LES ÉCHANGES DE VUE
Paris, ce 16 mai 1919..
Ma conférence sur La Débâcle des Placements Russes à eu lieu le 4 mai devant un public nombreux et s'est poursuivie en un calme parfait, la police étant enfin absente. Mais l’ampleur du sujet ne m’a pas permis de l’étudier complètement en une seule causerie.
J'ai dû me borner au premier de mes thèmes
et montrer que les 20 milliards de Placements Franco-Russes, chiffre qu'avait lancé l’omnipotent et omniscient M. Georges Clémenceau dans un interview jeté à l'Amérique par-dessus le Parlement dédaigné, étaient un chiffre deux fois exagéré. En réalité, et déduction faite des fonds publics placés par la Russie dans d'autres pays que la France (Angleterre, Hollande, Allemagne), la débâcle française ne ressortait pas à plus de sept milliards. Quant aux placements privés, il fallait en déduire la Pologne aujourd'hui libérée, ce qui ramenait ici la débâcle à 1500 millions environ. Au total, moins de neuf milliards .engloutis.
Donc, folie commerciale qu’une intervention militaire, deux ou trois fois plus coûteuse.
Selon le désir même qu'ont manifesté mes auditeurs, je voudrais maintenant examiner les responsabilités engagées en France par ces emprunts, et, pour empêcher le système emprunteur de reprendre avec la Paix, démonter d'abord le mécanisme de la Finance qui manœuvrä pour la Russie tzariste contre la « Petite Epargne » française.
Pieuvre à quatre tentacules : Crédit Lyonnais, Société Générale, Banque de Paris et des Pays-Bas, Comptoir d'Escompte.
Sur chaque tentacule divers suçoirs : Banque Rothschild, Banque Hottinguer, Banque Hoskier, Banque Privée, Banque Rouvier.
Derrière la Haute Banque, les Grands Politiciens, Présidents des Sociétés de Paris... ou de Province.
Devant la Haute Banque, la Grande Presse entourée de ses satellites, les journaux financiers. Pour Paris seul, 70 quotidiens, 150 périodiques.
Entre toutes ces forces, leurs Agents de liaison : les Fermiers de Publicité.
Cette suite de mon enquête verbale, parallèle
à mon enquête écrite, fera le sujet de la conférence à laquelle je vous convie le dimanche 25 mai 1919, à 17 h. 30, au Théâtre Impérial, 5,rue du Colisée (Métro : Marbeuf). |
Vous pourrez me contredire, s’il vous convient, sur ces divers thèmes :
II. — LES RESPONSABLES. — LES ÉTABLISSEMENTS DE CRÉDIT ET LES GRANDES BANQUES. — NOBLES ET POLITICIENS DE FINANCE — GRANDS ET PETITS JOURNAUX — MAISONS DE PUBLICITÉ — LES GÉNÉRAUX DES FERMIERS
Entrée gratuite, mais sur présentation de cette feuille, soit munie de sa bande, soit portant au bas le nom et l’adresse du destinataire.
Veuillez agréer l’expression de mes sentiments les plus distingués,
Jacques BONZON . Avocat, Directeur de la Revue bi-mensuelle l’Activité française et étrangère, 12, rue de Condé (6°). Tél. Fleurus 09-86. - Nom : M
Adresse :
EXTRAITS TRADUITS DE GROSSBANKEN UND WELTMARKT.
(Les Grandes Banques et le Marché Universel) par E. Acamp -— de Saint-Pétersbourg — Berlin, 1914, chez HauDE et SPENER.
Introduction, page XXII — L'économie financière de la Russie est la plus jeune parmi celles des grandes puissances. Son système financier et commercial a été maintenu jusqu’à ce jour imperturbablement malgré les expériences de 1904 à 1906 et par opposition à la réforme agraire. C’est compréhensible quoique inexcusable — en raison des faux principes économiques et des méthodes financières du continent européen, dont la Russie, dans le système actuel, dépend beaucoup plus qu’elle ne le confesse et qu’elle ne le voudrait.
