 bandes étaient bien fiimbrées, mais aucun exemplaire du journal ne se trouvait enveloppé par aucune.”"il en avait seulement coûté 10 francs versés à la poste pour obtenir ce timbrage, que font toutes les maisons qui envoient des journaux, les maisons de routage. Le périodique ne tirait eflectivement qu'à 25 exemplaires.
Le”maniement de la publicité finan-
cière n'a été décrit nulle part. Certes Me:
vicomte d’Avenel en a parlé dans sonou-
vrage sur le Mécanisme de la vie moderne (4e Série, p. 144-148). Etnous sommes surpris que cette œuvre n'ait pas fait entrer son auteur à l’Académie, tant eHe est agréablement vide, et prudemment superficielle. M. d’Avenel, sous la férule du Vénérable Brunetière, Père de PRESSE non pas militante ni souffrante mais palpante, ne pouvait, dans la ÆReyue des Deux Mondes où parurent ces études, gêner le bulletinier, son confrère caché mais essentiel. Il ne dévoila donc rien — à peine précisa-t-il (p. 147) qu'un million
SIT ie
était annuellement donné par Christophle à la Presse durant la gestion alors mouvementée du Crédit Foncier. Mais Chistophie était tombé. Le: Pére::de l'Eglise, en permettant d’attaquer. un vaincu, ne craignait pas de déplaire aux Deux Mondes redoutables de la Finance
êt de la Presse. |
D'ailleurs, et cela prouve le soin avec lequel M. le Vicomte composa son œuvre, le chiffre qu'il cite est très inférieur à la réalité ner établie. Il suffisait à M. d'Avenel de prendre le rapport de M. lInspecteur général des Finances Machart, qui préside aujourd’hui l'Office National des valeurs mobilières et protège ainsi les placements franco-russes, et de lire ce rapport publié intégralement en 1890, avant la publication du Mécanisme de la vie moderne. Aux annexes du livre d'Emile Robert Coutelle, Le Crédit Foncier de France jugé par lui-même (Savine, éditeur), il aurait vu
u’en ce rapport, adressé au Ministre de Finances d’alors, M. Rouvier, et parmi les agissements du Gouverneur Christophle (que M. Rouvier sut traiter au reste avec le tact d’un politicien, ami de la Finance avant que d’en être un des rois), M. Machart, dévoilant courageusement les distributions de « publicité financière », les fixait à 2 millions dans
les dernières années. Notre appendice reproduira ces passages du pe daté du 20 juin 1890. Cela pourra faire plaisir au Crédit Foncier de les relire.
Aujourd’hui, M. Machart écrit moins.
Peut-être inspecte-t-il les finances francorusses. Mais il ne « rapporte » plus.
Sans doute trouve-t-il que cela « rapporte » davantage. L’inspection du Crédit Foncier fut d'argent. LEé silépée franco-russe est d’or.
Nous qui, Nue jamais servi Îla messe d'aucun Brunetière, avons reioncé à mourir en odeur de sainteté, décrivons le mécanisme de ia publicité moderne avec moins d'agrément, mais aussi moins de vide que son ancien acolyte. Le plus simple est de céder la parole à notre correspondant.
* * # Le premier essai de monopolisation des Annonces remonte à 1845, année où fut fondée la Société Charles Duvergier et Cie au capital de 2 millions, gérants exclusifs de la publicité du GConsitutionnel, du Journal des Débats, du Siècle et de la Presse, les quatre grands journaux de l’époque, moyennant une somme de 300.000 francs par an et par journal, plus une participation de 50 o/o sur les bénéfices quand ceux-ci dépas-
seraient un certain chiffre. La Révolution de 1848 mit en déconfiture la Société Duvergier.
La Société Bigot, Pams et Cie lui succéda en 1850 et s’assura Îa régie des six grands quotidiens : La Presse, Le Constitutionnel, Le Journal des Débats, La Régie, Le-Pays et Le Siecle.
En 1865 une société en nom collectif fut constituée sous le nom de Société Générale des Annonces : Fauchey, Laffite, Bullier et Cie, annexe de la Société Havas — et au lieu de concurrencer la Société Bigot, Pams et Cie, elle conclut avec elle un accord en 1808.
En 1878 la Société Générale des Annonces élargit son champ d'action en créant la Société Paul Dollingen, Seguy et Cie pour exploiter Le Figaro, l'Officiel, Le Constitutionnel, Le Bien Public, Le Soir, L’Evènement ; son importance était telle qu'elie possédait presque entièrement le monopole de la publicité dans les journaux de Paris et de province.
À cette époque l'Agence Havas, comprenant les services d’Informations et de Publicité en province et à l'étranger, fut constituée en Société Anonyme au capital de 8.500.000 francs. Le principal souscripteur fut le baron DE anses ancien fournisseur de l'Armée allemande; mais Havas fils, qui ne voulait supporter aucune ingérence étrangère dans l’agence, se retira.
