LES ÉCHANGES DE VUES
Paris, ce 26 avril 1919.
Mes conférences, que lPautorité a dû enfin laisser libres, se poursuivront jusqu’au moment où, le printemps fini, la vie de Paris se disperse. Je voudrais cette fois examiner en ses points principaux la question toujours plus grave des placements franco-russes. Trois thèses résument le problème :
I. — Les cinquante-deux emprunts russes émis en France, et les nombreuses émissions des ‘affaires privées qui ont été créées ou développées en Russie avec notre épargne, ne représentent
pas une somme aussi considérable qu'on le dit couramment : non pas 25 milliards, environ 10 milliards. Encore faut-il défalquer les placements utilisés pour la Pologne, et dont celleci, maintenant libérée, doit et peut assurer à la France le remboursement ou la contrepartie.
Il. — Ainsi toute intervention militaire serait, commercialement, une folie. Si la créance reste forte, les frais de recouvrement monteraient bien plus haut. Pour retrouver 10 milliards on n’en dépense pas 50 — ou 100. Je ne parle pas du sang français qui coulerait à flots renouvelés. Le sang importe peu aux financiers... le sang du peuple.
II. — Le reproche que mérite en cette matière le régime républicain n’est donc pas d’avoir grandement affaibli la France par les emprunts russes, qui lui ont surtout nui moralement, en la rendant complice du tzarisme. Le mal qu’achève de dévoiler l’alliance financière de la France et de la Russie, c’est l’âpreté de la Finance aidée par l’asservissement de la Presse. Ce qu’il faut préciser d’abord, pour le réprimer ensuite, pour l'empêcher enfin, c’est le bénéfice extraordinaire que ces emprunts ont laissé à nos banques et à nos gazettes, intéressées par conséquent à tromper la Nation sur le gage étranger, et à étendre le système (voyez lés fonds mexicains). Combien les placements russes ont-ils rapporté à ces banques et à ces gazeltes P Voilà ce que nous saurons, malgré le mutisme, ou le mensonge, des bénéficiaires et des responsables.
Cette enquête se poursuit dans ma Revue.
J'en résumerai les premières données dans la conférence (contradictoire, si cela vous plaît) que je ferai sous ce titre :
LES PERTES DE LA FRANCE. — LES RESPONSABILITÉS DE LA FINANCE ET DE LA PRESSE
le dimanche 4 mai 1919, à 17 heures, au Théâtre Impérial, 5, rue du Colisée (Métro : Marbeuf). Entrée gratuite, sur la présentation de cette feuille, soit munie de sa bande, soit portant au bas le nom et l’adresse du destinataire:
Veuillez agréer l'expression de mes sentiments les plus distingués,
Jacques BONZON Avocat, Directeur de la Revue bi-mensuelle l’Activité française et étrangère, 12, rue de Condé, (6°), Tél. Fleurus 09-86.
Nom : M Adresse :