La Russie, en elle-même, se trouve dans une période transitoire. D'un côté les classes dirigeantes tiennent encore à l'expérience du patriarcat rural par tradition et politique. D'autre part la réforme agraire de 1905 exige une politique financière intensive. Le système mercantile est toutefois en opposition, aussi bien avec les principes de la réforme agraire qu'avec l'instauration de l’économie politique financière. Le système d’entreprises à base fiscale doit être aboli, les lois doivent être modifiées d’après les principes de l’économie financière. Les grandes banques ont spéculé sur les contradictions de cette situation très compliquée, en s'intéressant aux banques russes et en transférant au budget de l'Etat les risques de leurs combinaisons.
Mais il est inadmissible que l’on assigne à la finance internationale le rôle que les Bourbons
s'arrogaient en France avant la Révolution.
Actuellement les gouvernements sont -un terrain de transaction propice : pour entreprendre une réforme des plus propères pour leurs pays.
Car l'évidence atteste également qu'en France il a suffi d’une couple de grands établissements pour entrainer leur marché financier dans des engagements qui ont paralysé la vie économique de ce pays opulent. Les opérations de la haute finance ne se fondent que très exceptionnellement sur de vraies affaires. Il ne faut au contraire les considérer que comme des instruments d'exploitation de la faiblesse politique de la nation française. Ces motifs portent en eux le germe de grandes calamités.
Corps de l'ouvrage, page 46. — Le capital français, reflètant le caractère de la nation, ne penche pas précisément pour l'industrie.
L'activité des Banques ne s’est pas vouée à l’'immobilisation des capitaux comme à Berlin et Pétersbourg.
Le Français en tant que capitaliste veuk vivre de la Rénte. Quand il spécule, il ouvre sa bourse pour une idée de génie. Les besoins principaux du marché français, ce sont les fonds publics, donc des garanties d'Etat, des emprunts de Villes et de Chemins de Fer et des obligations d'intérêt fixe. Ces valeurs ne pouvant pas à elles seules couvrir les besoins, la France est obligée d'exporter annuellement 2 milliards.
Le Gouvernement français s’est souvent appliqué à aiguillonner cet intérêt paresseux envers | industrie, par exemple l’industrie automobile et celle des avions, .et à des affaires de grand marché mondial mais en tenant compte des grosses subventions à la marine marchande (par exemple : la Banque Trans-
atlantique dont le rayon est le prêt aux navires de commerce ainsi que les affaires des Messageries maritimes). On: n’en voit pas de résultat utile.
Les Français ont un si beau pays, et il y luit tant de soleil de Biarritz et de Nice, il en souffle un air printannier si douillettement caressant sur les champs fleuris, qu’on ne saurait en vouloir aux Français de trembler d’effroi à l’idée seule des cheminées fumantes d'usines. Il n'y a d'ailleurs pas pléthore de main-d'œuvre. Ces deux raisons expliquent pourquoi le Français n’aime pas aller travailler à l'étranger ; aussi ne trouve-t-on que rarement de grandes intelligences françaises hors de France ; les Français sédentaires ne s'occupent que fort peu de leur argent, qui travaille dans les sociétés anonymes de l'étranger.
Cette indifférence du public est une des commodités principales que certains Etablissements de Paris ont insérées dans leurs affaires.
On peut même affirmer que le système bancaire parisien est taillé positivement et négativement sur la mesure de cette particularité du caractère français, de telle sorte qu'en dehors de quelques banques coloniales pour la Tunisie, l'Algérie et l’Indo-Chine, les banques françaises se sont de plus en plus retirées de l'organisation des affaires mondiales, depuis 4880 environ. Le contrôle du capital français sur le marché universel a donc baissé proportionnellement à ses placements à l'extérieur. Sur ce point le principe bancaire francais tranche sur le système anglais.
