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russes existant en 1913 à l'étranger, doivent encore être allégés d’une forte somme, anglaise ou autre, pour arriver à la part qui nous intéresse, la française.
Mais alors, pourquoi parler de 13 milliards 268.000.000 francs ? Veut-on effrayer le public ou le rassurer ? Les personnalités sh se réunissent 5, rue Gaillon, sont de doctes et sages personnes. Que cherchent-elles par des chiffres enflés, et dont leurs propres documents révèlent la contradiction, si l’on se livre à cette opération primordiale de l'historien : la critique interne des textes ? Nous ne sommes pas financier — hélas non! — mais nous savons lire un document d’histoire, contemporaine ou ancienne.
Et nous savons enregistrer les aveux des doctes personnalités. Ces Comités ont dans leur sein la plupart des financiers, des industriels et des banquiers qui ont gavé la France de fonds russes, dont ils ont prélevé leur agréable part.
Qu’avouent-ils (circulaire du 5 août 1918) ?
« I y a là une crise générale dans laquelle les Compagnies n’ont pas de responsabilités ; mais qui atteint malheureusement dans notre pays, par centaines de milliers, les modestes porteurs qui avaient placé leurs épargnes dans des titres considérés comme présentant des garanties sérieuses. »
Aveu écrasant — habemus reos confttentes — signé d’un nom respecté de la finance la plus officielle, M. de Verneuil,
Syndic honoraire des Agents de change.
Est-ce nous le bolchéviste, quand nous accusons le drainage franco-russe de s'être fait sur l’argent de la petite épargne ?
L’invraisemblable, c’est l'attitude du Gouvernement, Ministère des Finances, ou Ministère des Aflaires trangères.
Dans cette question de toute gravité, extérieure et intérieure, ni M. Pichon ni M. Klotz ne disent rien, ne savent rien.
La déclaration des fonds français en Russie est deux fois prorogée : maintenant on attendra jusqu’au rer juin. Cependant, les instruments de contrôle sont:
nombreux — trop nombreux. Le décret du 10 septembre 1918, qui prescrit la déclaration et l’estampillage des titres russes possédés en France, à quoi done a-til Sérvi ? A-t-il été dormir à son tour dans la nécropole législative ? (Depuis quatre ans ét demi nous sommes régis en fait par des décrets-lois), S'il fut appliqué, comment ne sait-on pas, et grâce à Jui, la somme que forment ces titres > Ou bien les porteurs ont-ils craint Pestampille, instrument surtout d’inquisition fiscale et d’impôt sur le revenu ?
Quel chaos! Tournons-nous vers les pontifes.
Souriant et Courtois pontife que M. Kergall, Le savant directeur de la
Revue économique et financiere nous a, de la meilleure grâce, accordé Île plus exquis des entretiens. Que ne pouvonsnous ici redire les mille anecdoctes dont il saupoudra sa causeric. Il connaît fort bien la Russie des emprunts, puisqu'il l’étudia sur les lieux mêmes, en 1902. Il a bien voulu nous remettre sa substantielle brochure de l’époque (Une enquête sur les finances russes). Mais il semble croire encore à la correction — et à l'excellence — au moins rétrospective de ces emprunts. Witte était un grand homme d'Etat, les chemins de fer russes ont bien été construits. Avec quelle somme ?
M. Kergall ne trouve pas la recherche intéressante, L'important n’est pas, selon lui, de chiffrer la créance, mais de la recouvrer. Nous lui avons respectueusement objecté qu'avant d'ouvrir une procédure de faillite, ou de chercher un concordat, il fallait pourtant savoir le passif.
Mais M. Kergall ne peut retenir une malice, irait-elle contre sa thèse. Il nous a conté ainsi qu'un soir, au Théâtre Michel, comme la première ballerine de la Cour entrait en scène, les cheveux constellés de pierreries, un spectateur se leva et, montrant la tête de la demoiselle, cria : « Voilà la flotte russe ! »
Après l’abandon plein d’affabilité, le
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silence plein de mystère. Après M. Kerall, M. Arthur Raffalovich. Cet « Attaché inancier de Russie » (quelle Russie ?