Le Conseil d'Administration fut ainsi COMPOSÉ :
Laffite Charles, Favier J.-B., Hous-
les porte-parole du baron d’Erlanger.
L'Agence Havas Information à, on Île sait, partie liée avec les agences Wolf de Berlin et Vetznic, alias Radek, de Pétrograd.
a matiere de publicité l'Agence Havas a conclu én 1913 un contrat avec la Société Européenne de Publicité, réservant à celle-ci le monopole de l’exécution des affaires en provenance de l'étranger, s’engageant à lui passer tous les ordres de publicité des clients français pour l’Allemagne, l'Autriche, les Pays Scandinaves, la Suisse et lItalie. :
Par réciprocité, la Société Européenne s’engageait à passer à l'Agence Havas .
tous ses ordres pour les journaux de Russie, de Belgique, d'Espagne, de Portugal et d'Amérique du Sud.
Actuellement la direction de l'Agence Havas est assumée depuis avril 1900 par M. Henri Houssaye, l’élève, du baron d’'Erlanger.
M.Charles EdmondConstant Houssaye, longtemps employé dans les services de publicité de l'Agence, en est Administrateur depuis 1912.
M. Laffite Jean, qui est Administrateur de l’agence Havas, est aussi Administrateur de la Société Immobilière du Matin et Président du Conseil d'Administration de la Société Gale des Annonces, dont il possède 3.741 actions.
En 1903, grâce à l’appui de M. Laffite Charles, entra comme co-gérant dans la Société Gale des Anonnces M. Léon Rénier, courtier de publicité arrivant de Nantes. Il prit un ascendant extraordinaire sur tout l'entourage de l’'Havas et de la Société Gale des Annonces.
En janvier 1914, sous son initiative, la Société Gale des Annonces fut transformée en Société Anonyme au capital de 20 millions de francs divisé en 40.000 actions de 500 francs.
Le groupe Laffite en posséde 7.441
Le groupe Lebey — 1.833 L'Agence Havas — 4.550 Le groupe Rénier — 9.335 Le comte Cagninacci — 7.200
Le groupe ancien, comprenant notamment MM. Lagrange et Cerf, retirés des affaires, détient 6.755 actions.
C’est dans cette société que Henri Georg de Genève a mis une somme de 3 millions.
Pour dominer les grands journaux de Paris et réaliser son trust de la Publicité, certain de par ses accords avec la Société Européenne, qui s'était interdit toute tentative directe d'affermage, Léon Rénier imagina de créer des sociétés
filiales, indépendantes les unes des autres mais toutes dans sa main.
C’est ainsi que fut fondé au début de 1914 le Syndicat Central de Publicité, au capital de 1.000.000 de francs, avec pour objet lexploitation de la publicité des quatre grands quotidiens : Le Journal, Le Matin, Le Petit Journal, Le Petit Parisien, auxquels s’est venu adjoindre L'Echo de Paris.
Capital 1.000.000, divisé en 2000 actions de 500 francs.
Le fondateur est Rénier Léon, les souscripteurs : S
Sté Gale des Annonces 980 actions Laffite Charles 2 — Rénier Léon 2 = Le Grand Georges 2 — Guénier Pierre 2 ee Depierre de Courcelles 2 ee Poire Daniel à nat Antoine Paul 2 — 1.000
Les 1.000 autres actions ont été attribuées à la Société Gale des Annonces, qui apporte à la Société pour leur durée le bénéfice des conventions verbales intervenues entre elle et les journaux précités.
Le Syndicat prélève une commission sur la totalité de la publicité parue dans ces Journaux sans s’occuper de la recherche des annonces qui est assurée par les agences dont nous allons parler.
19 La Compagnie Générale de Publicité Parisienne, Société Anonyme fondée en 1012 par M. Sapène Jean, Directeur Commercial du Matin. Son objet est l'exploitation de toute la publicité commerciale et financière du Matin avec la réserve qu'il pourra être étendu à lexploitation de la publicité du Journal, du Petit Parisien et du Petit Journal.
Capital social : r million, en 1000 actions, dont 500 d'apport attribuées à M. Sapène Jean.
Les autres souscripteurs sont :
Sté Gale des Annonces 300 Rénier Léon 50 Sapène Jean 100 Denoyel Camille 10 Depierre de Courcelles 10 Le Grand Georges 10 Planson Victor 10 Poire Daniel 10
Les directeurs et administrateurs sont :
Barbarin Paul, Madeline, et Laffite Charles.
29 {Office d’'Annonces, fonde en 1806 au capital de 150.000 francs pour exploiter le Radical et le Petit Parisien.
Administrateur - délégué : Touchard Léon, du Petit Parisien. Président du Conseil, Léon Rénier.
M. Touchard est en outre titulaire de 100 actions de la Société Générale des Annonces.
30 L'Agence Parisienne de Publicité, fondée en 1903 au capital de 250.000 fr.
pour exploiter le monopole de la publicité de la Libre Parole, du Petit Journal, de l’Intransigeant, de La Petite République, du Soleil, de L’Action, du Siecle.