Il est en effet frappant que les banques françaises ne se soient pas adaptées à l’exportation du capital français ,
Ce phénomène nous explique, pourquoi, en se plaçant au point de vue français, on ne trouve dans les relations financières de la
France à l’étranger que des expédients, c est-àdire la méthode des participations.
Le marché d'écoulement principal du capital français est la Russie, non seulement comme Etat emprunteur, mais comme industrie et banques. C’est dans les relations avec ces dernières que les principes des institutions de. crédit de Paris peuvent être le mieux illustrés one le démontre le chapitre sur la Banque Russo-Chinoise).
Or la Bourse de Paris est beaucoup plus différenciée que les autres places continentales. Paris a des types de banques plus développés. que Berlin ; par exemple, les coulissiers.
Là encore il convient de tenir compte du tempérament français, qui s’emballe non-seulement pour la Bourse, mais pour une idée, pour une entreprise de grand style, sans se livrer aux moindres calculs el en agissant par entrainement. Il suffit de se reporter à l’histoire du Canal de Suez dans la période autour- de 1860. A Paris, on peut trouver toutes les nuances de banques depuis l'extrême droite jusqu’à l'extrême gauche. A droite, Crédit lyonnais, Crédit mobilier français, Comptoir d’escompte ; au centre, Banqueïtransatlantique, Société centrale des banques de province, Société de reports et de dépôts, Crédit industriel, Société Marseillaise, Société Lyonnaise ; à gauche Banque de Paris, Société générale, Union Parisienne.
Certaines banques de gauche font de très grosses affaires, sous la seule condition que leur responsabilité n’arrive pas sur le marché (ducroire ou acceptation). Ces engagements figurent le moins possible dans les bilans ; une autre banque de Paris a, en revanche, comme spécialité la manie d’aiguiller ses affaires sur les voies politiques, ce qui est un métier fort dangereux ; on devrait bien le lui interdire.
Certaines grandes banques utilisent aussi des banques de second ordre (au sens de chiffre d’affaires) pour leur repasser des affaires qui ne leur conviennent pas directement, ct ces banques secondaires tirent vanité, à leur tour, de recevoir ces rogatons de si grands seigneurs. IL s'agit surtout d’affaires d’escompte, car le papier de finance, où le tiré est un grand établissement étranger et l'eudosseur une banque secondaire de Paris, flatte cet endosseur parce que son nom esl pour ainsi dire placé au rang de haute banque sur le même papier.
La finance parisienne n’en devient pas plus solvable, en général, parce qu’elle assure des engagements très supérieurs à ses facultés.
Page 50. — Crédit Lyonnais : type de banque de dépôt, réservoir de caisse, n’ouvrant de crédits que sur couverture, éloigné de toutes combinaisons industrielles autant que possible.
Banque Ae l’Union Parisienne : fortement intéressée dans la Banque de l'Union à Moscou.
Les grands Etablissements de crédit ont éprouvé des déboires sur le terrain industriel. I leur à fallu des dizaines d'années pour cicatriser leurs plaies, et s'adapter au caractère de leur nation, sur lequel elles n’ont pas exercé la moindre action éducative.
Voici leur téchnique financière :
1°. — Nombreuses caisses de dépôt en provinces, simultanément guichets de vente de rentes et obligations pour placements fixes.
Concentration de l'escompte sur Paris et élimination de toute spéculation pour leur propre compte.
Les banques privées se sont arrangées ainsi :
* 2. — Les banques de province ont fondé un
institut central à Paris, qui représente leur capacité d'émission totalisée. À Quelques riches banques de Paris ont fondé :
4%. -- Une banque d'émission à Paris, à laquelle deux grands Etablissements peuvent participer. Ils se sont ainsi assuré une influence parmi les grandes institutions.
