‹ La débâcle des placements russesChapitre 40 sur 53 · LANDER-BANK · texte numérisé non relu

LANDER-BANK

En octobre 1880, avec la création de la Lander-Bank, commence la véritable période d’activité et de développement de l’Union Générale.

Jusque-là, des affaires fructueuses avaient été faites en Autriche, mais sans lien entre elles, conclues un jour et réalisées le lendemain. On nous avait souvent demandé, et cela eût été facile, d'établir à Vienne, pour représenter l’Union Générale, une succursale qui aurait pris très rapidement une large place sur cet important marché ; mais j'avais un tout autre objectif. La constitution, à Vienne, d’une grande institution de crédit, autonome quant à sa direction, était l'élément principal du programme de l’Union Générale. Je croyais alors, et je crois encore, qu’une société financière ayant son centre à Paris doit, si elle veut parvenir à un certain développement, étendre son activité au delà des frontières. En France, il y a certainement beaucoup d'affaires à traiter ; mais la concurrence est grande, les capitaux abondent; et puis j’ai toujours pensé, je l’ai déclaré souvent et très haut, qu’une partie de l’épargne française doit, dans son propre intérêt, comme dans l'intérêt général du pays, aller chercher des placements au dehors. Cette idée-là, nous l’avons mise en pratique dès le début, et j'ai indiqué quelles en avaient été les premières applications.

Puisque l'occasion s’en présente, je dirai un mot sur cette question des placements du capi-

tal français à l'étranger. On a dirigé contre l'Union Générale, à ce sujet, bien des attaques, complètement imméritées, je le crois. .

. Notre pays est riche, et sa fortune s'accroît chaque jour, malgré le déplorable régime de sa vie économique actuelle, parce qu'il fait des épargnes considérables. Mais il est certain que, pour des causes inutiles à examiner ici, la balance de son commerce international se solde, et se soldera probablement un certain temps encore, par des différences très considérables au détriment de l'exportation, c’est-àdire au détriment de la richesse publique intérieure. Dans les dix dernières années, la France a payé à l'étranger plusieurs milliards, comme excédent officiel de l’importation sur l'exportation. La meilleure et la seule manière de pourvoir, sans s’appauvrir, à ces énormes payements que la France doit faire à l’étranver, n'est-elle pas d’avoir, au delà de ses fron: tières, des capitaux solidement placés, dont les revenus servent à acquitter les dettes ?

Un pays voisin du nôtre n’a-t-il pas acquis et conservé une incontestable richesse, malgré le déficit constant de sa balance commerciale, parce que d'immenses capitaux placés dans tous les pays lui permettent, chaque fois qu’un coupon se paye dans le monde, d’en recevoir sa part? :

Placer à l'étranger, dans de bonnes conditions de solidité et de rendement, une petite partie de l'épargne nationale, ce n’est pas faire un acte antipatriotique, comme l'ont dit de l'Union Générale des adversaires décidés à critiquer, sans réflexion préalable, toutes les œuvres de cette société.

NAN en

RAPPORT DE M. L'INSPECTEUR GÉNÉRAL ne FINANCES MACHART. Paris, le 20 juin

Les dépenses de publicité faites par le Crédit foncier sont comprises dans le compte : « Frais d'émission des emprunts » dont le développement est soumis au conseil d'administration sous la forme d’un état subdivisé en vingt-deux articles. A la date du 31 Mars 1890, le total de ces frais d'émission était de 116.102.544 fr. 14. Mais, dans l’exposé qui va suivre, je crois préférable de citer les chiffres arrêtés au 31 décembre, afin de ne pas scinder la gestion annuelle et de faciliter les rapprochements avec le compte-rendu aux actionnaires. Au 31 décembre 1889, le total des vingt-deux articles du compte était de 115.437.055 fr. 84, comprenant toutes les dépenses de cette nature depuis 1877.

Parmi ces articles, il en est plusieurs qui ne donnent lieu à aucune observation. Ce sont les frais de confection de titres, d’enregistrement, de timbre, etc. Ils s'élèvent à environ 20.000.000.

Viennent ensuite diverses sommes dont l’imputation à ce compte peut être discutée et dont la plus importante (60.046.932 fr. 61) comprend en un seul chiffre :

Les commisssons aux intermédiaires, $yndicataires et frais de publicité ;

Les commissions payées à divers ;

La publicité générale et annonces, insertions, affichage.