4° Le Journal-Publicité, Société Anonyme fondée en 1915 au capital de:
million pour exploiter la publicité du Journal et de ses suppléments éventuels.
La Société Générale des Annonces a reçu 1000 actions d'apport de 500 francs, soit la moitié du capital social.
Le Conseil d'Administration est ainsi composé :
Léon Rénier, président.
Maurice Rénier (son fils).
De Tomaz, Bayon, Antoine, administrateurs.
50 L'Echo de Paris-Publicité, Société Anonyme au capital de 1 million constituée en 1915, la Société Générale des Annonces possédant 1000 actions d'apport et 955 actions de numéraire.
Le Conseil d'Administration est ainsi COMPOSÉ :
Rénier Léon, président.
Ducros Jules, son employé.
René d'Hubert, de l’Echo de Paris.
60 La Société de Publicité Religieuse, fondée en 1863 par Denoyel, rachetée en 1914 par l'Agence Havas pour lPexploitation de la publicité de lPAction Française, La Patrie, La Presse, La Dépéche
de Lille, La Croix, les Croix de Province, les Semaines Religieuses, Le Péle- #iny etE:
70 La Société Nouvelle de Publicité (ex-Huguet de Palissaux & Cie), assurant la régie de la publicité dans les revues :
Les Annales, Publications Hachette, Pierre Laffitte.
8o Excelsior-Publicité, pour l’exploitation du journal Æxcelsior, récemment acquis par M. Paul Dupuy.
g° Le Petit-Journal Publicité, fondé entre Léon Rénier, la Société Générale des Annonces et Francœur, chef des Services de Publicité du Petit Journal.
100, L'Office des Publications d'Etat Civil, qui a le monopole du Bulletin d'Etat Civil dans presque tous les journaux de Paris.
110 L’Agence Nouvelle, Société Anonyme au capital de 50.000 francs. À pour objet la publicité financière. Fondée en 1904, elle a été rachetée en 1908 par Havas ep SGcréte ; Générale des Annonces. Elle a des intérêts dans Îa Société d'Etudes et d’Informations financières dont elle a souscrit 172 actions de 500 francs.
Ses administrateurs sont :
Eéon Rénier.
Poire Daniel.
Laffite Jean.
Barjon.
Philouze.
M. Philouze est depuis quelque temps
intéressé à la nouvelle rèvue économique et financière l'Europe Nouvelle.
Il avait fondé avec Léon Rénier à& Waddington Francis la Société Nouvelle de Publicité financière. Rénier apportait l’exclusiveté du bulletin économique et financier d'environ 80 journaux de province, puis affermait les bulletins financiers des journaux suivants
Le Petit Parisien pour 600.000 par an.
Le Petit Journal « 600.000 « L'Echo de Paris «300.000 « Le Gaulois 250,000 2 4 L'Eclair & 150.000 « La Petite République « 100.000 « La Libre Parole {100.000 « La France &__ 100.000 « La Patrie «100.000 « La Presse «& 100.000 « L'Action Française {100.000 « LI, Autorite & 00.000 «
Tout ceci explique le silence des journaux parisiens en présence de la campagne que l’Homme Libre mena contre le Trust. Mais cette campagne jeta parmi eux le désarroi. Ils commencent à désavouer leur berger. Tout ceci n’a pourtant pas été dit. Il suffirait que cela soit fait pour rendre leurs combinaisons impossibles à continuer parce que rendues publiques.
C’est une œuvre d'assainissement utile, sinon la presse restera dans une sujétion de plus en plus marquée, la toute
OT
puissance d'Havas et du trust Rénier s’affirmant faute de concurrents et devant la veulerie générale.
Cette emprise sur les bulletins financiers et économiques est surtout un danger. Quoi, toute la Presse devra prôner es valeurs qu'un homme ou un groupe consentirait à avaliser ! Il faudra passer par leurs fourches caudines pour faire connaître une affaire au public, pour solliciter des souscriptions !
Mais chose plus grave encore, il sera loisible à un tel homme ou à son groupe de prôner telle affaire douteuse ou étrangère, en se couvrant de l'autorité du journal ! Le public, s’il sait que l’annonce placard de la dernière page est payée et que ce qu’elle prône n’engage pas Îa responsabilité du journal, ignore que la rubrique « Causerie Financière » est dans le même cas ; il croit que, de bonne foi, son journal, en lequel il a confiance, lui conseille ces placements, et on a pu voir de la sorte, en 1914, le Journal, tout entier entre les mains de Rénier et de son groupe, vanter dans sa page financière du samedi, je crois — une page entière à leur disposition chaque semaine ! — des valeurs hongroises, préconiser un rapprochement austro-hongrois, et les banques que vous connaissez, et qui étaient derrière Rénier, le soutenir de leur argent pour favoriser l’introduction des valeurs allemandes à la Bourse Française.