Quelques grandes banques ont fait litière du caractère petit-rentier du marché français ; elles s'engagent carrément dans de pures affaires industrielles de l'étranger et spéculent pour leur propre compte en qualité de banque de dépôts.
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Page 34. — La caractéristique des banques parisiennes, et même des gros banquiers, est de faire leurs émissions industrielles par des éclaireurs, c’est-à-dire des groupes financiers apporteurs primitifs de capitaux. Alors la France parfait le total.
Dans les affaires russes, au cours des années 1890 et suivantes, la Belgique a assuré le rôle d’éclaireur dans de grandes proportions ; mais depuis 1906 la Belgique a concentré ses affaires sur l’industrie électrique (éclairage, el tramways) et ne fait donc que des affaires à base communale. è
La Suisse, qui a joué le rôle d’amorceur pour les capitaux français dans les dernières années, n’a que des relations assez lâches avec ia Russie. Londres, qui passe toujours à la France une partie de ses entreprises, n'exporte pas ses propres capitaux sans y joindre son contrôle et ne fait en Russie que des affaires très spéciales.
Les banques françaises ayant renoncé à diriger ou à contrôler de Paris le capital français placé dans l'industrie ou à l'étranger, elles
n’ont pas trouvé d'autre métier que celui de parfaiseur de solde de capitaux, en garant les participations françaises sous l'égide des étrangers.
Il y a là une erreur grossière qui force les banques à assumer la charge des dividendes et à couvrir les fautes d'autrui.
Cette politique d’expédients introduit dans le travail des principes délétères, et il est regreltable, autant pour la France que pour lemarché universel, que les banques enfouissent clandestinement leurs capitaux sous une sécurité aussi fallacieuse au lieu de mettre bravement le public en présence du risque, de le lui “expliquer et de tenir le contrôle ferme, de Paris.
Én assumant honteusement les risques par le détour de la comptabilité, on lance dans le monde des combinaisons qui rendent impossible une direction des affaires sincère et compétente.
En ce qui concerne les affaires russes, les Etablissements de Paris, surtout le trio susmentionné, n'ont pas disposé d’allumeurs appropriés depuis 1908 et se sont substitué des Banques de Saint-Pétersbourg, lesquelles ont repassé leurs propres risques à l'Etat Russe.
Les relations sont imbriquées de façon si désastreuse qu’on ne peut songer au moindre travail sérieux, parce que toutes les fausses manœuvres et les pertes provenant de la fausse organisation des banques sont étouffées par peur du public.
Le trio des banques, qui dispose de plusieurs milliards et dont le marché principal est la Russie, tient les banques russes suivantes sous son contrôle :
Banque Russo-Asiatique,
Banque Privée de Saint-Pétersbourg,
Banque de l’Union de Moscou.
Il a introduit à la Bourse de Paris les titres
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des établissements industriels émanant de ces banques. De la sorte, le trio a introduit dans
l’industrie russe la méthode des participations, par où il devient impossible de réglementer les conditions ténébreuses de leur fonctionnement.
En résumé, comme la France ne se donne pas la peine et n’a pas besoin de diriger de Paris, sous son pavillon, de grosses affaires productives du marché mondial, on peut dire de son système bancaire que, pour être un pays de rentiers, elle n’est pas outillée, car ce ne sont pas les fonds de roulement qui jouent le plus grand rôle en l'espèce. |
L'obscurilé du système consiste en ce que les banques de Paris ne prennent pas leur point d'appui sur le marché libre du pays, mais bourrent littéralement le public de leur papier, par le puissant outillage des succursales, des syndicats, des dépôts etc
Il en résulte les risques suivants au point de vue financier : ;
Par la pression des banques, le pays peut êlre entrainé à son insu dans des engagements qui le forcent à martingaler pour courir après sa première perte. |
Ce tableau est le pire inconvénient résultant de la fausse organisation bancaire et constitue la pire faute que puisse commettre une banque.
