‹ La débacleChapitre 14 sur 46 · A | tèque, 011 j'avais fait demander, la veille du · texte numérisé non relu

A | tèque, 011 j'avais fait demander, la veille du

procès, l'ouvra.e de M. Maquan, on m'avait répondu qu'on ne communiquait les livres que sur autorisation signée de M. Taschereau. Et voilà l'ion la meilleure critique de l'organisation nouvelle de la Bibliothèque : il est des cas pressants où l'on peut avoir besoin d'un livre et regretter d'être forcé d'écrire au directeur et d'attendre la décision d'une commission et sa réponse.

dragon, un coup de pistolet dans l'oreille , — pour commencer. La balle, il est vrai, serait tombée à terre, mais (la suite de 1 histoire le prouve) il est, avec les générosités du hasard, des accommodements. La seconde exécution de Martin, dans le livre de M. Maquan, prend un caractère pins dramatique encore que dans le récit de M. Ténot. II était pieux, ce Martin. Il voulait mourir en chrétien. Pendant qu'on le menait au lieu d'exécution, il aperçoit un prêtre : « Voire béné iiction, monsieur le curé ! » Il s'agenouille, — ou on l'agenouillé, car j'imagine que le blessé chancelait, avec ses plaies mai cicatrisées. Il baisse le front, et le prêtre, tout ému, étend les mains sur cette tête ensanglantée. N'est-ce point cela que j'ai entendu lire? Et le Figaro n'a-t-il pas publié aussi l'épilogue du drame d'Aops : le beau-frère de Martin, effaré, apprenant l'exécution, se sauvant dans les bois, et s'y suicidant par terreur; la mère, la sœur de Martin, mourant de douleur, et sa fille se réveillant après cette tragédie, idiote, dans un lit d'hôpital?

En vérité, l'histoire se charge parfois de mettre comme il faut les drames en scène! Elle a dépassé Shakespeare, à la catastrophe de Queretaro ; mais la mort de ce paysan tombant pour sa foi est plus touchante et plus navrante que celle de cet empereur d aventure mourant pour sa chimère et son ambition.

Ainsi donc, l'horrible du fait que j'avais conté subsiste. Il y a eu, dans le Var, un homme fusillé deux fois. Qui a donné l'ordre de le faire? On vient de me condamner pour avoir dit que c'était le préfet, on a

condamné, on poursuit çà et là les journaux pour l'avoir répété. M. Pastoureau vous écrit une lettre pour établir ce que vous appelez son alibi. Ne parlons plus de M. Pastoureau. Mais, depuis quelques jours, que de lettres poignantes j'ai reçues, datées d'Aups, de Barjols ou de Lorgues! Il sera difficile d'effacer de tels souvenirs du département du Var. a Demandez « la vérité à Emile Ollivier, m'écrit l'un, il la connaît1 ! « — Interrogez les gens d'Aups, dit un autre, ils ré- « pondront. — Faites une enquête, écrit un troisième. « Gela se passait en plein soleil, huit jours après le « coup d'État, en présence de la population de la ville « d'Aups. » Ces faits, après tout, ne sont pas si loin de nous qu'on ne puisse les mettre en lumière. Il y avait, me dit-on, à Aups, en décembre 1851, plus de deux mille insurgés; beaucoup, je l'espère, ont survécu, car on ne les a pas tous fusillés deux fois, et leur témoignage pourrait être recueilli.

Et le propriétaire du château de la Baume, absent de sa demeure lorsque Martin s'y est réfugié, ne pourrait-il répondre? Et les fermiers de la Baume qui ont livré — par peur — le moribond à l'autorité? Et le curé de Vérignoa qui a confessé Martin? Et les officiers du 50e de ligne? Et les gendarmes d'avantgarde? Et le général Levaillant dont parle M. Pastoureau dans la lettre qu'il vous adresse? Après dix-sept ans il en est beaucoup qui survivent. Ils peuvent parler. Que ne parlent-ils?

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