L'état soumis au conseil n'indique pas la répartition des 60.000.000 entre ces trois articles. 11 ne permet donc pas d'exercer un contrôle quelque peu approfondi sur ces dépenses. Sans entrer dans des détails trop minutieux, j'indiquerai que les commissions proprement dites, payées soit à des syndicats garantis

des émissions, soit à des trésoriers généraux, notaires et autres intermédiaires

se sont élevées à . . . . . : 838.032.610.39 et les subventions à la presse à 22.014.322:22

Tolal égal aux chiffres ci-dessus. 60.046.932.61

Les subventions à la presse dépassent 1.600.000 francs en moyenne par an. Elles vont toujours en augmentant et ont atteint 2.000.000 pendant chacune des trois dernières

années ; encore conviendrait-il d'y ajouter des

subventions spéciales allouées pour toutes les émissions dont s’est chargé le Crédit Foncier

(bons de l'Exposition, bons à lots, etc). Nous

n'avons pas à examiner cette publicité acces-

soire dont les dépenses n’ont pas été payées au

moyen des ressources propres de l’établissement...

…. Nous avons maintenant à examiner com-

ment se fait la distribution des subventions à-

la presse. Je ne pense pas, Monsieur le Ministre, qu’il soit dans ma mission d’exposer ici le détail des sommes versées à chaque journal sous forme de mensualité. Je constaterai seulement que bien peu de feuilles sont restées étrangères à ces subventions et que toutes les nuances politiques paraissent avoir été l'objet d’une semblable libéralité, Cette libéralité s’est même étendue à des publications qui n’ont absolument aucun caractère financier et dont le public est aussi restreint que spécial.

Les subventions étaient autrefois accordées d'une manière intermittente, lors des émissions, ou bien quand il fallait se défendre contre quelque attaque. Puis on a pensé qu’il serait préférable de prévenir les hostilités en s’attachant un grand nombre de journaux par des mensualités permanentes. Deux agents servent d’intermédiaire, l'un pour la presse politique, l’autre pour la presse financière. Îls

reçoivent des honoraires fixés à 10 0/0 de la dépense, qu’ils ont ainsi tout intérêt à augmenter. Les subventions sont payées par une caisse spéciale, au vu de chèques délivrés par M. le secrétaire général ou par les agents de publicité, et un chef de bureau contrôle périodiquement ces paiements.

Cette organisation des paiements peut, au premier abord, sembler assez satisfaisante. Gependant, l’un de mes collaborateurs, après avoir vérifié les 5.166 chèques délivrés en 1889 et une partie des 5.517 émis en 1888, a été amené à faire plusieurs observations que je crois très fondées : ainsi, les chèques signés par M. le secrétaire général sont souvent remplis par le caissier chargé du payement, et la quittance, donnée au dos, ne relate pas la somme touchée. Il n’est pas tenu, au secrétariat général, un compte des chèques émis; on ne pourrait donc connaïtre la somme totale versée annuellement à un journal que par un dépouillement fort long. On ne conserve même pas les souches des chèques. Toutes ces négligences de détail indiquent un médiocre souci de sauvegarder la responsabilité des divers agents qui exécutent le service.

J'arrive maintenant à la question de l'imputation des frais de publicité.

Cette matière est assurément fort délicate, car, selon que les frais seront supportés par un compte spécial ou par le compte « Profits et pertes », la dépense est reportée sur l'avenir ou bien affecte directement le dividende de l’année pendant laquelle elle est faite. Aïnsi, par exemple, en 1889, les deux procédés ont été suivis. Une somme fort importante (environ moitié de la dépense) a été couverte au moyen d'un prélèvement sur les bénéfices réalisés par le portefeuille des valeurs diverses, bénéfices qui, par la suite d'un usage peut-être discu-

table, sont portés aux profits et pertes. Le reste des dépenses de publicité a été imputé au compte des « primes à amortir », c’est-à-dire a été prélevé sur le produit brut de l'emprunt de 1885 et augmente par conséquent les charges auxquelles l’avenir doit faire face.

Mais ce partage, d’ailleurs arbitraire, dans l’imputation des frais de publicité, n'a été fait que par exception en 1889; il ne résulte pas d’une règle générale. La règle habituelle consiste, au contraire, à imputer ces dépenses sur le compte des primes à amortir. Je ne saurais l'approuver, car voici quelles en sont les conséquences :

Les frais d'émission d’un emprunt augmentant ainsi chaque année, son produit net diminue : l'intérêt des sommes empruntées apparaît à un taux plus élevé et le Crédit Foncier se voit dans l'impossibilité d’accorder à ses emprunteurs des conditions plus favorables. En outre, comme il est impossible de partager les frais de publicité entre les divers emprunts, c’est toujours le dernier émis qui en supporte la charge.

Il semble donc que, contrairement à ce qui se pratique, les frais de publicité annuels devraient être supportés par le compte annuel « Profits et pertes » de même que les frais généraux d'administration. Dès que l'émission est close,. le compte des frais qu’elle a occasionnés devrait être arrêté définitivement pour ne plus être modifié...

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