Au point de vue de la technique financière, la situation se formule ainsi :
Les amères expériences traversées par les banques françaises les protègent en partie contre des immobilisations exagérées, mais au lieu de changer de système elles ont tout bonnement repassé le gros risque à tout le pays.
Page 59. — Lors de la guerre russo-japonaise
une panique s’empara des capitaux russes, qui.
émigrèrent notamment vers Berlin. Mais une réaction se produisit vers 1907-1908 et leur rapatriement s’opéra sous forme de rachat de rentes russes ; on l'évalue { milliard.
IL en est de même des emprunts de'guerre 300 millions de Roubles Bons du Trésor 1904 placés par le syndicat russe de Paris, de l'emprunt de 231.500.000 roubles 4 1/2 de 1905 et des 400 millions 5 0/0 intérieur, soit en tout 931.500.000 roubles qui furent absorbés par la Russie.
Page 62. — La réforme agraire consista dans la dispersion des terres collectives (du Mir)et la constitution de Ja propriété rurale individuelle. En laissant au paysan la libre disposition deïsa récolte, elle l’incitait à produire et érigeait le principe de la liberté industrielle agricole. Mais, en même temps, le capitalisme développait à outrance le système antagoniste mercantilé par les tarifs protecteurs, syndicats, monopoles, amoindrissement de la capacité d’achat de la monnaie fiduciaire et l’abus des émissions sur le marché intérieur qui mirent en péril la vie productive.
La conséquence immédiate de la réforme agraire, en ce qui concerne le marché de l'argent, consiste dans la vente aux banques des domaines de la noblesse campagnarde ter- . rorisée par la sédition des paysans. Le produit s’en éleva à 550 millions de roubles placés en papier dans le public.
D'autre part, les nobles, qui, riches propriétaires fonciers, n'avaient cependant presque pas d'argent liquide, étant peu habitués à manier des fonds considérables comme ceux que produisit la vente de leurs biens, en furent embarrassés et, au lieu de les placer en titres,
Dont
spéculèrent à la Bourse et les rejetèrent ainsi dans la circulation.
La situation du marché russe en 1907-1908 fut donc la suivante : bon marché des valeurs industrielles en 1907, disponibilités monétaires, retrait de la confiance américaine, volte-face favorable de l’opinion anglaise à l’égard de la Russie.
C'est cette situation qui détermina les participations. Mais les directeurs de banque de l'Europe occidentale ne voulurent point s'occuper d’un plan préconçu fondé sur les conditions locales. Ils n’en avaient ni les capacités, ni le temps, ni les principes. Ils ne cherchaient qu’à exploiter la situation en vue d’un rendement immédiat. Ils ne cherchèrent point à combiner leur marché industriel et commercial avec le marché russe, de manière à gagner sur les échanges à l’aller et au retour. Seule les intéressait la question de savoir combien et comment on pouvait gagner rapidement sur les cours et comment repasser sur le dos d’autrui les risques et les différences de la spéculation.
D’après le système des grandes banques continentales, ce fut vite trouvé : on repasserait risques et pertes au public. En Russie, ce fut au budget de l'Etat.
Page 109. -- La débâcle de la Bourse de Saint-Pétersbourg, le 23 septembre 1899, signifia l'arrêt brusque de l’importation des capitaux belges et français dans l’industrie privée.
L'émission du dernier emprunt de Rbl.
843.750.000 fr. 5 0/0 à 88 (1906) marqua l’arrèt de l’importation des capitaux français contre la Rente Russe, malgré l’absorption des obligations de chemins de fer garanties.
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Depuis lors le capital français a été effarouché devant les affaires industrielles faute d’allumeurs et à cause de la fausse politique bancaire, et rien ue fut tenté pour intéresser les capitaux privés aux valeurs industrielles.
(Voir la traduction du paragraphe qui suit dans le chapitre vx, page 97, de notre présent livre).