Nicolas, Kerensky, Lénine ?} « Correspondant de l’Institut » (quelle correspondance ?) nous a bien voulu accorder rendez-vous. Mais aussitôt, avant même un mot placé par nous, 1l se couvre, non pas le chef (car il se carrait dans un fauteuil de la villa démeublée où la Délégation Financière Russe est campée, :
vivante image du désarroi moscovite) mais l’âme, et de quoi ? Du secret professionnel ! Point n’insistâmes. Pourtant était-ce bien secret, et bien professionnel, un sujet tel que le résumé de-notre lettrequestionnaire ? M. Arthur Raffalovich s’est mépris. Nous ne songions nullement à lui imputer les péchés financiers d'Israël. Nous songions moins encore à lui demander quels courtages ses bons amis de France, et lui d’abord, avaient retirés des « bédits embrunts » qui avaient donné à notre public des chàteaux en Espagne et à lui château en Seine-et-Oise ou hôtel à Passy. Respectons la « profession » de M. Raffalovich, puisqu'elle est, de son propre aveu, si secrète. e
Ce que nous 'cherchions, SExe M. Bark l’a mieux compris. En un rapide exposé, cet ancien Ministre des Finances Impériales, qui parle le français avec une telle perfection que nous croyions d'abord être accueilll par un de nos
compatriotes, nous a bien voulu promettre d'examiner notre questionnaire, et de nous recevoir à nouveau pour en oarler plus longuement. M. Bark a seuement souri quand il a lu notre phrase sur la Cour et la Police bénéficiaires PURES des emprunts. Sourire d’une ugitive complexité. Protestation, satisfaction, ou déception ?
Mais la Russie, pour être intimement liée à la question, n’est pas le terrain fondamental de nos recherches. C’est en France que nous voulons rechercher d’abord les réalités, puis les responsabilités. L’œuvre est dure : cependant elle est possible, si l’on délimite bien ces recherches.
La Finance qui a « fait » les emprunts en France est une hydre à cinq têtes :
Crédit Lyonnais, Société Générale, Comptoir d'Escompte, Banque de Paris et des Pays-Bas, Union Parisienne.
Il ressort de travaux déja*publiés, mais inconnus du grand public, tels que la thèse de doctorat soutenue en 1908 par M. Collas devant la Faculté de Droit et imprimée à Dijon, que les émissions russes ont laissé aux établissements émetteurs de 8 à 10 °/, de commission. Somme énorme. Sur 15 milliards, cela ferait r milliard et demi. Si nous nous trompons, que ces Établissements le disent. Pourquoi
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cachent-ils leurs bénéfices ? Ils cachent même la portion des sommes recues à leurs guichets dans les émissions russes.
Ils savaient pourtant claironner naguère leur participation aux emprunts français.
Leur patriotisme était-il alors à 10 0} de.
courtage — quand une grosse affaire de rhum se traite à 1 0/0, quand la commission n’est jamais — dans aucune affaire sérieuse — progressive, mais dégressive ?
Nous prendrons l’un après l’autre ces cinq Etablissements. Nous verrons leur rôle dans lopération la plus forte qui, durant dix-huit ans (1891 à :909) pompa l'épargne française pour un ami ou allié dont on sait aujourd'hui ce que valut l'alliance et l'amitié : une guerre atroce, P’affaiblissement de notre patrie, peutètre sa ruine. Nous interrogerons lhydre.
Nous demanderons à ses cinq têtes si.
elles prétendent demeurer aussi professionnellement secrètes que les Done.
pondants de lInstitut et les Attachés financiers de la Russie.
Lorsqu'on répond narquoisement à un avocat : « Maître, moi aussi, j’ai le secrèt professionnel », on compare d’abord les deux professions. Quand donc sommesnous allé, à tous les carrefours, à coups de circulaires et de brochures, transformer les affaires privées de nos clients en quémandages publics des gouvernements — quémandages plus fructueux, il est vrai, et plus gras d'honoraires ?
No 8. — 25 Avril 1910.
AURAI, Je PAU