Le Ministère des Finances russe n’a aucun intérêt à voir l’industrie privée manquer de capitaux. Mais c’est par une méthode critiquable qu’il la défend, notamment en favori- ‘sant la participation des banques de Paris à celles de Saint-Pétersbourg et l'introduction des valeurs industrielles existantes à la Bourse de Paris.
Les banques y trouvent copieusement leur compte et le Ministère supporie Îles pertes quand il s'en produit.
De la sorte, entre les actions industrielles et les Etablissements de Paris, il y a l'aval de la Banque pétersbourgeoise et, entre elles deux il y a l’aval du Gouvernement russe. Ce petit jeu est devenu un trust gigantesque. Il n’y est question ni de la productivité des entreprises industrielles envisagées ni du pouvoir absorbant du marché de Paris.
Jusqu'à la guerre japonaise les rapports entre banques de Paris et de Saint-Pétersbourg étaient plutôt neutres, ils se bornaient à des participations de la Banque de Paris à la Banque Russo-Chinoise et à la possession de la Nordische Bank par la Société Générale.
Lors de la période d'émissions de 1890 un homme à idées, mais peu expérimenté, fonda quatre banques, dont : 1° la Banque Saint-Pétersbourg-Asow qui sauta en 1900 et fut reprise par la Société Générale, qui en fit la Nordische Bank ;
2° La Banque Commerciale et Internationale de Moscou avec de nombreuses succursales ;
3° La Banque Industrielle du sud dé la Russie ; |
4° La Banque Commerciale d'Orel.
Ces trois dernières avaient des engagements de beaucoup supérieurs à leurs moyens. La Banque de l'Etat, à elle seule, était actionnaire de toutes trois pour 28 millions de roubles:; elles furent fondues en une seule et les actions nouvelles furent prises par la Banque de l'Union Parisienne. | |
Ensuite, une banque de Saint-Pétersbourg, la Banque Privée de Saint-Pétersbourg, était tombée en déconfiture. Le Ministère la maintint à flot par ses fonds et ses fonctionnaires. tie un Syndicat français qui porta le capital à 8, puis 12, puis 20, et enfin 49 millions de roubles, sans jamais ne de la gestion,
bien qu’il füt notoire, à Saint-Pétersbourg et à
Paris, qu’elle était aol
D’autres banques furent ainsi gonflées en capital, dont les titres furent placés à Paris. C’est ainsi que la majorité des banques russes virent leur capital placé en France.
Parallèlement le même système fut appliqué aux valeurs industrielles qui sont : Bakou, Naphte russe, Lianotow, Briansk, Hartmann, Sralzewerke, Taganrog, Toula, Sosnovice, Wagons de Saint-Pétersbourg, Prowodnik, Lewa et enfin la Banque Russo-Asiatique, l’Union et la Banque Privée Asow-Don.
L'esprit de cette participation réside dans la différence du taux de l'intérêt en France et en . Russie.
Lorsqu'un titre productif de 6 0/0 est coté à Saint-Pétershourg au pair, on l’introduit à Paris à 125. Quand le dividende est plus élevé, la prime le suit et peut atteindre 100 0/0. Seulement, en raison de cette faveur, les cours montèrent à Saiht- -Pétersbourg. -
Les banques encaissèrent cette prime. Mais
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les titres sont demeurés un pur papier de spéculation.
Il est résulté de cette pratique des mœurs absolument nouvelles en finance parisienne.
Les Etablissements ne procurent plüs de capitaux à l’industrie russe que par l'intermédiaire de banques de Pétersbourg qui, disent-ils, les couvrent moralement. Suivantl'argot du métier, ils ne font qu'office d’accoucheurs. Mais une fois les titres placés dans le public français et la différence des cours encaissée, les Etablissements ne s’en occupent plus.
L’actionnaire français se trouve donc devant une banque russe insaisissable sans voir l’établissement parisien qui se cache derrière elle.